Posé sur un pilier de portail, les yeux mi-clos, ce coq aux couleurs défraîchies peut prêter à sourire. Tradition, relent de patriotisme ou fierté quelconque, on ne sait …  Pourtant, j’aime cette photo, prise un soir d’été dans une vallée, et tout ce qu’elle éveille en moi.

J’avais cinq, six, sept ans et je dormais comme un loir au fond de l’armoire - hum, que dis-je ?- dans une chambre dont la fenêtre donnait sur notre basse-cour. Enfoncée très loin dans l’épaisseur de mes rêves, au matin, j’entendais soudain un chant tonitruant et joyeux déchirer le silence. Quelle surprise les premières fois ! Je crois vraiment m’en souvenir encore … Avec les années, le clairon du coq m’est devenu un chant familier et très aimé. Rassurant et plein d’espoir face à une journée que je désirais plus belle que la veille. Face à une journée où des petits lutins viendraient certainement m’aider à faire mes devoirs et me tenir une agréable compagnie …

Puis, avec les ans, le coq s’est tu. Sais-tu ? Non, je ne sais plus. Ce qui est sûr, c’est que les réveils sont devenus plus durs. Ah, oui, nettement plus durs. La joie s’était envolée, peut-être bien morte et enterrée.

“Ce qui est beau, c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.” écrivait Muriel Barbery dans L’élégance du hérisson.

Aujourd’hui, des vacances en montagne ou campagnardes me permettent encore d’entendre, à l’aube, le chant du coq. Loin de rouspéter, je souris, je me sens un peu plus vivante et partante pour une journée ensoleillée, au moins de l’intérieur !

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Mais, en moi, d’autres réminiscences.

A Angers, j’ai découvert, au fil de bien des visites, l’immense talent de Jean Lurçat, peintre et surtout peintre-cartonnier. De son imagination foisonnante est né la magnifique tapisserie du “Chant du Monde”, en réponse à celle de l’Apocalypse exposée dans une galerie du château.

Lurçat aimait beaucoup les animaux; les papillons dont il changeait allégrement les couleurs, les chouettes qu’il posait sur la tête des humains, les salamandres qui ne craignent pas le feu … Mais aussi les colombes, les lions, les chèvres, les lapins, les porcs-épics, les tortues, les poissons …  Tout particulièrement, il affectionnait le coq, dont il admirait le chant plein d’espoir au matin. Ce gallinacé, qu’il avait choisit comme symbolique forte de son oeuvre, il le représentait souvent avec un soleil sur la tête, l’appelant “Mon astre à pattes”. Bon, d’accord, dans la conversation quotidienne, il devait éviter de prononcer ces mots “Mon petit - ou mon bel - astapatte”, mais en poésie, vous le savez bien, tout est permis, afin de renouveler nos façons de penser, de changer nos paradigmes … D’ailleurs, sur la tombe de cet artiste, dans le Lot, près de St Céré, le passant peut admirer dans la pierre, un soleil gravé avec à l’intérieur cette affirmation :”C’est l’aube “. Deux mots, simples et magnifiques, extraits d’une phrase de sa plume, qu’il avait fait graver sur son épée d’académicien : “C’est l’aube d’un temps nouveau où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme.”

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Mon ami le coq de Lurçat, par Jean Milhaud

*

Plus loufoque et tragi-comique, la chanson de Claude Nougaro,
que l’on chantera peut-être encore lorsque le dernier coq en liberté sera mort :

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Tous les goûts sont dans la nature
D’ailleurs ce coq avait bon goût
Car la pendule était fort belle
Et son tic-tac si doux si doux
Que le temps ne pensait surtout
Qu’à passer son temps auprès d’elle

… 

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ah, mesdames, vous parlez d’un jules !
Le voila qui chante à genoux
” O ma pendule je t’adore
Ah ! laisse-moi te faire la cour
Tu es ma poule aux heures d’or
Mon amour “

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule

Le coq et la pendule (extrait)
Claude Nougaro, sur une musique de Maurice Vander, à écouter en entier sur cette vidéo

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Enfin je ne peux m’empêcher de citer ce court poème, en forme d’auto-critique qui donne néanmoins à penser, d’un grand poète Syrien, mort en 1998, à Londres :

Le poète et le coq
Sont atteints de la folie des grandeurs
Et, les deux, sont persuadés
Que le soleil du matin…
Se lève de leur gorge

Nizar Qabbani (1923-1998), Traduit par Abderrahmane Laghzali

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Montgeoffroy … Mais non, voyons, je ne l’ai pas appelé Geoffroy, mon Astrapatte. C’est le nom de son lieu de résidence,
en Anjou