Il y a deux loups
Par lilibellule le mardi 15 septembre 2015, 08:53 - Du grain sur le toit - Lien permanent
Au détour d’une ruelle truffée de belles bâtisses anciennes, je l’ai aperçu, lui …
L’efflanqué, le sauvage, le triste loup.
Pan de mur - Ruelle de St Bertrand-de-Comminges
Y’a pas à r’dire, il est superbe,
ses pattes en mouvement, son échine solide bien qu’un peu lasse
sa gueule saisissante de réalisme !
Tenez, entre parenthèse, les parole de Anne Sylvestre me viennent à l’esprit :
Je veux te prendre sur mon dos
Pour sauter le ruisseau
Ruisseau des rêves, ruisseau bleu
Qui mieux se passe à deux
Qui mieux se passe à deux
Alors, on serait les pages
D’un livre jamais écrit
Aux mots tellement sauvages
Qu’ils ressemblent à des cris
Anne Sylvestre Le ruisseau bleu D’amour et de mots
Cette pierre dans le mur doit être un élément de remploi.
Probablement issu(e) des ruines Gallo-romaines fort nombreuses en cette cité.
A cette époque, les surnoms, les patronymes de Lou, Lopez (Lupinus en Gallo-Romain),
dénommaient symboliquement “Celui qui est guerrier”
Au Moyen Age, peut-être a-t-elle joué un rôle conjuratoire contre le diable,
dont l’Eglise assimilait la fourberie et les nombreux pièges à ceux de la bête tant redoutée.*
Aucune de mes recherches sur Internet ne m’a apporté le moindre indice sur ce p’tit bout de bas-relief.
Alors, selon les récits, les images, dont nous avons été nourris, nous pouvons tout imaginer,
le courage, la cruauté, la vaillance, l’appétit féroce …
Lorsque j’ai demandé à Mémé Alice si elle avait vu des loups quand elle était petite,
elle m’a répondu :
“Vus de vrai, non, mais quand j’allais chez Untel
il y avait huit kilomètres à faire à pieds et il fallait traverser une forêt.
Ça m’est arrivé de le faire toute seule dans le noir.
Des rumeurs circulaient comme quoi une grosse bête aux yeux luisants
- un loup, quoi ! -
avait été aperçue, mais je ne l’ai jamais rencontrée.
J’avais peur tout de même !
Maman me disait de prier la Sainte Vierge,
c’est peut-être certainement elle qui m’a protégée.”
Ces souvenirs remontent aux années juste avant la première guerre mondiale.
Aujourd’hui, un certain nombre de personnes souhaitent la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées,
pour des raisons souvent affectives, liées à l’enfance, mais ne veulent absolument pas du loup,
dont la mauvaise réputation reste tenace.
Évidente incohérence !
Par ailleurs, il y a tous ceux qui, sous des prétextes d’éducation à la nature, à la biodiversité, à l’environnement,
s’insurgent contre cette mauvaise réputation faussement imputée à l’animal
- en dépit des observations scientifiques - et injustement colportée par plus de mille ans de culture populaire.
Soit !
Mais c’est oublier toute la puissance émotionnelle, la diversité, la richesse,
le charme de ces récits, de ces images,
sans lesquels l’homme serait bien plus seul et apeuré au fond de lui-même…
C’est oublier toute la dérision salutaire à l’égard des puissants
que le Roman de Renart a inaugurée…
C’est oublier le “sel des contes”, qui fait qu’un loup n’est jamais exactement le même qu’un autre
et donc que“celui qui écoute n’est jamais totalement certain de l’issue de l’histoire.”
(Petit clin d’oeil à Contadiralire !)
Tenez, je me souviens :
Un homme en robe de bure brune venait autrefois chez nous tous les deux ou quatre ans.
Il s’appelait le père Irénée et aimait les récits imagés que,
de sa voix rocailleuse, il nous servait le soir à table, devant une bonne assiette chaude :
- En chacun de nous, disait-il, il y a un combat intérieur, et ce sont les Indiens Cherokee qui me l’ont appris.
C’est un combat dur et même mortel, qui nait de l’affrontement entre deux loups.
Le premier est sombre et coléreux, toujours affamé.
Il est avide et cruel, arrogant et perfide, brutal et sans une once de remord.
Le second est libre, souple et joyeux. Il est vaillant, fidèle et généreux.
Le père Irénée s’arrêtait un instant. Puis, il demandait :
- D’après vous, quel est le loup qui gagne ?
- Hum ! faisait Pépé Nicolas, sans oser se prononcer.
- Oh, pourvu que ce soit le second, soupirait Mémé, mais … il y a encore du chemin !
- Hé, hé, répondait l’homme en plissant les yeux, celui qui gagne c’est celui que vous nourrissez.
Et il partait d’un grand éclat de rire.
- Le loup que vous nourrissez, bien sûr ! Pas moi, qui suis attablé devant vos délicieuses denrées !
- Hé, hé hé ! Revenez quand vous voulez, Père Irénée !
*[1439] “En ce temps … furent les loups si enragés de manger chair d’homme, de femme ou d’enfant, qu’en la darraine semaine de septembre [ils] étranglèrent et mangèrent 14 personnes, tant grands que petits, entre Montmartre et la porte Saint-Antoine, tant dedans les vignes que dedans les marais; et s’ils trouvaient un troupeau de bêtes, ils assaillaient le berger et laissaient les bêtes.” Le journal d’un bourgeois de Paris
Commentaires
Ah, le père Irénée, je le connais aussi. Que de sagesse !
un animal que j'aime et un billet super. Merci Lily
Réaliser ce billet m'a passionnée. Merci les Caphys.
Oh, grand merci!
Loups qui font peur dans les contes, dans la vie d'antan.
Loups chassés, traqués, simplement des animaux, parfois affamés.
Merci pour ce beau billet.
J'aime beaucoup ce poèmes de Claude Roy:
Le loup vexé
Un loup sous la pluie,
Sous la pluie qui mouille,
Loup sans parapluie,
Pauvre loup gribouille.
Est-ce qu’un loup nage ?
Entre chien et loup,
Sous l’averse en rage,
Un hurluberloup ?
Un loup est vexé
Parce qu’on prétend
Que par mauvais temps
Un loup sous la pluie
Sent le chien mouillé.
Bonne soirée Lily!
Superbe ...Ayant été bercée en Aubrac ...avec mon biberon j' ai respiré les légendes qui du diable ...qui des loups ...?
La bête du Gévaudan garde toujours un secret certain ...!!
Quand à la morale de cette histoire , si bien décrite par Père Iréné , l' homme restera toujours un loup pour l' homme ...les actualités nous le prouvent tous les jours ...:-(
Belle soirée Lily ...Comme toi j' ai beaucoup aimé ST Bertrand de Comminges
il est plus aisé de voir les loups de la forêt que ceux qui se cachent au dedans, les contes disent mais on peut n'entendre que ce qui arrange sans déranger. liguer les chasseurs pour qu'ils ne se rebellent pas ? @ +