Cadran
Par lilibellule le vendredi 19 décembre 2014, 06:00 - Le ciel est par-dessus le toit - Lien permanent
Le temps ! Je n’aurai jamais le temps de ranger ma maison, de dépoussiérer, de faire mes listes d’achats, d’arpenter les magasins, de penser à la déco, aux menus et aux mille bricoles qui réclament mon attention et mes quatre mains pour se faire. Chaque année c’est le même topo, à la mi-décembre, les désirs, les appréhensions se bousculent, avec en toile de fond le sentiment de passer à côté de ce qui rend vraiment heureux : la liberté d’aimer et de se laisser aimer en prenant le temps. Sans se bousculer indéfiniment. Suis-je donc seule à penser et vivre ainsi ?
L’ange au cadran à l’angle de la Cathédrale de Chartres, octobre 2014
Le poète me réconcilie-t-il avec le courage de vivre avec tout ce qu’il a d’obscur dans la surenchère, la bousculade ?… En tout cas, je me reconnais dans cet appel à la douceur et il me plait de me redire en ces longues nuits d’hiver que j’ai de “l’étoilé en dedans”
…
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
…
Jules Supervielle,
“Encore frissonnant”
dans La fable du monde
PS pour ceux que la sculpture romane intéresse : Contrairement aux personnages de l’Ancien Testament, généralement chaussés, les anges et les apôtres vont toujours les pieds nus, signe de leurs mission.
Commentaires
On raconte que le voisin d'un petit garçon installe un cadran solaire sur la façade de sa maison qui donne en plein sud...
Le petit garçon demande que faite-vous Monsieur? et le voisin de lui expliquer ce qu'il installe... Alors le petit garçon lui dit: vraiment on n'arrête pas le progrès !!
Bonne journée
Jean
la liberté d'aimer et de prendre le temps de faire de ces moments des enchantements, une lutte de tous les instants, et la lutte est inégale...
J'aime beaucoup Jules Supervielle
Merci pour le lien avec Babelio
Et Bonne soirée
Ah là là, comme j'aime Supervielle !
Un grand poète Jule Supervielle. Il est important de remettre les pendules à l'ehure parfois.
Tu n'es pas la seule à penser ainsi...
Cette année, plus encore que les autres, je veille à ne pas me laisser submerger par le flot commercial et la folie de la surenchère des" super- marchés " de noël...
Rester dans le flow pour ne passer à côté du bonheur selon Csíkszentmihályi ...
Je t'embrasse chère Lily
Il parait qu'il y a deux façons de se positionner dans la vie : dans l'action, ou dans l'être... L'idéal est-il dans un juste équilibre entre ces deux voies, l'une et l'autre étant nécessaires à notre épanouissement ?
Joyeux Noël !
Tu sembles organisée, le moment venu tout sera prêt et tu profiteras de ces moments, en poésie et musique, en amour, j'en suis sûre
J'aime beaucoup l'expression avoir quelque chose d'étoilé en soi...
Cet ange est superbe, en passant s'arrêter pour lui sourire.
Oui, Joyeux Noël, je t'embrasse
J'ai l'impression que ces périodes brutalement surchargées d'activité, Noël certainement en tête et loin devant, ne sont pas si différentes du reste de nos vies : elles accélèrent seulement un processus qui nous est coutumier. Elles mettent plus en évidence notre éparpillement et cette incapacité à vivre l'essentiel de nos existences. Etat coutumier, certes, mais pas naturel, et pas positif.
Nous vivons dans un monde qui ne cesse d'attirer notre attention sur mille et une futilités, un système qui nous pousse à n'être jamais satisfaits de notre état, de ce que nous avons, de comment nous sommes, et ne cesse de nous créer de nouveaux besoins, des envies comme des caprices, des obligations dont on verrait bien vite, si l'on prenait le temps (eh oui, encore...) de les étudier, qu'elles ne nous mènent à rien, et qu'au contraire, là où nous pourrions jouir d'un moment de vie intense et heureux, nous nous le gâchons à songer à tout ce que nous n'avons pas, à tout ce que nous aimerions ajouter à nos possessions, à tout ce que nous rêvons de montrer aux autres, quand bien même ça ne nous ressemble pas, mais parce que nous sommes pris dans la spirale malheureuse du paraître.
Et la plus grande part de nos vies se perd dans ces fausses pistes, les sentiments même s'y égarent, des passions s'y construisent qui n'ont aucune réalité profonde, et dont nous nous lassons d'ailleurs longtemps avant d'en avoir fait le tour. Il faut toucher à tout, il faut avoir tout connu, il faut posséder toujours plus, il faut anticiper l'avenir, redessiner le passé, pousser les nôtres à faire de même, voire fustiger ceux qui résistent. Mais au final, il se crée un manque en nous, un vide, et ce vieux sentiment de tristesse de l'inaccompli. Inévitablement.
Pourtant, nous savons ce qui nous est essentiel : la part la plus profonde et la plus authentique de nous le sait, le ressent. Pas celle qui s'excite devant une vitrine ou une bagnole, pas celle qui trépigne de joie ou d'impatience devant toutes les nouvelles technologies dont on nous submerge, pas celle qui nous est dictée par les bienséances ou par la mode. Celle qui nous illumine de l'intérieur : ce petit sentiment qu'on sent naître avec douceur et qui se répand en nous comme une vague recouvre la plage et y pénètre, avec cette confiance rare et précieuse d'être d'accord avec soi, et que de plus, cet accord avec soi s'étend et se déploie comme un accord avec le monde, avec la vie. Aucune boutique ne vend ça, aucune papillote n'en imite la beauté, aucun repas de Noël ne saurait nous nourrir aussi bien. Et nous le savons : chaque fois que nous avons le privilège de le vivre, nous savons que c'est ça, la vie, la vraie, pas celle qu'on nous vend à renfort de publicités imbéciles, mais celle qui nous élève, nous améliore, nous rapproche de l'humain idéal et nous met ainsi à notre place, celle à laquelle nous aspirons de toutes les fibres de notre être. Et quand il nous arrive de partager cet état avec quelqu'un, alors il nous semble presque atteindre à une certaine magie.
Je ne crois pas que c'est ce que nous recherchons le plus clair du temps, parce que nous sommes pris dans un monde mercantile et assassin, et que bon gré, mal gré, nous y jouons la partition qu'on nous a donnée. Mais nous pouvons bien nous raconter toutes les histoires que nous voudrons, notre conscience la plus fine, toute enfouie qu'elle peut être, toute reniée qu'elle soit, continue de nous murmurer que ce n'est pas le bon chemin, et que nous avons une dette envers nous-mêmes : trouver le bon.
Que cela ne nous empêche pas de passer de bonnes fêtes, en nous efforçant peut-être d'y créer de ces espaces de temps où nous libérons nos cœurs et leur laissons la latitude d'aimer.