“Celui-là, il est mal réveillé ou alors vraiment sans gêne !” Je fis semblant de ne rien voir, mais pour montrer que tout de même j’existais, je pris moi aussi un biscuit, tout en essayant de me concentrer sur  les réponses aux définitions  de ma grille. L’homme tendit la main à nouveau et, allègrement sortit un second biscuit du sac, qu’il croqua avec le même aplomb que le premier.

“Quel culot ! Il voit bien que je suis à côté et il continue !” Je piochais moi-même un second biscuit et me mis à le grignoter avec ostentation et lenteur. Pourtant, l’agagement l’emportait sur le plaisir gustatif. Pourquoi donc ne trouvais-je pas les mots pour renvoyer ce malotru à ses affaires ?!! Bien sûr, je voulais éviter de m’emporter en public, mais il y avait tout de même des limites. L’homme venait cette fois-ci de prendre deux biscuits entre ses doigts et les croquait avec forces mimiques amusées !

“Ah, le goujat ! Il se paie ma tronche, maintenant ! Jusqu’où cela va-t-il aller ?” J’en pris trois, comme il se doit, mais à ma surprise, il réagit en n’en prenant curieusement que deux. Il les plaça face à face à hauteur de ses yeux, leur fit se faire un p’tit baiser et, ouvrant grand la bouche, les engloutit avec grand calme et silence. J’étais stupéfaite et la langue me démangeait de lui dire ses quatre vérités. Impolitesse, goinfrerie, ironie et maintenant provocation, le comble !

Il ne restait plus qu’un biscuit au fond du paquet désormais, j’attendais de voir son attitude. L’air content, il eut un petit rire nerveux, puis il prit le dernier biscuit, le cassa en deux, m’en offrit la moitié et jeta l’autre malicieusement dans sa bouche ouverte.

- Ah, ben dites donc, vous ! Vous ne manquez pas d’air ! dis-je en imitant Bourvil.

- Pardon ? répondit le grand balaise avec des yeux équarquillés.

- Comment ça “Pardon ?” Vous entendez votre ton ?!  J’étais exaspérée et fus bien d’aise d’entendre annoncer mon vol.  Rassemblant mes affaires, je tournais les talons et partis la tête bien haute, sans attendre la réponse de ce Prince des voleurs. “Quand je pense au prix auquel je les ai payés, c’était des hauts de gamme …”

Une fois à bord, avant de m’ installer confortablement dans l’avion, je cherchais mon livre pour me détendre. Fouillant dans mon sac, quelle ne fut pas ma surprise ! Je regardais deux fois et me pinçais pour y croire … Mes biscuits étaient là, intacts dans le sac !

- Mais alors, les  autres - ceux que nous avons mangés- étaient les siens ! Exactement le même paquet que moi, acheté dans la même boutique.  Et il n’a pas bronché, le gars ! Rôoh, je comprends maintenant ses petites mimiques et même son geste de partage, au final.

Râhlala, le cinéma que je m’étais fait, alors que c’était moi la coupable !*

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“Mes meilleurs atouts, ce sont mes amis”
Entrée kibboutz de Ginosar, avril 2016

* Enfin n’exagérons rien, ce n’est qu’une fiction =^.^=