Nuit d'hiver
Par lilibellule le lundi 22 décembre 2014, 09:31 - Le ciel est par-dessus le toit - Lien permanent
Imaginez lorsque la mort se fait enfant
qu’il neige sur les derniers bruits.
Nadia Tuéni
Poète Libanaise, 1935- 1983
Avec ce poids dans le coeur, je voudrais pourtant vous parler d’une annonce “lue” dans la pierre, à Chartres, cet automne
à laquelle fait écho pour moi un superbe poème de Luc Bérimont à lire et relire à voix haute.
L’annonce aux bergers, portail royal de Chartres, octobre 2014
D’emblée ce qui attire notre regard vers ce bas-relief, c’est la sérénité et le pittoresque de la scène.
A la suite de l’ange, nos bonshommes s’avancent encapuchonnés, vêtus de tuniques courtes et pour l’un de bas de laine,
vers la mangeoire où repose un nouveau-né.
Ils ont entendu une voix céleste qui les réjouit. Pensez donc “Paix aux hommes !”
Le deuxième homme, yeux écarquillés, répond à cette voix par le son de sa flûte de pan.
Les moutons, derrière le chien de garde et à la suite du bélier, broutent, “à qui mieux mieux”
dirait Fils-cadet qui adore cette expression.
=^.^=
Cette joie des méprisés, des laissés pour compte, en pleine nuit d’hiver, je crois qu’elle peut encore nous toucher
en ce XXI e siècle où la pauvreté, la nuit sombre, gagnent du terrain.

Luc Bérimont, poète passionné, engagé, né en 1915 en Charente (le plus beau département du monde),
a chanté, à sa façon lui aussi, cette nuit-là où une naissance a percé le froid, la pierre et nos coeurs endurcis.
J’adore la dernière strophe et plus encore le dernier vers !
La nuit d’aube
Une rose a percé la pierre de la neige
Une rose a percé la pierre de l’hiver
Galopez dans le ciel, chevaux blancs des cortèges
Une rose a percé la pierre de la neige.
Une rose a tremblé sur la paille, à l’auberge
L’ange au gantelet noir roule sous les sapins
Une rose a tremblé, plus frileuse qu’un cierge
La neige lacérait le ciel ultramontain.
Édifice du temps un enfant vous renverse
Une rose, une lampe, une larme au matin.
Il suffit d’un baiser qui réchauffe la neige
Et notre rose à nous brûle déjà ta main.
Luc Bérimont
“C’était hier et c’est demain”
éd. Seghers, 2004
Le 17e Printemps des Poètes
mettra en avant l’œuvre de Luc Bérimont,
qui fait l’objet d’un hommage dans le cadre des célébrations
nationales de 2015
à l’occasion du centenaire de sa naissance, ainsi
que celle des poètes de l’Ecole de Rochefort.
Commentaires
il suffit, mais encore faut il le savoir, et ça ce n'est écrit que dans les poésies.
Oui, la paix fut annoncé... mais il faut en suivre l'invitation...Ces massacres d'enfants continuent c'est justement le sujet que j'aborde aujourd'hui, alors que ici nous fêtons noël dans la paix...
Sincèrement
Jean
D'accord pour Bérimont. Mais pour la Charente, es-tu vraiment objective?...
En tout cas, si ça peut te faire plaisir, je ne mangerai pas d'enfants au réveillon (et je pisserai même contre le mur israélien et puis contre celui qui pousse en Inde).
Merci, merci Lily pour cet éclairage, je suis allée à la recherche de Luc Berimont et j'ai été ébloui par sa jeunesse, son humour, ses jeux de mots. Quelle bonne idée de le choisir pour le "printemps des poètes", c'est lui même un printemps.
Les points sur les i
Je te promets qu' il n' y aura pas d' i verts
Il y aura des i bleus
Des i blancs
Des i rouges
Des i violets, des i marron
Des i guanes, des i guanodons
Des i grecs et des i mages
Des i cônes, des i nattentions
Mais il n' y aura pas d' i verts
Luc Bérimont ("La poésie comme elle s'écrit" - aux Editions Ouvrières 1979)
Le p'tit bonjour en passant...
Jean
Très joli poème émouvant ! A lire et à relire comme tu dis... Je reconnais bien ta façon de voir et de raconter la sculpture ! Un vrai plaisir !