Suivre son fil conducteur à Trémalo
Par lilibellule le samedi 17 janvier 2015, 11:01 - La libellule ne tisse pas de toile - Lien permanent
Pourquoi avoir montré, dernièrement, les deux chênes multicentenaires qui se dressent près de la chapelle de Trémalo ? Et pourquoi, maintenant, écrire un billet sur elle ? Toujours des causes diverses qui s’entremêlent sans que l’on s’y attarde et c’est parfois dommage. Ainsi, lorsque j’ai réalisé le billet “L’aurore est mon prophète” j’ai cherché une tendre grimace dans mes dossiers; pour essayer de réunir tragique et humour. Mais ça ne le faisait pas, surtout le 08 janvier. Alors j’ai conservé le petit bouffon sous le coude. Celui qui offre sa bouille aux visiteurs déambulant et levant les yeux, dans la petite chapelle située au-delà du bois d’amour, sur la commune de Pont-Aven
Sur une hauteur, non loin de “la cité des peintres”, lorsque nos jambes et nos pieds nous ont, avec un certain effort, fait traverser le Bois d’amour, on parvient à une chapelle de guingois isolée au milieu des arbres et des champs. Là, il y a plus d’un siècle, Gauguin aimait se perdre dans l’humus, les pierres et le silence.
Chevet de la chapelle (1558 ?) et chemin qui mène à l’entrée
A l’intérieur de l’édifice, il avait découvert un Christ en croix qu’un anonyme artiste breton avait sculpté, dans le même bois visiblement que la voûte. La force expressive de cet ensemble, l’avait rejoint dans son vécu personnel, intime. Si différent de l’académisme religieux !
Gauguin s’est mis au travail pour, dans une palette chaude et néanmoins contrastée, réaliser ce Christ jaune, (1889) conservé dans une Galerie d’Art Américaine et dont on peut voir une reproduction dans la chapelle.



Dans une campagne que l’on croirait en feu, d’un beau jaune tirant sur l’or, au milieu des landes sèches et des arbres rouges comme des coeurs ou des baisers, un calvaire s’élève, barrant de sa poutre transversale le ciel breton. Une croix de bois, rouge comme des larmes de sang, rouge comme la nature en automne. Le Christ, tel un homme malade, aux longs bras amaigris, le Christ pâle et semblant venu d’ailleurs, incline la tête vers sa droite en offrant son visage aux passants. Infinie douceur ou tristesse indicible, à chacun de sentir … Au pied du crucifix, trois villageoises endimanchées sont agenouillées. Leurs mains et leurs visages trahissent leur absence. Obéir à la tradition, oui parce qu’il le faut, mais les pensées sont ailleurs. Voyez ces deux ou trois personnages enjambant le mur et fuyant entre les pommiers pour regagner leurs occupations autour ou dans les maisons sises au pied des collines.
Paul Gauguin s’est identifié à ce Christ incompris, seul et souffrant. Que de rêves, d’amitié et de bonheurs perdus ! Et la sérénité qui le fuyait sans cesse …
Autoportrait au Christ jaune, musée d’Orsay, sur Wikipédia

Mon fil conducteur … De l’humour à l’incompréhension
Commentaires
Ce Christ en bois est une belle surprise, après la montée à la chapelle.
On ne s'étonnera pas de l'intérêt de Picasso pour les arts africains, Gauguin, déjà, reconnaissait une réelle qualité artistique à l'expression populaire.
quand l'art tire la langue aux passants, et aux collectionneurs qui ne font pas que passer eux. ça fait des beaux mots. et de belles toiles.
Bonjour,
C'est un ravi qui nous ravi avec sa bouille amusée.
Belle journée à toi.
Intéressant!
je viens en Bretagne cet été, mais ce ne sera pas du côté de Pont-Aven...
dommage
De l'humour à l'incompréhension, pourtant l'humour est une jolie musique, il faut continuer à la jouer... Bises. brigitte
Un p'tit bonjour en passant...
Jean
j'aime beaucoup le petit bonhomme à la fin..
besos
tilk
Je viens juste de finir une BD sur Gauguin, signée Gaultier/Leroy:
"Gauguin, loin de la route"
Ah cette chapelle et toutes les chapelles bretonnes chères à mon coeur ...