Dansez sur moi
Par lilibellule le samedi 10 octobre 2015, 06:00 - Entre terre, ciel et eau - Lien permanent
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plusieurs plusieurs
reprises, reprises,
ces jours-là,
j’ai aperçu de grandes ailes lumineuses
qui rôdaient autour de moi, sans jamais vraiment s’approcher.
Elles demeuraient à environ un jet de pierres, indifférentes à ma soif
de faire plus ample connaissance,
dansant parmi les centaurées
et autres
reines des prés.
Laissez-moi, juste un peu,
du regard vous caresser, avais-je envie de crier,
Rien qu’un moment, rien qu’un instant !
Car les ailes, sachez-le,
ont toujours été
mon essen~O~mon essen
Ciel Ciel
* ° *
i l l l i
Un tantôt, vers les quatre heures,
cheminant avec la chaleur sur les cailloux qui conduisaient au lac d’Oô,
les ailes m’ont fait une fleur. Elles se sont posées juste à ma droite,
que j’avais simplement besoin de tourner la tête et de la pencher
pour les admirer tout à mon aise et à ma guise.
C’était pour moi une belle rencontre
Toute en silence et en bonheur
Toute en gratitude et couleur
~o~O~o~
~o~O~o~
Comme le temps avait suspendu son vol, pour le papillon comme pour moi
j’ai pu admirer la fameuse poudre d’or qui recouvre son corps
les zolies courbes et les zondulations de sa silhouette
le fin lizeré blanc qui court autour de ses zailes
…
~o~O~o~
Z’ai même pu admirer sa trompe et ses zolies gambettes à l’ouvrage
Vu ainsi sous sa cape oranzée, qu’il était fier, qu’il était beau !
Dansez sur moi …
Dansez sur moi …
Dansez sur moi …
avais-je envie de chanter avec l’ami Nougaro,
en levant naturellement les bras en l’air
et en me contorsionnant sous le soleil.
~o~O~o~
~o~O~o~
Puis, cherchant sous les feuilles, un poème en écho, j’ai déniché cette “Rumeur” qu’il me plaît infiniment de déposer sur ce toit*
Et qui sera, sans nul doute, un viatique pour les jours de grisaille ou de tristesse
Rumeur du silence
La grâce nous offre l’espérance et nous enseigne la beauté. C’est la naïve leçon des jours qui ne m’a jamais quitté. Nous allions sur la route d’un après-midi incendié, foulant la rocaille sous le pur bleu d’un ciel. Des pierres, le soleil, ce peu d’herbe, la lumière alimentaient mes petits pas. J’avais dix ans peut-être et ne connaissais rien de la grâce qui vous pourfend le cœur. Une femme me tenait par la main, portant à l’autre bras son unique bien, une sorte de baluchon sali par l’épreuve des jours. On m’appelait Romanichel. Je me souviens: nous avions faim et soif; nous avions hâte d’atteindre le point blanc de la vallée, là-bas, là-bas, très loin du regard qui pillait l’horizon. Peu importe que ce soit le désert ou la nuit. Dans notre dos, la maison n’était plus que cendre. Les troupeaux avaient fui. Tant d’autres hommes s’étaient enfouis dans le silence, préférant la défaite des mots à la parole qui délivre.
Lentement, je suivais le pas hâtif de cette femme. Des larmes tremblaient dans sa poitrine, secouant les pierres, le soleil, la lumière. Mes yeux d’enfant cherchaient un peu de joie dans ce ravin où nous avions roulé sans le vouloir. Soudain, sur un caillou, j’ai vu un papillon, un merveilleux papillon qui avait posé là ses couleurs et ses ailes. Il s’envola devant nous deux, entraînant sa grâce dansante dans le ciel. Longtemps, mon regard suivit sa course jusqu’à la mort de cette image.
J’ai conservé dans mon cœur le velouté mauve et or du papillon qui danse toujours devant mes yeux d’enfant. Il est bel et bien demeuré mon seul maître. Dans les jours sombres, il vole à mon secours, ce beau papillon de la joie.
Joël Vernet Le printemps des poétes
“Tabac d’Espagne”, en Haute-Garonne, Août 2015
* Le toit, est-il besoin de préciser que c’est ce blog ?
Commentaires
Douceur, légèreté, diversité et poésie pure, simple, gracile et fragile. Merci.
il fait un tabac ce papillon magnifique bien capté !
Bien jolie danse, très émouvante en plus, mots choisis, beau graphisme, lumineuses photos... Merci Lilibellule, pour ce charme déployé, doux week end. brigitte
Merci libellule d'avoir changé tes ailes en papillon léger. O ton essentiel !
Superbe ce tabac.
A filmer sans modération;;;
Magnifique calligramme, tout en mots subtilement choisis, seyant parfaitement à la forme, bravo !
Découvrir le papillon de la joie...quelle merveille!
Comme il est beau ce billet, Lily ! Tes mots, la poudre dorée des images, la Rumeur de Joël Vernet, la compagnie de Nougaro, bref, un régal !
Rien à voir peut-être, mais connais-tu ce poème de Jacques Viallebesset , ""Lily-bellule s'envole" ?
"Dans Lyon aujourd’hui
S’envole une libellule
Qui entonne
Le plain-chant
En même temps
Qu’elle dit à tous
Le grand élan du printemps
Les bouquets d’oiseaux
Dans les ramures des mains
S’offrent à tous les passants
Le frou-frou des paupières
S’épanouit en pétales de lilas
Les bourgeons du sourire
Étincellent d’une nouvelle sève
Éclatant en étamines pulpeuses
De soleil...
tu sais profiter et nous restituer ces beaux moments là
papillon fragile et fragile moment de grâce se conjuguent avec la chanson pour faire de se toit un abri mot ment tanné, dans le silence des ailes et la fragrance de la flore @ +
Hélas en ville nous n'en voyons guère....
Amitiés
Jean
Alors, tu me connais un peu, j'ai immédiatement cherché "tabaco de España" qui m'a renvoyé à son "vrai nom" Argynnis paphia.
Il est magnifique, quelle chance tu as eue.
Rumeur de silence. Rien que le titre déjà...
Bonne soirée Lily.
Superbe harmonie le texte et le graphisme !
J'adore;
Ton bel article
a fait un tabac.
Tes photos sont splendides et très nettes ! Qu'il est beau ce papillon ! Tes mots qui épousent sa forme exprime une belle poésie où je reconnais bien ta sensibilité ! Superbe !!! Bisous et belle semaine