Comme un clin d'oeil
Par lilibellule le mercredi 27 janvier 2016, 06:00 - Le ciel est par-dessus le toit - Lien permanent
« J’appelle poésie cet envers du temps, ces ténèbres aux yeux grands ouverts (…) »
Louis Aragon
L’hôtel des pénitentes (Angers) abritant le Printemps des Poètes en 2015
Dans les réserves de La Libellule j’ai trouvé un poème que je lis et relis à mi-voix. Il sied comme un gant à mon humeur du moment. De bout en bout, ne me demandez pas pourquoi je le trouve si émouvant …
Le soir pose les doigts sur les paupières du jour, allège la pesanteur
des ombres. Il recouvre la lumière d’une couverture étoilée, la conduit vers
un sommeil où possibles sont d’autres clartés.
La nuit cajole le verger. Les herbes dodelinent, frissonnent, comme si
des âmes heurtaient le silence.
*
Des visages me parlent de toi. Des visages que je ne connais pas, qui
ne te ressemblent pas. Un tissu glisse peut-être sous le fer chaud de ces
visages. Un tissu que nous ne voyons pas, mais qui recouvre nos épaules, les jours
de solitude où nous risquons de prendre froid.
*
Quel écho se replie, rumine le silence, amorce le profond des ombres où
tombent à regret les chants d’oiseaux ? Le duvet du soir lentement
s’amenuise. Les maisons s’allument. Dans le miroir des fenêtres, comme un
clin d’oeil sous la chaleur des lampes, un visage humain rassemble parfois la
nuit dans un nid de clartés.
Philippe Mathy, extraits de Jardin sous les paupières
18e Printemps des Poètes
DU 5 AU 20 MARS 2016
manifestation nationale et internationale —
LE GRAND VINGTIÈME d’Apollinaire à Bonnefoy, cent ans de poésie
*
“Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble*
comme une petite lueur au loin dans la forêt.”
Guillaume Apollinaire, Lettres à Lou
* vers inscrit en travers sur l’affiche de la manifestation
Commentaires
Ma feuille vineuse
il y a des vers qui s'imposent et répondent à d'autres :
"Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral. Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés."
René Char, Eloge d’une soupçonnée
Un lieu très inspirant. Belle découverte poétique. "Les jours de solitude où nous risquons de prendre froid" me touche beaucoup, sans que je saches vraiment pourquoi. Merci.
Bonjour Lily... Comme il est tout simplement magnifique, ce poème ! Comme il se termine de façon grandiose et si émouvante :
"Dans le miroir des fenêtres, comme un clin d’oeil sous la chaleur des lampes, un visage humain rassemble parfois la nuit dans un nid de clartés."
Quelle poésie !!! Comme j'aurais voulu être l'auteur de tels vers !!!
En tous les cas, merci de ce partage, je ne connaissais pas du tout ce texte-là, je comprends pourquoi il te met dans cet état-là !
Bise. Bonne journée.
FP
Très beau ce poème, si émouvant, oui !
C'est tout l'art du poète que de provoquer l'émotion par des images, un autre monde se réveille au coeur de soi, coeur de soi qui est en même temps le coeur du monde... et c'est l'apaisement d'une dimension retrouvée.
Il est des poèmes tellement précieux qu'on aime les avoir toujours à portée de soi, n'est ce pas ?
Quelle magnifique écriture et quel écrin pour ce printemps des poètes 2015 ! Bises. brigitte
Dans la poésie se reflète tous les états d'âme...
Sans les limites mentales, l'esprit voyage et se libère...
Agréable journée,
Joyeux bisous,
Michèle
"La nuit cajole le verger.Les herbes dodelinent, frissonnent comme si des âmes heurtaient le silence."
Ainsi les âmes égarées viennent peupler le silence de nos vergers; c'est donc bien elles que j'entendais...ce doux chant de nuit si léger qu'il nous enveloppe d'un voile attristé.
Pour l'envol de la libellule, la date fatidique du 8 février approche !
Douces pensées t'accompagnent chère Lily
Joyeuses bises,
Michèle
Où que tu sois et quelques soient tes obligations, bon week-end chère Lily
Douces pensées,
Michèle