Michel-Hindenoch_015X2_m.jpgLorsqu’il est entré dans la salle, un petit bonjour perceptible sur ses lèvres et l’homme a installé tranquillement ses affaires. Puis s’est assis en silence. “Voilà, je vais vous parler une petite demie-heure et après chacun réagira.” Et il a démarré :

“L’imaginaire est une façon de ranger la mémoire. Dans la mémoire, se trouvent des évènements vécus et rêvés. Raconter c’est faire un trajet, dans un temps incertain et un peu flou. C’est aussi arranger le monde à sa façon … Nous voulons emmener un groupe dans ce voyage commun …


Voilà, aussi simplement qu’il l’avait dit, c’était parti ! Nous étions dix-sept autour de lui, déjà captivés par ses propos.

“La parole, c’est aussi la voix et le corps. Une question de langue, de ton, de vitesse, de gestuelle, de posture, de monde intérieur, de sentiments - pour celui qui raconte.
Le conteur passe un pacte avec le public avant le conte, par une petite formule, mais après il vaut mieux regarder “flou”, en périphérie, au sol ou au plafond. Ne pas chercher  d’aide, de solution, dans le public, mais en nous. Faire confiance à nos oreilles, à la qualité de ce qui entoure de nos paroles.”

Ensuite, chacun a pu conter, à plusieurs reprises, chanter en groupe - un bonheur réitéré quatre à cinq fois par jour -, exprimer ses questions, ses expériences, ses doutes. Michel restait toujours dans une posture très humble, et, en même temps, ses réactions, ses réflexions faisaient toujours “mouche”. Pour chacun, des mots parfaitement ajustés, sans aucune flagornerie, et pour l’ensemble une parole dynamisante et un esprit grand ouvert. Que ce style d’échange est précieux !

Je relis parfois mes notes; je vous en transcris, ici, quelques unes que je trouve pertinentes :
“Pour construire son histoire, il faut se sentir en paix et sécurité; c’est un travail solitaire. La saveur de l’histoire nous guide … L’imaginaire, c’est à la tombée du jour que nous le creusons le mieux. Avoir un coin pour cela, une faible luminosité, un fauteuil … Et s’interroger : Cet homme-là, comment je le vois, son regard, ses vêtements, sa démarche ? Et le chemin où il avance, il tourne, il grimpe, il est bordé d’arbres ou de buissons ? Il faut s’appuyer sur son rêve ! Et ensuite trouver sa langue personnelle, la cultiver … On est chez soi, dans notre histoire. La magie, c’est de ne rien faire par nous-mêmes. Mais de dire à haute voix ce que l’histoire nous fait.
[…] Il y a une force, c’est le torrent qui tombe de la cascade. Il faut prendre cette force … Ce que l’on dit, il faut le voir soi-même, Il faut tout voir … Dans le murmure, il y a un trésor.  Ce qui nourrit les gens, c’est quand le conteur ouvre son jardin secret … Un bon conteur est un bon observateur du réel autour de lui … Être avec son image comme avec un danseur … Les mots viennent saluer chaque chose.”


Michel Hindenoch

Pour ceux que cela intéresse, un extrait d’un de ses ouvrages qui fait référence depuis bien des lunes :

“Ce qui se dégage du conteur … une lumière forte et fragile à la fois, une puissance que nous ressentons mais dont nous n’avons pas les clés. A quoi cela tient-il ? Une curieuse lumière qui nous traverse et fait tomber les murailles, une puissance qui semble nous être accordée comme une grâce. Par qui ? Par quoi ? (…)

Il me semble bien que la source de cette lumière est l’harmonie qui se dégage de nous, notre part heureuse. C’est cette part-là qui chante. Elle ne dépend pas de notre volonté de puissance, de notre ego, ni de l’intérêt que nous pouvons avoir de nous en attirer les avantages. Bien au contraire. C’est un équilibre de saveurs qui est différent chez chacun, comme une identité profonde qui se révèle. Une beauté sans voile, vibrante et singulière. Cette harmonie ne tient pas à ce que nous faisons mais plutôt à ce que nous sommes. Et c’est en cela que l’habileté à la conduire est toute particulière.”
Michel Hindenoch, “Conter, un art ?”


Michel Hindenoch2

Merci beaucoup Michel, pour ta belle humanité
Et pour le souffle que tu transmets !