En route vers la mer
Par lilibellule le jeudi 2 juillet 2015, 15:08 - De ma boulite - Lien permanent
Eté 1965, été 2015 … Cinquante ans se sont égrenés entre les deux, pourtant le souvenir reste vivace ! L’été de ses huit ans, entourée de son Pépé et de sa Mémé, la “gamine de Bois-Mignon” avait voyagé pour la première fois.
L’ainé de ses cousins venait d’acheter une 2 CV grise. Un achat qui constituait un évènement pour une famille modeste ! Bien sûr, Alain acquérait par là une certaine importance, mais il restait pour la Mémé de Lily un neveu agréable, discret et très serviable. Elle l’aimait bien ce p’tit gars sérieux et elle n’avait pas caché sa fierté de s’asseoir à ses côtés dans la belle auto !
De bon matin, vers la fin juin, ils avaient quitté la ferme en direction de l’Océan, pour une longue escapade qui s’annonçait ensoleillée ! Impensable ! Merveilleux !… Alice et Nicolas se rendaient pour la première fois chez leur fille aînée, habitant l’île d’Oléron depuis une dizaine d’années déjà.
Bien qu’il conduise une petite voiture, Alain doublait parfois d’autres véhicules, au grand amusement d’Alice. Celle-ci, durant le trajet, s’étonnait avec Nico des nouvelles constructions qui poussaient comme des champignons, à droite, à gauche, devant, plus loin, et encore un peu plus loin.
“Regarde là, et encore là, s’exclamait-elle. Comme ça change le paysage ! On ne reconnait presque plus rien ! “
Les champs de maïs dotés d’arrosages automatiques faisaient leur admiration et dans maintes fermes ils constataient que les foins avaient déjà été coupés.
Arrivés à Bourcefranc, ils avaient emprunté le bac, du nom de l’Amiral Duperré, pour traverser la portion de mer qui les séparait de l’île, cette « île aux parfums » qu’aimait Pierre Loti. Lily, elle, sentait surtout que cette virée hors de la ferme lui faisait vivre tout à la fois sa première sortie en voiture et sa découverte de la mer.
Durant la traversée, Alice, en bonne fille du Bocage Vendéen, n’ayant jamais approché l’Océan de sa vie, lui répétait : « Regarde la mer, Lily, regarde la mer !
Des vagues, des vagues, des vagues à perte de vue et puis plein de saletés dans l’eau, c’était ça la mer ! De vieux pneus, des bouts de ferrailles et autres lambeaux de matériaux divers …
- Regarde la mer, Lily, regarde donc la mer, continuait sa Mémé.
- Oui, ça va, je l’ai vue, avait répondu la gamine, lassée de tant d’insistance pour lui faire admirer cet élément sale, verdâtre et monotone.
Sur la plage du Grand-Village où, en fin de matinée, ils cherchaient des coquillages, Alice couinait sans arrêt à cause des crabes agrippés à ses doigts. Elle en avait deux ou trois, accrochés à chaque main.
- Mais, c’est incroyable, je vous dis que je les attire, pleurnichait-elle.
Alain, souhaitant profiter des bienfaits de l’eau, plutôt que d’écouter ses jérémiades, s’éloignait du rivage, s’enfonçait dans les vagues et se transformait en petit point noir à l’horizon. Affolée, Alice oubliait bien vite, alors, les crabes querelleurs. Elle se levait et priait tout haut :
« Mon Dieu, il va se noyer ! Mon Dieu, protégez- le ! Ah, ça y est !… Il est noyé !… Non !… Ah mon Dieu, Sainte Vierge, protégez-le ! Il est fou !… Complètement fou ! Les vagues sont beaucoup trop grosses, elles vont l’emporter !
- Ma pauvre Alice, lançait Nicolas espérant la calmer, il n’est plus un gamin, il doit bien savoir ce qu’il fait !
- Ah oui, mais il ne se rend pas compte, les vagues sont énormes … Personne ne pourrait résister. Il a beau être jeune et malin, il va se faire emporter. Oh, comme j’ai peur ! Lily, prie avec moi, s’il te plait.
Elle, la gamine, n’en pouvant plus, hurla :
- Arrête, ma pauvre mémé, arrête !!!… »
Grisés de vent et d’espace, ils rentrèrent le soir, avec un beau panier de coquillages dans leur coffre. Dès le lendemain midi, leur récolte constitua leur plat principal, mais à peine le repas terminé, Lily fila dehors tout vomir dans l’herbe. Belle indigestion ! Mais en plus, elle était couverte de rougeurs, le corps gonflé et brûlant. Le médecin diagnostiqua une allergie aux moustiques qui la cloua au lit, avec 40° de fièvre, pendant deux jours …
Voyage, souvenirs !… Aujourd’hui, c’est avec joie qu’elle raconte ce périple. Avec ses découvertes et ses rebondissements, il avait bel et bien rompu la monotonie de l’été de ses huit ans !
Commentaires
Oui, la vie nous donne aussi des bons souvenirs...
Qu'il est bon de partager...
Amitiés
Jean
Un très beau récit Lily!
à bientôt!
Bonjour,
Une bien belle histoire. Simple et pourtant essentielle. Les allergies c'est quelque chose !
@ bientôt.
J'ai été émue par le souvenir de cette voiture qui a été celle de mon enfance, celle de mon adolescence, celle de mon mariage... Et puis j'ai bien ri à l'évocation de cette mémé qui priait beaucoup pour tout et n'importe quoi, nous en avons tous eu autour de nous... Un beau souvenir, merci Lily, bises. brigitte
Ce sont de bons souvenirs malgré les moustiques et la fièvre et les jérémiades de mémé...et il est bon de les garder précieusement
on se souvient, des épisodes restent d'autres sont effacés ou presque, raconter aux enfants ils croient qu'on parle du temps des rois.
Cette voiture...quels souvenirs! ma première et pendant longtemps la seule que j'adorais conduire. Poussive dans les montées elle s'élançait joyeusement en descente..bref, on vivait avec elle.
Pour celui/celle qui n'a jamais vu la mer, ces premières impressions sont inoubliables, en effet!
merci Lily
Des souvenirs comme un petit roman, très agréable à lire... Et puis la mer, les vagues, les 2 CV (ma soeur en avait une il y a très très longtemps avec un clown peint, je l'adorais cette voiture) c'est tout bon tout ça ;0)
Bisous ma Lily, je te souhaite un bel été !!
Superbe souvenir ces vacances en bord de mer
Je me souviens d'un séjour dans les mêmes âges que toi en compagnie de mes 3 cousins. Souvenir où au retour, j'ai eu droit à une nouvelle coupe car mes cheveux mal démêlés étaient devenus comme de la paille... Hihihi ! Ta mémé est haute en couleur et j'adore ! Je l'imagine, jupe relevée, sautillant sur la plage avec des crabes aux bouts des doigts 