Grammaire des oiseaux de mer et d'ailleurs
Par lilibellule le lundi 6 juillet 2015, 10:08 - Entre terre, ciel et eau - Lien permanent
En bord de mer, les mouettes et les goélands volant dans l’immensité du ciel au-dessus de nos têtes et de la grande bleue me font l’effet d’artistes venus d’ailleurs, pour nous divertir, nous émerveiller de leurs ballets incessants et parfois nous faire sourire de leur étrangeté et de leur langage lorsqu’ils se posent et criaillent à proximité.
Bien sûr, ils évoquent dans le ciel le désir de hauteur et de liberté, peut-être même celui de “pureté” en lieu avec la blancheur de leur plumage (!) On pense à la belle histoire de Richard Bach : Jonathan Livingston le goéland et à la sublime musique écrite pour l’accompagner avec Neil Diamond au chant. Un très beau souvenir des années 75-76 qui élevait l’âme.
A Venise sur la piazetta, les goélands tournoient autour des deux colonnes de granite sur le front de mer, ils planent au-dessus du palais des doges et frôlent les statues antiques qui se dressent dans l’azur … Mais ils s’aventurent aussi en bordure du territoire des pigeons devenus beaucoup trop nombreux. Parfois la cohabitation de ces deux espèces vire à une hostilité grandissante qui peut aller jusqu’au combat et au meurtre. Les goélands agressifs attaquent les pigeons et les engloutissent, en raison, me semble-t-il, de la bêtise des hommes qui nourissent ces derniers de bon grain doré rendant ainsi leur population trop nombreuse.
Il y a, naturellement, une part de jeu à vouloir nourrir les pigeons pour le plaisir de les voir se poser sur les mains, les bras, la tête (enfin pas pour moi !) … Mais certains exploitent lamentablement ce plaisir en faisant vendre par des personnes en situation de précarité des sachets de maïs. D’où des bestioles repues qui vont se reproduire jusqu’à huit fois dans l’année ! Et l’on sait pourtant les dégâts de leurs fientes sur les façades, les toitures, des monuments , des palais et des maisons particulières !
Personnellement, j’ai été témoin, un midi, de l’agressivité de toute cette gente ailée. Convoitant le pain de mie des touristes, les go-go (les goélands) traversaient nerveusement la piazetta, rasant les crânes et laissant traîner leurs pattes devant les visages. Tenant un sandwich aux épinards près de ma bouche, le protégeant de ma main gauche, j’ai senti le souffle, la violence, de leurs battements d’ailes sur mon front. Argh !
Vigilance ! Je constate que dans ma vie personnelle, si je n’y prends garde, des domaines peuvent devenir par trop envahissants, à la façon des pigeons ou des goélands !.
Palais des doges- Venise, avril 2015
J’ai pensé autrefois à fonder
une Académie des Goélands
(suivant en cela
un ancien modèle chinois)
dans un seul but :
redire le monde
parole d’aurore
grammaire de pluie, d’arbre, de pierre
je peux concevoir des goélands noirs
et des corbeaux blancs
(racistes s’abstenir)
oui, le corbeau aurait sa place
à l’Académie des Goélands
il en serait le membre croassant
mais ce projet est parti avec le vent
Kenneth White* (Eloge du corbeau)
*Le nom du poète ne vous aura pas échappé bien sûr !
Commentaires
Sais-tu qu'en Afrique noire, les corbeaux ont des parties "blanche" dans leur plumage !!! c'est cocasse tout de même !!!
à vivre à proximité des humains les oiseaux prennent leurs travers , y voir un miroir ? mais pour autant essayer de limiter les dégâts ?
En tant que corbeau-file ou corbeau-fan je ne peux qu'adhérer. Belle photo. @ bientôt.
Dans plusieurs villages du Portugal j'ai vu des tas de fenêtre garnies de CD flottant...pour éloigner des façades ces "rats du ciel" que sont les pigeons. Ici à Palma il est interdit de les nourrir. Certains mettent du poison (interdit aussi) ...moi je ne vois pas pourquoi on peut tuer les poules et pas "eux"...enfin, c'est un autre débat sûrement.
J'aime bien cet éloge du corbeau !
Bon week-end
Jean
Quel beau billet !
Notre société dite moderne produit des aberrations de premier ordre... Quand donc l'homme s'éveillera-t-il ? Certains disent que l'oiseau est le symbole de l'âme, il y aurait alors beaucoup d'âmes "en peine" sur cette île... et sur d'autres aussi... Bises. brigitte