L’été, il fait bon sous la frondaison des arbres, flâner, aux heures chaudes de la journée.

A Luchon, dans le parc du casino, non loin d’un rideau aquatique,
un couple allongé et dévêtu s’effleure les lèvres d’un chaste baiser.
Attiré par la douceur des courbes
et surpris au premier abord par l’angle de ce coude,
nous réalisons bien vite qu’il ne s’agit pas d’une scène érotique.
Non, une table de pierre reçoit le corps de l’homme, dont seulement le cou et la tête se penchent en avant,
aimantés par le visage de la femme qui repose sur un lit de fleurs et de verdure,
à quelques empans d’une tranquille nappe d’eau.
Cette femme, on le voit, demeure dans l’offrande passive.
Ses jambes fléchies, aux genoux serrés-inclinés vers la droite, épousent et soutiennent la table
pendant que son buste et sa tête s’inclinent  en arrière,
dans le creux de verdure, près de l’embouchure de la nappe d’eau.


Henri Coutheillas (1862-1927) réalisa cette pudique sculpture “Le Baiser à la Source”, ayant probablement en mémoire l’oeuvre de Eugène Delacroix (1798 - 1863) “Berger romain, buvant à une source” (1825) conservée au muséum de Bâle.
Ainsi, sans nul doute, que le mythe de Narcisse et sa représentation picturale, datant de 1903, par Waterhouse. (Quelle coïncidence ce nom !)

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John-William Waterhouse, Echo et Narcisse

Pour rafraîchir les mémoires, voici la version du mythe selon Ovide dans ses Métamorphoses :

“Un jour, alors qu’il s’abreuve à une source après une dure journée de chasse, Narcisse voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Tandis qu’il dépérit, Écho, bien qu’elle n’ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho à sa voix : «Hélas ! Hélas ! ». Narcisse finit par mourir de cette passion qu’il ne peut assouvir.”

Mais nous sommes également en droit de penser que Lourdes n’est pas très éloigné. Une commission d’enquête, mise en place par l’évêque de Tarbres en juillet 1858, s’est prononcé en faveur  des apparitions mariales à la jeune Bernadette Soubirous, en 1862, année de naissance du sculpteur. Et précisemment le message de la dame dans la grotte n’était-il pas : “Allez boire à la source !”

L’eau possède un langage qu’il est essentiel de ne pas oublier. Elle irrigue, désaltère, rafraîchit, lave, adoucit … Elle permet le mouvement, la circulation, elle donne force … Elle peut également être destructrice. Mais, par-dessus tout, elle donne et redonne vie !

Dans de nombreux récits mythologiques, les anciens lui ont offert un corps humain, féminin, naturellement, puisque c’est en lui - Oh, oh !- que nous avons connu notre premier bain chaud.

De façon allégorique, ce “baiser à la source” représente,
à mon sens,
l’importance de trouver dans l’altérité
- et donc par-là même en soi-
aussi bien que dans la nature - et vice-versa-
l’élan, la fraîcheur, la force des jaillissements.
De tous les commencements depuis l’aube des temps.

Et vous qu’en dites-vous ?