Dans les réserves de La Libellule j’ai trouvé un poème que je lis et relis à mi-voix. Il sied comme un gant à mon humeur du moment. De bout en bout, ne me demandez pas pourquoi je le trouve si émouvant …

Le soir pose les doigts sur les paupières du jour, allège la pesanteur
des ombres. Il recouvre la lumière d’une couverture étoilée, la conduit vers
un sommeil où possibles sont d’autres clartés.
La nuit cajole le verger. Les herbes dodelinent, frissonnent, comme si
des âmes heurtaient le silence.
*

Des visages me parlent de toi. Des visages que je ne connais pas, qui
ne te ressemblent pas. Un tissu glisse peut-être sous le fer chaud de ces
visages. Un tissu que nous ne voyons pas, mais qui recouvre nos épaules, les jours
de solitude où nous risquons de prendre froid.
*
Quel écho se replie, rumine le silence, amorce le profond des ombres où
tombent à regret les chants d’oiseaux ? Le duvet du soir lentement
s’amenuise. Les maisons s’allument. Dans le miroir des fenêtres, comme un
clin d’oeil
sous la chaleur des lampes, un visage humain rassemble parfois la
nuit dans un nid de clartés.


Philippe Mathy, extraits de Jardin sous les paupières

Printemps des poètes

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18e Printemps des Poètes
DU 5 AU 20 MARS 2016
manifestation nationale et internationale —
LE GRAND VINGTIÈME d’Apollinaire à Bonnefoy, cent ans de poésie

*

“Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble*
comme une petite lueur au loin dans la forêt.”

Guillaume Apollinaire, Lettres à Lou

* vers inscrit en travers sur l’affiche de la manifestation