En fait, une de mes fifilles -qui ne fait pas du firque !*- a passé quelques semaines à Tahiti et Moreva, cet été.
En son absence, j’ai plongé dans du Gauguin, quand d’autres caressaient les requins**.
Je souhaitais vous présenter une oeuvre un peu méconnue “La pirogue”.
Mais ne l’ayant pas trouvée dans le domaine public, je vous propose ce “Jour délicieux”, moins intimiste, mais à la palette chaleureuse.

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Nave Nave Mahana (Jour délicieux), Paul Gauguin,1896, avec l’aimable autorisation du musée des Beaux-Arts de Lyon

Je ne sais si la vision de ces femmes,
s’adonnant à plusieurs à la cueillette de fruits et aux expressions tristes et mélancoliques,
me procure un vrai plaisir;
pourtant j’aime leurs pieds nus solidement ancrés dans le sol,
j’aime leurs corps souples vêtus de robes ou de paréos, tous différents,
parfois séparés par un mince tronc, parfois tellement unis
que l’on est surpris d’une telle proximité corporelle !
(Ceci, d’autant plus que la femme à droite de celle
qui se tient au centre porte la robe dite “du missionnaire”.)

Ce que j’apprécie aussi et surtout à travers cette toile, c’est  ce “temps suspendu”,
comme les bras féminins aux branches des fruitiers;
c’est cette poésie de l’instant captée dans le regard de la jeune couronnée de fleurs à la robe rouge.

J’ignore pour qui le jour était délicieux …
Pour ces femmes ? Pour le peintre audacieux ??
Pour ceux qui, aujourd’hui, s’attardent devant le tableau en rêvant de ce monde révolu,
moins individualiste et moins affairé ?

Pour ma part, je sais que, allant bientôt passer une dizaine,
je souhaite à la fois “être audacieuse”,
pouvoir m’attarder pleinement sur ce que j’aime, avec ceux que j’aime,
et sentir le “temps qui brûle”… en moi !

Pour cette année, le rythme de la libellule sera donc mensuel.
Tous les quinze du mois !

Lente, gloire lente, femme lente …
Tu es le temps qui console
Tu es le sablier de la douceur
Ton corps mesure en moi la force des marées
Ton corps indique le temps infini
Encore un instant de bonheur !


René Depestre (à Nelly)

Extrait de “Le temps qui brûle

 

* Allusion au tître d’un spectacle réjouissant. **A rayures, les requins, of course !