Madrigal
Par lilibellule le samedi 28 mars 2015, 06:00 - Le ciel est par-dessus le toit - Lien permanent
A l’automne 2011, peu après sa sortie en librairie, j’ai fait entrer “Baltiques”, la poésie de Tranströmer, dans ma maison. Voir le billet ici. Sobriété, subtilité, métaphores. Parfois je reste à la porte ou je sors. Le poète Suèdois n’est pas toujours aisément accessible. Pourtant, je reviens vers lui. Régulièrement.
Aujourd’hui sa “sombre forêt” m’a retenue …
Curieusement le texte s’intitule “Madrigal”, ce qui évoque habituellement un petit poème libre d’inspiration bucolique, avec des élans amoureux. A voir … Il démarre ainsi :
“J’ai hérité d’une sombre forêt où je me rends rarement. Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place. Alors la forêt se mettra en marche. Nous ne sommes pas sans espoir. Les grands crimes … “
Vous pouvez lire la suite du poème de Tomas Tranströmer ici.
*
Je me retrouve, moi, dans cet héritage.
Tristesse, mélancolie, histoire familiale tissée d’expatriements, de ruptures, de décès, d’abandon, etc.
Mais à la différence du poète, pendant des années, je m’y rendais souvent dans cette “sombre forêt”.
Je crois qu’un jour les morts et les vivants mettront la forêt en marche.
Sous l’impulsion de cet immense amour. Inexpliqué, c’est à dire gratuit.
Faut-il oublier ?
Je ne le pense pas. Mais vider, oui, le sac d’amertume,
la tunique d’orgueil, les mains qui voudraient tout retenir.
Et puis s’étendre sur le fil au soleil.
Patiemment sentir bon le printemps.
Comme un linge fin.
Lily Framboise
Mars 2015
Commentaires
Peupliers et saules
Suis allé voir les peupliers.
La terre fuyait en tremblant.
La terre, disloquée.
Je ne vis qu'ossements
éparpillés.
Vous absents, se peut-il,
peupliers ?
On entendait
changer de forme la planète.
Se détacher
de son écorce chiffonnée,
jaunie
par ceux, déjà défunts, qui la peuplèrent.
Peupliers,
vous rieurs, se peut-il ?
L'ombre, toujours
L'ombre a cédé les clefs du feu.
Triste malheur que de brûler
alors que les fleuves propagent
leur horreur en feu jusqu'aux mers.
Suis allé voir les peupliers.
( Personne. )
…
Rafael Alberti à la mémoire d'Antonio Machado
dans D'Espagne et d'ailleurs (poème d'une vie)
Regarde au-dessus de ta forêt, le soleil qui brille...
Regarde dans la forêt ce fourmillement de vie...
Et alors tu vois que tout s’éclaircit...
Je crois qu'il ne faut rien retenir. Il faut tout lâcher.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur suédois. Merci. Et bon week end.
merci de nous faire moins ignorants, mais comme Julos je dis je n'aurai jamais le temps de lire tous les poètes, même en étant vigilant sur la qualité, très beau txt mais j'ai mal à ma forêt, à mes rivières et à mes oiseaux...
C'est toi qui m'avais fait découvrir Tomas Tranströmer.
La note que t'inspire ce "Madrigal", illustre parfaitement la nécessité de la poésie et des poètes pour notre équilibre personnel.
Ecrire c'est comme pénétrer dans une forêt profonde et obscure ....
Et rechercher la lumière !
Merci pour la découverte de cet auteur
Comme tu as raison Lily ...et comme je te comprends ...j' ai tellement traversé ce que tu dis à propos des sombres forêts ...
Aujourd' hui je m' attache aux arbres bien vivants ...ils m' aident à transformer les peines en énergies ...on n' oublie pas ...on aime autrement ...:-)
Je te souhaite une belle semaine
Avec la pluie tout reverdit ...l' eau c' est la Vie
Bisous Lily
Un poème qui me parle, qui m'évoque tant de choses...
Et tes mots, en écho... Un bien beau billet, Lily !
C'est fort tout cela et c'est beau ! Il nous faut "lâcher", oui, on se réveille un matin et on sent un souffle nouveau en soi, on n'oublie rien mais on pardonne parce que chacun fait du mieux qu'il peut et chacun a quelque chose à apprendre et à nous apprendre... Bises Lily. brigitte
Je viens d'apprendre par Yves, la mort de Tomas Tranströmer, précisément le 27 mars 2015, la veille de ce billet. Voir la revue Décharge ici : http://www.dechargelarevue.com/Sur-...
Hommage à ce grand monsieur. Condoléances à sa famille.