La Spirale et le Germe
Par lilibellule le mercredi 15 octobre 2014, 10:00 - Entre terre, ciel et eau - Lien permanent
L’allée sans retour, nous y voilà …

“Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet.
Ils vendent du grain, des petits morceaux de gruyère.
…
Dans un coin de verdure, les petites grenouilles chantaient
Une chanson pour saluer la lune.”*
En fait, rien de tout ça, mais c’est tout comme ! On imagine le Fou chantant déambulant par ici, Lewis Caroll dissimulé derrière les miroirs déformants … Et Desnos, La Fontaine, Perrault, Werber, St Ex et toute la clique assurément ne sont pas loin.
Dans cette spirale enchantée, nous virevoltons à la rencontre de personnages loufoques et bon enfant. Les fourmis y thésaurisent le moins du monde, tapant le carton en se prélassant au soleil, les escargots y arborent de belles moustaches et moi je grossis ou maigris à volonté …
Devant la Pupuce en son baquet, estomaquée par notre dégaine ou notre sans-gêne,
j’ai ri. Excusez-moi, c’est parti comme un pet d’ange, tout seul !
Jusqu’à six ans, moi aussi je me suis lavée dans une bassine.
Mais dans un jardin !… Rôh, ça doit être fabuleux ! Faudrait tenter l’expérience.
L’allée sans retour, un éloge de la fantaisie, de l’imaginaire, avec sa part d’amusement, d’illusion, de légèreté, d’évasion ?
Pourquoi pas ? “Plus on est fou, plus on est heureux”, estimait Erasme.
Pourtant, pour ma part, je crois avec Bachelard que nous avons besoin pour être plus pleinement humain “des forces imaginantes qui creusent le fond de l’être (…) qui produisent des germes.”
Cette petiote en son baquet, avec sa bouille intemporelle, me dit assurément quelque chose qui accroit ma conscience d’être, -reliée à la terre, aux plantes, à l’eau-, qui augmente ma lumière - en me faisant relativiser l’importance que j’accorde à mes idées ou encore à ma petite personne-, qui renforce ma cohérence psychique (faite de faiblesse assumée autant que de richesse) et m’ouvre à “un monde en germe”- enfoui sous nos trappes intérieures (dont l’ouverture vous vous souvenez constitue le fil conducteur de cette traversée en poésie des “Jardins d’expression”).***
nous pouvons nous laver
des scories
des affronts,
des mensonges
et nous tremper dans l’eau Jouve en Ciel
des éternels recommencements,
des éternelles poursuites.
Alors, l’imagination, cette volonté délibérée de choisir ce que j’ai envie de voir, de dire, de modeler, d’assembler,
pour chatouiller les sens en créant du sens, c’est drôle, amusant,
mais pas que !
Ça ouvre les portes de l’évasion,
mais pas que !
- Oui, bon, tu l’as déjà dit !
- Mais je suis allée sept fois dans ces Jardins d’expression***
alors ce Germe tu comprends …
Oui, je comprends : Le pommier est dans la pomme,
La pomme est dans le pommier
Et les gaulois sont dans la plaine
…
* Images de Charles Trenet, naturellement
** Les expressions en italique sont de Gaston Bachelard
*** Une manifestation d’Angers Loire Métropole, 2eme édition été 2014, avec la participation des élèves ingénieurs horticoles d’Angers. Un grand merci pour ce “terreau” propice à l’écriture ! Bien sûr, ces élucubrations ne sont le fruit que de ma pensée.
Commentaires
les lois de nature à retrouver seule celle là qui s'éloigne qui sait lois.
0 Gaston pour qui l'image et l'intuition sont autant de sentiers qui mènent à l'intelligence. et tout le cortège des fabulateurs sans oublier Louis (Pergaud).
Très bel endroit. J'aime beaucoup la vie qui jaillit de ce jardin. Je comprends que tu y sois allée 7 fois. Le chiffre magique dans les contes. Belle journée à toi.
Les fourmis prêtent à sourire, "c'est là leur moindre défaut".
7 fois sa langue dans sa poche, les bottes de 7 lieues, les 7 couleurs de l'arc en ciel, les 7 jours de la création du monde, pour finir par Être ravi au 7ème ciel.
Finalement cette "Allée sans retour" nous emmène bien loin.
En te lisant, je vois le bonheur que tu as pris dans ces germes de liberté ! Passionnant ce jardin !