Problématique
Par lilibellule le mercredi 11 novembre 2015, 06:00 - La libellule ne tisse pas de toile - Lien permanent
Sur la place de l’église, à Luchon, est érigé un monument aux morts qui, à mon sens, donne à réfléchir.
Ni triomphaliste, ni doloriste, il n’est pas davantage pacifiste.
Peut-être pouvons-nous le classer parmi les “problématiques”.




Monuments aux morts de Luchon (1921) - Bronze de Jean-Marie Mengue, artiste Luchonais (1855-1939)
Cet ensemble sculpté me touche en raison des sentiments contradictoires que nous pouvons y déchiffrer.
La femme, tout à sa gratitude face au retour de son homme, demeure cependant dans une profonde gravité.
Elle ne peut ne pas songer à l’horreur de ce qui s’est déroulé durant tant d’années
et aux visages de tous ceux qui n’en sont pas revenus.
Ses mains semblent exprimer l’amour dans toute sa complexité : Force et vulnérabilité.
Désir, fol espoir et lourd chagrin.
L’homme, lui, a déposé ses attributs guerriers. Il est en tenue de permission, mais reste sur son piédestale.
Le retour à la vie ordinaire est de l’ordre de l’épreuve.
Les soldats, à la fin des conflits, connaissent souvent des dépressions que les autorités rechignent à reconnaître.
Est-il possible de raconter à ceux qu’ils vont retrouver ? Sinon, est-il possible d’oublier ces “grands ruisseaux de sang”?
Chanson dans le sang
…
la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses maisons…
la terre qui tourne avec les mariages…
les enterrements…
les coquillages…
les régiments…
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.
Jacques Prévert
Paroles (1946)
Sur les terres de Haute-Garonne, deux monuments clairement pacifistes :
Sur une plaque à Cazarilh-Laspènes est gravé l’expression « Maudite soit la guerre ».
Et à Toulouse, au-dessus du monument situé sur le mur de l’école J. Chaubet, avenue de Castres, le passant peut lire :
“Arrête-toi et pense au seuil de cette pierre
Aux deuils accumulés, aux horreurs de la guerre”.
Commentaires
Oui, j'ai suivit en partie une émission il y a peu de temps, Des anciennes résistantes parlaient;... Une pouvait dire à la fin de la guerre on montre toujours la liesse qui avait saisie les rues de Paris nous nous pleurions... car oui, c'était fini, mais combien de nos amies manquaient ? nous ne pouvions pas nous réjouir mais que pleurer...
Je ne me lasse pas des "paroles" de ce grand poète. Je le relis tous les 2-3 ans au moins. Ce face à face de statuts donne à réfléchir.
"Arrête toi" > on a vraiment du mal à s'arrêter de nos jours, dans tous les domaines.
Prévert, à consommer sans modération, depuis mon enfance, il ne cesse de m'émerveiller... Cette sculpture de femme est très belle, j'avoue préférer les monuments clairement pacifistes... Belle journée Lily, à bientôt. brigitte
je pense au poème d'Aragon mis en musique par Ferré :
Tu n’en reviendras pas :
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri
@ +
J'aime bien ce monument aux morts, cette statue est vraiment belle
Je reviens vers la lecture de ton billet parce que j'ai en main de très beaux poèmes de Cécile Guivarch qui me semblent en écho à ce que tu as écrit.
« un ruisseau coule au fond des corps
les traverse de bas en haut
l'eau se teinte à mesure »
[extrait de S'il existe des fleurs, l'Arbre à paroles éditeur ]
Cette femme-statue est magnifique!
Mouvements des jambes, bras, l'expression du visage...on ne peut en effet qualifier exactement ce qu'elle ressent et c'est ce mélange d'émotions qui la rend si intéressante.
Merci, et bonne journée, un beso
c'est vrai qu'il n'est pas banal ce monument et la femme a toute sa place, fort justement dans cette boucherie que fut cette guerre
Je découvre ce billet aujourd'hui, et c'est comme s'il prenait tout son sens, hélas.
Les mots de Prévert me touchent tellement ils tombent pile-poil.