Cicéron, au IIe siècle avant J-C, était un spécialiste de la rhétorique, des discours. Il excellait à utiliser des procédés de styles visant à frapper les esprits. Ici, rassemblant deux domaines forts différents -que sont les écrits et la terre sous forme de petit lopin à cultiver- il voulait signifier qu’ils sont, dans leur complémentarité, les seules choses nécessaires à nos besoins. Sous-entendu, évidemment, des besoins d’accomplissement de l’homme, de la femme; ce qui suppose que les besoins physiologiques, les besoins de sécurité et d’appartenance soient  satisfaits sinon comblés.

Deux choses seulement en notre propriété répondraient à “tout”. Une magnifique antithèse, à mon sens, qui souligne en les rapprochant l’opposition entre le “peu” vraiment nécessaire et le “tout” - c’est à dire l’immensité- de nos soifs.

En quoi est-ce judicieux au XXIe siècle ?

D’abord, concernant l’antithèse en elle-même, reconnaissons que le dernier quart du siècle passé s’est montré très avide de possession en tout genre, croyant ainsi combler les besoins d’accomplissement de chaque individu. Une lente prise de conscience, à l’aube de ce nouveau siècle, nous amméne à en constater les dégats, tant sur la planète que sur les esprits souffrant d’accumulation et de dispersion. La simplicité semble une voie à la disposition de tout un chacun pour sortir de l’impasse.

Ensuite, concernant le jardin, bien des personnes seraient aptes à en parler beaucoup mieux que moi, qui par nature cultive plus celui de l’intérieur que de l’extérieur. Cependant, je suis souvent à même de constater que, après un temps prolongé sur l’ordinateur, aller tailler les rosiers, ramasser quelques tomates, observer les diverses pousses ou désherber, procure une détente très appréciée. Indispensable !

Mais le plus fort, le plus important à mon avis, dans notre monde qui cultive la volonté de toute-puissance et la vitesse, est l’humilité que nous fait vivre le jardin, dans la mesure où nous acceptons son rythme et ses “lois”. Un article de Jean Belot, découpé dans une revue il y a plusieurs années, exprime très joliment cela :

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Jardins d’expression à St Barthélemy d’Anjou, c’est reparti pour une 3e édition.

“C’est une erreur de croire qu’on a la haute main sur un jardin, quand lui, seul, dicte sa loi. S’il ne veut pas donner de lavande, inutile d’insister, et s’il s’accommode mieux de l’ombre que du soleil, il a ses raisons. Car il est bon que le lupin se rebelle, que la clématite casse ou que la pivoine se fasse si longtemps désirer.

L’important en vérité, n’est pas tant ce que donne un jardin que

le regard qu’on porte sur lui.

Et l’usage qu’on en fait …

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… Il peut aisément se passer de vous. Il importe qu’on le ménage et le respecte.

Il avisera alors de la conduite à tenir.”

Jean Belot

J’aurais pu intituler ce billet : “Patience au jardin”, cela aurait été d’une grande force poétique,

mais moi-même ne suis pas toujours très patiente, alors …

 

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Potager de Gaïa (3 ans et demi). Elle a déjà croqué ses premiers radis, semés entre les courgettes et les betteraves.

Pour ce qui est de l’ouverture aux autres soulignée par plusieurs blogueurs, sous mon dernier billet,

je ne peux m’empêcher de citer ce beau proverbe* :

“Qui plante un jardin trouve un ami.”

*S’il n’est d’un auteur célèbre, il est peut-être de moi, ou de vous, qu’importe …