Des lignes, quelques taches noires
des zones de bleus crépusculaires
et puis cette étrange lumière qui laisse une part belle au blanc des rêves,
au blanc de l’inadvenu.

L’artiste, inspirée par la calligraphie, me plonge dans un univers à la fois très zen, presque dépouillé,
et pourtant très habité.

Il y a d’abord cette économie de couleur,
le centre du tableau comme une flaque pâle d’or liquide sur laquelle est posé un fil,
un chemin qui nous conduit vers une petite trouée blanche et vers une sorte d’inconnu.
Et puis, on discerne des espaces habités par ces taches noires très émouvantes.

Dans la partie haute à gauche, je vois deux amis côte à côte, deux amants peut-être- quittant un paysage urbain,
marchant un peu à l’écart du chemin tracé. Leurs silhouettes suggèrent leur modestie, leur humilité et l’intensité de la couleur, la force de leur décision.

En bas, au premier plan, je discerne un paysage maritime, des grèves, un rocher couvert de végétation et à gauche une présence énigmatique, un “oeil” au raz de l’eau qui m’invite à ouvrir un peu plus grand le mien.

Plus haut, ce sont des champs, quelques bouquets d’arbres que l’on survole en s’attardant un peu sur la masse sombre qui culmine en une sorte de branche isolée qui institue dans le tableau une verticalité et qui renforce la blancheur de la trouée vers laquelle nos deux compagnons se dirigent.

En haut, tout en haut une grande croix posée sur la trajectoire du chemin, sur l’ocre jaune du ciel.
Peut-être pour signifier que l’important se tient surtout dans l’espace central du tableau,
dans ce couple qui marche et dans cette trouée blanche dans laquelle ils vont se dissoudre, renaître, demeurer …
*

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J’aime ce tableau, son parfait équilibre entre dénuement et profusion,
entre lignes, taches et étalement de couleurs,
entre lumière et ombre, entre désir et présence.

Et j’ajoute que le petit tracé à la plume sur le bleu - en bas à droite du chemin-
en forme de poisson, d’infini, de fil tordu ou de lettre qui se cherche,
ce petit zigouigoui me plaît beaucoup.
Pour sa fantaisie, son émouvant caractère enfantin
et sa sinuosité si essentielle.

Enfin, j’ai cherché une citation sur le thème des coïncidences pour approfondir le titre.
J’ai trouvé celle-ci dont le début m’enchante, mais dont je laisse néanmoins la suite

“L’amitié est cette coïncidence parfaite de deux désirs.
Mais l’envie et la jalousie ne sont pas autre chose.
La mimesis du désir est à la fois le ressort de ce que l’amitié offre de meilleur et de ce que la haine a de pire.

“Shakespeare. Les feux de l’envie”, René Girard,
éd. Grasset, 1990

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En lien avec ce tableau, je dépose ce bout de poéme de Katleen Raine, extrait de “La Présence”:

“Présente, éternellement présente présence,
Jamais tu n’as cessé d’être
Ici et maintenant en chaque maintenant et ici,
Et tu apportes encore
De ton trésor de couleur, de lumière,
De senteurs, de notes, le chant du merle dans le soir,
Si clair parmi les feuilles vertes et odorantes,
Comme au temps de l’enfance toujours nouveau, de nouveau.

Katleen Raine ,
“La Présence” Edition Verdier

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Merci à l’artiste pour son aimable autorisation !

(L’encadrement gris a été ajouté pour essayer d’accorder la toile avec les couleurs du blog.)