Le temps qui brûle
Par lilibellule le jeudi 15 septembre 2016, 06:06 - La libellule ne tisse pas de toile - Lien permanent
Le quinze de septembre, nous y sommes … Déjà !
J’écrivais, il y a deux mois “Donner du temps au temps”
Involontairement, le thème revient avec un titre de René Depestre, plus pressant, en apparence …
En fait, une de mes fifilles -qui ne fait pas du firque !*- a passé quelques semaines à Tahiti et Moreva, cet été.
En son absence, j’ai plongé dans du Gauguin, quand d’autres caressaient les requins**.
Je souhaitais vous présenter une oeuvre un peu méconnue “La pirogue”.
Mais ne l’ayant pas trouvée dans le domaine public, je vous propose ce “Jour délicieux”, moins intimiste, mais à la palette chaleureuse.

Je ne sais si la vision de ces femmes,
s’adonnant à plusieurs à la cueillette de fruits et aux expressions tristes et mélancoliques,
me procure un vrai plaisir;
pourtant j’aime leurs pieds nus solidement ancrés dans le sol,
j’aime leurs corps souples vêtus de robes ou de paréos, tous différents,
parfois séparés par un mince tronc, parfois tellement unis
que l’on est surpris d’une telle proximité corporelle !
(Ceci, d’autant plus que la femme à droite de celle
qui se tient au centre porte la robe dite “du missionnaire”.)
Ce que j’apprécie aussi et surtout à travers cette toile, c’est ce “temps suspendu”,
comme les bras féminins aux branches des fruitiers;
c’est cette poésie de l’instant captée dans le regard de la jeune couronnée de fleurs à la robe rouge.
J’ignore pour qui le jour était délicieux …
Pour ces femmes ? Pour le peintre audacieux ??
Pour ceux qui, aujourd’hui, s’attardent devant le tableau en rêvant de ce monde révolu,
moins individualiste et moins affairé ?
Pour ma part, je sais que, allant bientôt passer une dizaine,
je souhaite à la fois “être audacieuse”,
pouvoir m’attarder pleinement sur ce que j’aime, avec ceux que j’aime,
et sentir le “temps qui brûle”… en moi !
Pour cette année, le rythme de la libellule sera donc mensuel.
Tous les quinze du mois !
Lente, gloire lente, femme lente …
Tu es le temps qui console
Tu es le sablier de la douceur
Ton corps mesure en moi la force des marées
Ton corps indique le temps infini
Encore un instant de bonheur !
…
René Depestre (à Nelly)
Extrait de “Le temps qui brûle
* Allusion au tître d’un spectacle réjouissant. **A rayures, les requins, of course !
Commentaires
Le peintre Ladislas Kijno disait de tête "Il faut mettre Rimbaud dans nos verres et Gauguin dans nos assiettes".
couleurs chaudes et belle matière, Paul Gauguin nous donne une autre perception du temps ; toujours dans le ton (actualité ou permanence ?)
Le sablier de la douceur...que c'est joli!
Délicieux pour la vue en tout cas ce tableau; rendez-vous pris tous les 15 donc.
Bien amicalement
C'est beau. Je pense que je vais ralentir aussi.
Beauté du tableau,beauté de l'écriture...
Content de te retrouver Lily.
Bonjour Lily,
Nul n'a jamais exactement le même ressenti qu'un autre devant un même tableau, pourtant, j'ai trouvé plein de points communs entre le tien et le mien.
Pour ma part, j'oserai avancer que ce jour fut délicieux peut-être parce qu'il promettait une cueillette abondante et que de ces fruits juteux, sucrés et gorgés de soleil, allait jaillir la fête. Parce que disons-le clairement, les travaux de cueillettes ne sont pas une partie de plaisir (ceux qui en ont un jour fait le savent !!!) et à mes yeux, Gaugain a très bien rendu leurs aspects très mécanique, très répétitif, usant, à travers les mines pas vraiment réjouies de ces femmes sûrement fatiguées qui semblent d'ailleurs prendre une pause (et la pose pour le peintre).
Merci pour ce partage, je ne connaissais pas cette œuvre-là.
Bon mois, alors, puisque ton rythme sera mensuel. À bientôt.
FP
Je lis "le temps qui brûle ", "le temps qui console", j'aimerais dire "le temps apaisant "
celui qui par les mots et les paroles offre un moment de paix et de partage.
Merci Lily pour ce moment tout chaleureux aux couleurs coucher de soleil.
La peinture de Gauguin est étonnante. Il me semble que sa force vient de ses couleurs, leur emploi judicieux, leur juxtaposition qui n'est pas due au hasard... C'est une œuvre puissante, ta fille a bien fait de partir vers ces lointaines contrées, nous avons le plaisir d'admirer cette œuvre. Nave Nave Mahana Lily, à tout bientôt alors ! brigitte