L'art d'écouter
Par lilibellule le dimanche 30 novembre 2014, 06:33 - Du grain sur le toit - Lien permanent
Puisque nous étions -virtuellement- jeudi à Fouesnant, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter une malicieuse conteuse qui, dans la douceur d’un soir d’août, nous a conduits durant une heure et demie sur ses chemins imaginaires et merveilleux. Juste avec sa voix, ses mains … Cela m’étonne toujours.
Écouter, un art ou pas ?
“… la mode a changé, et l’art d’écouter une histoire s’est perdu en Europe. Les indigènes d’Afrique qui ne savent pas lire, l’ont conservé … Mais les Blancs ne savent pas écouter une histoire, même s’ils sentent qu’ils le devraient. S’ils ne s’agitent pas, ou s’ils ne peuvent pas s’empêcher de penser à une chose qu’ils doivent faire toutes affaires cessantes, ils s’endorment. Ces mêmes personnes peuvent fort bien demander quelque chose à lire, un livre ou un journal, et sont tout à fait capables de passer la soirée plongées dans quelque chose d’imprimé, et même de lire un conte. Ils se sont habitués à recevoir toutes leurs impressions par le truchement des yeux. “
(Karen Blixen, La ferme africaine)
Guylaine Kasza, conteuse, Festival 2013 “Les pierres parlent” (tous les étés) Chapelle de Kerbader à Fouesnant, Bretagne
« En quelques mots, en quelques gestes de la main, elle embarque le public
dans son monde. » Le Télégramme
Pourtant, comme l’observait Karen Blixen, écouter ne va pas de soi.
Sans liberté d’esprit et un peu de pratique, bernique !
Et vous, qu’en dites-vous ?
Photos © Lily Framboise
Commentaires
Je ne partage pas le pessimisme de Karen Blixen, les auditeurs sont là, ils sont prets à partir avec nous lorsque l'on conte, pas tous, mais dans notre monde ou tout est fait pour le doute, c'est avec joie que je fais venir les oreilles vers l'acceptation de l'imaginaire et de la poésie.
C'est pour certains un travail sur eux même, et pour d'autres un lit douillet dans lequel ils plongent avec bonheur.
si le conteur est bon, je pense que beaucoup se laissent embarquer assez aisément...et c'est vrai que c'est un plaisir
il est vrai que beaucoup de facultés liées à l'oralité si elles n'ont pas disparu ont été esquintées, retrouver l'enchantement du conteur(euse) est un moment rare, mais qui n'a pas disparu.
J'ai le souvenir d'avoir entendue Guylaine au biplan à Lille il y a une bonne 10ne d'années (au temps ou je faisais de la programmation) et un peu plus récemment sur un festival. Dans un répertoire jeune public. J'aime bien son énergie. La plume de Karen Blixen sous sa langue ça doit être quelque chose.
J' adore les histoires , les écouter , les conter...admirer le regard de ceux qui se laissent emporter par la magie des mots de celle qui les fait vivre ..:-)
Le monde d' aujourd'hui parle ..parle de plus en plus vite sans articuler trop ni les mots ni les sentiments ..il ne ne sais plus écouter et pourtant que de jolis voyages manqués ...
Écoute Lily ..je t' embrasse
On voit bien l'importance du jeu de mains, jeu du corps, expressions du visage que Guylaine Kasza offre ici. Cet ensemble – visuel – participe à l'écoute.
C'est une belle réflexion de Karen blixen. Je pense qu'il y a du vrai des deux côtés. Personnellement pour avoir assister à des soirée de conteurs, en alternance avec des musiciens, certains me captivait totalement. Tandis que d'autre étirait tellement son conte que je finissais pas me lasser. Le conte est un art. Plus ça semble facile pour le conteur, plus il y a de labeur, de travail derrière le temps donné sur scène. J'imagine que 20 minutes d'histoire doit représenter beaucoup d'heures d'écriture..
J'en ai appris une bonne partie lors de mon atelier sur le conte. Un atelier des plus intéressant.
Je pense qu'il y a du vrai dans la réflexion de Karen Blixen, Dans notre société, c'est de plus en plus l'image qui domine, avec le 7ème art qui prend la plus grande part. Le film avant le livre, et le conte loin derrière...
Du coup je pense à mon dernier passage à Angers au printemps dernier. J'ai été sans grande conviction à une conférence d'Alain Baraton, le jardinier de Versailles, avec la crainte de m'ennuyer tant j'ai perdu l'habitude d'écouter, et quelle surprise ! Que d'histoires il nous a contées ! Et avec quel talent. Ce fut pour moi un des meilleurs moments de l'expoflo.