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Par lilibellule le lundi 15 mai 2017, 06:06 - Lien permanent
Mon rapport avec les êtres et les choses, sûr qu’il s’est modifié depuis huit ans que je suis le fil de vos blogs. En même temps qu’il s’est, je crois, approfondi, l’amplitude vers laquelle porte mon attention quotidienne s’est élargie, mais il est naturel qu’elle se resserre aussi, pour ne pas sombrer dans l’épuisement, pour parvenir à vivre sereinement.
Cette huile sur canevas empruntée à José Escofet, avec son aimable autorisation, me permet de risquer une petite réflexion personnelle, différente et certainement complémentaire à celle de l’artiste, dont je vous livrerai les grandes lignes ensuite.

Nous sommes devant une sorte de tapis, éclairé par endroit, aux nombreuses nuances de vert plutôt sombres et dans le fond est tendu une toile, verte également, d’une luminosité toute printanière. Nous pourrions dire que nous sommes plongés dans un monde un peu féerique où la matière minérale, l’homme, l’industrie, la technologie, n’existent pas. Un vieux livre de botanique se trouve posé là, ouvert comme sur un lutrin. Une mouche, une abeille et un scarabée en contemplent le contenu visible tandis qu’une grosse sauterelle s’est posée sur la tranche de l’ouvrage, peut-être pour aider le gentil colimaçon, pâle et frêle, à tourner les pages. Par rapport à l’ensemble de la toile, la précieuse flore se trouve de petite taille. Des fleurs, fraîches et colorées, viennent s’installer dans un vol commun et léger sur les pages sépia où sont inscrits leurs noms. Les insectes pourvu d’ailes restent, pour leur part, sur le bord à contempler la scène, puisque que “Quelqu’un” a décrété que le livre ne traiterait que de “Botanique”, une hérésie selon ces insectes, mais passons … L’artiste, en frêle colimaçon gentiment chevelu, accueille la nature; il lui suffit pour cela de tourner les pages. Il n’a rien d’autre à faire ! En fait, le véritable artiste, invisible, c’est la nature qui depuis toujours est parole. Le livre, quant à lui, est un support - de grand valeur indéniablement - mais seulement un support !… Au final, nous sommes un peu troublés et ne savons plus si les fleurs dans leur valse viennent s’installer dans le livre ou si au contraire elles prennent la clé des champs. La réponse est en chacun.
“La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste.
L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle.”
A. de St Exupéry dans “Citadelle”
*
José Escofet, artiste d’origine espagnole, né en 1930, vit depuis 1979 en Angleterre.
Voici ce qu’il perçoit de son œuvre :
“Je suis en train d’exprimer ma conviction que, dans la nature, nous sommes tous interconnectés et d’égale importance - que ce soit une plante, un insecte ou un être humain. Ceci est un voyage très intime. Je sens que je viens d’arriver à l’expression artistique. J’ai longtemps cherché et je me sens très excité heureux que cela ait pris cette tournure.”
José Escofet
*
Une libellule sur mon front
ou mon vieux bâton
Je prends le chemin.
Rappelez-vous ce que murmure la rose :
On est bien peu de chose
Merci et portez-vous bien !
Lily Framboise

Mon amie la rose, mai 2017
Commentaires
les livres : mémoire vivante et nid où couvent les souvenirs et les espoirs si on veut bien lire et découvrir, ce tableau très léger dans son traitement nous plonge dans des réflexions très profondes
Très belles citations ! On effet comme je dis parfois "fais confiance à la vie, elle a plus d'expérience que toi". Qui me l'a dit je ne sais plus.
Les fleurs prennent la clé des champs comme nous prenons la beauté des matins.
Que ton chemin reste toujours éclairé et léger !
Joli mois de mai, Lily
Tu tournes la page, chère âme ...
Un bien beau livre d'éternité avant et après nous, que cette nature qui nous apprend TOUT.
La rose, mon amie, me l'a redit ce matin ... tout au pied de mon jardin que je contemple pour mieux le lire et m'instruire ...
Une abeille là vient de passer, sur ta joue rose, elle s'est posée.
Fleur de miel, tu n'oublieras
Tous nos partages ici bas ...
Je t'embrasse, en miel et sœur de vie.
Merci, ma belle, devenue "confidente" pour de belles tranches de vie. Non, je ne t'oublierai pas ! A très bientôt. Bises d'Anjou !
C'est la pleine saison de nos amis les roses, et elles t'accompagnent sereinement. Elles éblouissent ta vie et embaument tes jardins.
Y'a quelqu'un qui m'a dit que tu rêvais encore ! ... serait-ce possible alors ?
Que j'aime cette huile sur canevas! Il y a toujours une échappatoire...ce pourrait être le titre, non?
Parfaitement d'accord sur l’interconnexion! Comme entre les humains, avec la nature il faut prendre son temps, qui est plus long que celui des roses...
Un beso amical.
Ton billet est superbe !
Bises du vendredi
En effet, nous sommes tous interconnectés et d'égale importance.