Le baiser à la source
Par lilibellule le mercredi 4 novembre 2015, 06:30 - La libellule ne tisse pas de toile - Lien permanent
Pour deux billets encore, poursuivre ces chroniques haut-garonnaises, ou ce “Bestiaire d’été Pyrénéen”.
Vous vous souvenez, nous tournions autour de
Luchon, la reine de Pyrénées,
Luchon-les-bains, Luchon et ses jardins,
Luchon où la joie de vivre vous prend la main !…

Le baiser à la source, sculpture de Henri Coutheillas (1862-1927), installée à Luchon depuis 1949
“La femme nous remet en communication avec l’éternelle source où Dieu se mire.”
Ernest Renan dans “Souvenirs d’enfance et de jeunesse”
L’été, il fait bon sous la frondaison des arbres, flâner, aux heures chaudes de la journée.
A Luchon, dans le parc du casino, non loin d’un rideau aquatique,
un couple allongé et dévêtu s’effleure les lèvres d’un chaste baiser.
Attiré par la douceur des courbes
et surpris au premier abord par l’angle de ce coude,
nous réalisons bien vite qu’il ne s’agit pas d’une scène érotique.
Non, une table de pierre reçoit le corps de l’homme, dont seulement le cou et la tête se penchent en avant,
aimantés par le visage de la femme qui repose sur un lit de fleurs et de verdure,
à quelques empans d’une tranquille nappe d’eau.
Cette femme, on le voit, demeure dans l’offrande passive.
Ses jambes fléchies, aux genoux serrés-inclinés vers la droite, épousent et soutiennent la table
pendant que son buste et sa tête s’inclinent en arrière,
dans le creux de verdure, près de l’embouchure de la nappe d’eau.
Henri Coutheillas (1862-1927) réalisa cette pudique sculpture “Le Baiser à la Source”, ayant probablement en mémoire l’oeuvre de Eugène Delacroix (1798 - 1863) “Berger romain, buvant à une source” (1825) conservée au muséum de Bâle.
Ainsi, sans nul doute, que le mythe de Narcisse et sa représentation picturale, datant de 1903, par Waterhouse. (Quelle coïncidence ce nom !)

John-William Waterhouse, Echo et Narcisse
Pour rafraîchir les mémoires, voici la version du mythe selon Ovide dans ses Métamorphoses :
“Un jour, alors qu’il s’abreuve à une source après une dure journée de chasse, Narcisse voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Tandis qu’il dépérit, Écho, bien qu’elle n’ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho à sa voix : «Hélas ! Hélas ! ». Narcisse finit par mourir de cette passion qu’il ne peut assouvir.”
Mais nous sommes également en droit de penser que Lourdes n’est pas très éloigné. Une commission d’enquête, mise en place par l’évêque de Tarbres en juillet 1858, s’est prononcé en faveur des apparitions mariales à la jeune Bernadette Soubirous, en 1862, année de naissance du sculpteur. Et précisemment le message de la dame dans la grotte n’était-il pas : “Allez boire à la source !”
L’eau possède un langage qu’il est essentiel de ne pas oublier. Elle irrigue, désaltère, rafraîchit, lave, adoucit … Elle permet le mouvement, la circulation, elle donne force … Elle peut également être destructrice. Mais, par-dessus tout, elle donne et redonne vie !
Dans de nombreux récits mythologiques, les anciens lui ont offert un corps humain, féminin, naturellement, puisque c’est en lui - Oh, oh !- que nous avons connu notre premier bain chaud.
De façon allégorique, ce “baiser à la source” représente,
à mon sens,
l’importance de trouver dans l’altérité
- et donc par-là même en soi-
aussi bien que dans la nature - et vice-versa-
l’élan, la fraîcheur, la force des jaillissements.
De tous les commencements depuis l’aube des temps.
Et vous qu’en dites-vous ?
Commentaires
Pour avoir de l'eau pure... il faut aller à la source... De même dans les informations il faut aller à la source et pas à ceux qui on déjà pollué l'information par leur préjugés...
Bonjour,
Jean a raison de parler de l'eau au sens propre du terme...
Quant à l'altérité je ne peux m'empêcher de penser à Victor Segalen et sa que.
Un bel article qui fait cheminer.
@ bientôt.
Bonjour.
Toujours retourner à la source pour être au plus près de la vérité. Ainsi, je dirai, ne jamais perdre de vue ses origines et son enfance pour comprendre ce que l'on est et savoir quel chemin on aura envie de suivre.
Bonne journée.
FP
Savez-vous que les Pyrénées sont nées de l'amour de Pyrène pour le bel Héraclès.
Pyrène, yeux d'or et chevelure couleur de feu avait embrasé le cœur d'Héraclès venu se reposer un moment au royaume de Bébryx sur la route de l'Afrique ou l'attendait sa onzième mission, celle des pommes d'or. Après plusieurs mois d'oubli dans les bras de Pyrène, Héraclès pense réaliser sa mission dans une journée il se vêt de sa peau de lion et part sans prévenir Pyrène.
A son réveil elle se croit abandonnée et s'enfuit à la recherche éperdue d'Héraclès. Elle est seule dans la nature hostile quand vient la nuit et elle se sent traquée par les bêtes sauvages prêtes à la dévorer. Avant d'être dévorée elle crie le nom du fils de Zeus, elle hurle si désespérément, qu'Héraclès l'entend, il était sur le chemin du retour les pommes des Hespéride soigneusement rangées dans un panier.
Il pressent le malheur et se lance à sa recherche pour la trouver morte.
Fou de douleur, il se met à distribuer des coups de son gourdin sur tout ce qui l'entoure avec une telle force qu'il arrache des blocs de granit et les lance vers la forêt qui s'empilent dans un grand fracas. Granit, calcaire, marbre sifflent dans l'air et forment un imposante muraille aux frontières du royaume de Bébryx. Puis il invoque l'esprit du feu souterrain, les roches et forêts s'embrasent et entrent en fusion.
A son apogée, l'incendie se fige, et les flammes devenues blanches recouvrent les sommets de neige blanche, qui donne sur la pierre brûlante, naissance à des ruisseaux et rivières ou des animaux viennent boire. La création d'Héraclès devient vivante et colorée. Il lance quelques pommes d'or sur les pentes laissant un peu de leur or sur les rochers.
Le demi Dieu satisfait, s'en retourne vers les montagnes nouvelles en disant -"Ce tombeau vivant portera ton nom qui est celui du feu Pyrène".
Un belle légende entendue au festival de conte de Cap Breton par Ladji Diallo et qui est publiée dans Contes et légendes des Pyrénées d'Anne Claire Déjean.
le langage de l'eau et l'eau du langage, nous perdons ce peuplement des eaux et des lieux, nous perdons nos racines donc nous mêmes, heureusement il reste quelques mots, quelques images, quelques réalisations qui nous les rappellent et c'est très bien @ +
Aller à la source ne nécessite-t-il pas une volonté, un travail, un allègement pour ne retenir que l'essentiel ? Doux et beau billet Lily, bises et bon week end à toi. brigitte
Magnifique sculpture dont tu as creusé et trouvé l'origine en mettant du lien entre la beauté de la peinture et de l'écriture ! Superbe je viens me désaltérer à ton billet !