Sur une hauteur, non loin de “la cité des peintres”, lorsque nos jambes et nos pieds nous ont, avec un certain effort, fait traverser le Bois d’amour, on parvient à une chapelle de guingois isolée au milieu des arbres et des champs. Là, il y a plus d’un siècle, Gauguin  aimait se perdre dans l’humus, les pierres et le silence.

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Chevet de la chapelle (1558 ?) et chemin qui mène à l’entrée

A l’intérieur de l’édifice, il avait découvert un Christ en croix qu’un anonyme artiste breton avait sculpté, dans le même bois visiblement que la voûte. La force expressive de cet ensemble, l’avait rejoint dans son vécu personnel, intime. Si différent de l’académisme religieux !

Gauguin s’est mis au travail pour, dans une palette chaude et néanmoins contrastée, réaliser ce Christ jaune, (1889) conservé dans une Galerie d’Art Américaine et dont on peut voir une reproduction dans la chapelle.

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Dans une campagne que l’on croirait en feu, d’un beau jaune tirant sur l’or, au milieu des landes sèches et des arbres rouges comme des coeurs ou des baisers, un calvaire s’élève, barrant de sa poutre transversale le ciel breton. Une croix de bois, rouge comme des larmes de sang, rouge comme la nature en automne. Le Christ, tel un homme malade, aux longs bras amaigris, le Christ pâle et semblant venu d’ailleurs, incline la tête vers sa droite en offrant son visage aux passants. Infinie douceur ou tristesse indicible, à chacun de sentir … Au pied du crucifix, trois villageoises endimanchées sont agenouillées. Leurs mains et leurs visages trahissent leur absence. Obéir à la tradition, oui parce qu’il le faut, mais les pensées sont ailleurs. Voyez ces deux ou trois personnages enjambant le mur et fuyant entre les pommiers pour regagner leurs occupations autour ou dans les maisons sises au pied des collines.

Paul Gauguin s’est identifié à ce Christ incompris, seul et souffrant. Que de rêves, d’amitié et de bonheurs perdus ! Et la sérénité qui le fuyait sans cesse …

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Autoportrait au Christ jaune, musée d’Orsay, sur Wikipédia

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Mon fil conducteur … De l’humour à l’incompréhension