Soudain celui-là même qui ne dormait point, et veillait  son compagnon d’un oeil, crut voir une mouche sortir de sa bouche. Une mouche ?? Tiens donc, il la suivit du regard et la vit  s’approcher  d’un crâne de cheval qui se trouvait non loin d’eux. Un crâne tout blanc, déjà nettoyé par des milliers de bestioles et poli par le temps. Il brillait sous le soleil et la mouche entra par un orbite, tourna à l’intérieur de ce qu’elle devait prendre pour un beau logis et  visita tous les recoins avec minutie. Satisfaite,  elle revint  au lieu d’où elle avait surgit, c’est à dire … Enfin … Vous le savez, quoi !  L’homme qui dormait ne tarda pas à se réveiller. Et s’étirant, tout joyeux, il dit à son compère : - Oh, le beau rêve que je viens de faire ! Oh, la merveille !

- Raconte, dit l’autre, piqué par la curiosité.

- Eh bien, j’étais dans un château construit magnifiquement en pierres brillantes. J’allais, je venais librement et il y avait une multitude de pièces toutes plus raffinées les unes que les autres. Une rumeur est parvenue jusqu’à moi et elle affirmait, tu vas me prendre pour un fou, un illuminé …

- Elle disait, cette rumeur …?

- Que sous ce château était enterré un fabuleux trésor !

L’autre partit d’un grand éclat de rire, à se taper les cuisses et les côtes : - Oh, oh, oh, tu veux que je te dise ce qui s’est passé, mon pauvre ami ? Tu vois ce crâne de cheval là-bas ? Et bien, le voilà ton fameux château ! Oui, pendant ton sommeil, tu es allé dans ce tas d’os blanchi, sous la forme d’une mouche ! Et tu t’y es bien promené dans tous les coins et recoins.

Les deux hommes se regardèrent, soulevèrent le crâne, creusèrent fébrilement la terre. Et ils ne découvrirent que quelques bricoles sans intérêt. Mon histoire pourrait se terminer là, tristement. Mais après tout, peut-être avez-vous souri en l’écoutant, en la lisant, ce qui en fait un récit tout de même plaisant.

J’oubliais, nos deux hommes étaient de fins cuisiniers, ils rêvaient de s’installer un jour dans un petit hôtel avec du cachet et de proposer une carte hautement gastronomique. Ah, un rêve ! Comme beaucoup en portent au fond d’eux.

En passant quelques temps plus tard dans le Connemara, ils ont aperçu au milieu d’un terrain boisé un château à vendre et ce n’était pas une bicoque, non ! Je ne sais pas bien tout le déroulement de l’affaire, certainement un héritage leur est-il tombé du ciel, car en l’espace d’une année seulement, ils l’ont rénové et transformé en hôtel de luxe. Incroyable ! Le nom de cet hôtel “A la gueule du cheval” ! Si d’aventure vous traînez dans la région, ne manquez pas d’allonger le pas pour aller y passer un moment aussi gourmand qu’enchanteur.

A la vôtre, à la leur ! Mon histoire est finie, asteur !

Adaptation personnelle, Lily Framboise, d’après un conte Irlandais. [Ne pas copier sans permission, merci.]

A la gueule du ch’val” est aussi une fanfare Angevine “gentiment punk, qui joue ce qui lui plaît et ça se voit.”