Qui sème le vent récolte ... des chaises en l'air !*
Par lilibellule le vendredi 31 octobre 2014, 06:00 - Entre terre, ciel et eau - Lien permanent
A la première visite de ce jardin*, ces chaises défoncées que parfois nous gardons, dans l’espoir d’un rempaillage futur, m’ont parlé intimement. Du temps qui passe, de ce que nous remettons à plus tard, de la difficulté à jeter un objet/un meuble sur lequel des êtres aimés ont posé leur postérieur et, ainsi, passé des heures à manger, bavarder, lire, écrire, coudre, bricoler, jouer aux cartes ou aux échecs, écouter le vent ou le feu dans la cheminée, rêver … Une chaise, ce n’est pas rien et ce n’est pas banal; pensez donc à Van Gogh immortalisant la sienne avec une pipe et celle de Gauguin avec des livres et une bougie !
En même temps, autre chose a attiré mon esprit. Un panneau portant une citation de Théodore Roosevelt, mort en 1919.
Sur l’instant, j’ai trouvé cet aphorisme plein de force et d’énergie. Wahou, quelle détermination gonfle ces mots !
Nous pouvons y déceler un orgueil dominateur, presque insupportable,
ou alors comprendre - à la suite de l’auteur- l’importance primordiale de travailler à la connaissance de soi,
qui semblerait doter les personnes l’ayant bien solidement acquise
de toutes les aides propices à déjouer les vents contraires.
C’est tentant mais, à mon avis, avec les crises que nous traversons, de moins en moins réaliste.
(Quoique autrefois, les guerres, les disettes, les épidémies, les intempéries …)Alors, aimant creuser, j’ai cherché la phrase de Sénèque, une traduction parmi d’autres :
“Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va.”
Rôoh, n’abrite-t-elle pas une idée beaucoup plus large et intéressante ?!
Qu’en pensez-vous ?
Une petite balade sur le Net m’a fait découvrir ou re-découvrir :
1—> ventscontraires.net le site et la revue du Théâtre du rond-point
“Une revue collaborative pour dire qu’il y a d’autres endroits, d’autres chemins
où les vents poussent à l’envers de tout ce qui nous accable.”
Jean-Michel Ribes
2—> Le chant X de l’Odyssée :
Juste après leur séjour dans l’antre du Cyclope, à l’aube, Ulysse et ceux qui demeuraient encore à ses côtés,
se mirent à la rame, pleurant leurs compagnons perdus, mais heureux d’être encore en vie.
Ils s’arrêtèrent ensuite dans l’île d’Éolie.
Sur ce site la suite,
assez cocasse, enrageante pour Ulysse, mais bien significative des comportements humains.
[Vous pouvez tourner la page 69 en cliquant en bas à droite,
et éventuellement, voir plus : http://mythologica.fr/grec/eole.htm#sthash.jL4b08ga.dpuf ]
Et 3—> Une jolie plume venue du Québec :
Lettres fantômes
Sans savoir par quel mot
La terre tourne ton ombre me revient
Vents contraires lettres fantômes
Nous dormons à la même nuit
Le sommeil aussi profond que la blessure
Tes pieds oubliés dans mes pieds
Ne sont capables d’aucun chemin
La somme des vents contraires, Edition les herbes rouges 2006
Mario Brassard
Mot de l’éditeur : “Confronté aux vents contraires - ceux qui empêchent de suivre la route prévue -, il arrive que le langage, aussi bien que la vie elle-même, soit mis en déroute. Car tout voyage dans la langue est « un rêve qui commence de dos », au creux d”un « sommeil aussi profond que la blessure ». Y a-t-il un retour possible à cette sorte de périple? Une dérive de laquelle on peut espérer autre chose que la noyade? Avons-nous assez de notre corps pour tout dire? Voilà autant de questions qui, à l”image de cette femme disparaissant peu à peu, traversent le livre. Avec La somme des vents contraires, Mario Brassard poursuit son étonnante expérience d”écriture.”
“Vent de folie, Lorsqu’il s’engouffre dans nos vies, Il y fait entrer un brin de fantaisie, Mais nous pousse vers l’avenir aussi.”
Stéphane Bardy
Chaises, réveillez-vous !
Bientôt le vent de novembre
Qui porte et emporte
*”Qui sème le vent récolte la folie” : Jardins d’expression en Anjou, été 2014
Commentaires
Lily,
Très touchantes je trouve ces chaises dé&foncées qui trouvent une seconde vie.
J'adore l'épisode du cyclope dans Ulysse, il m'arrive de le raconter de temps à autres, je ne m'en lasse jamais.
@ bientôt.
Malheureusement nous savons tous où nous allons, alors entretemps j'aime beaucoup l'idée de profiter de tous les vents, de se renverser et se remettre sur pied, "heureux d'être en vie"!
Grand merci, ce billet positive les jours à venir.
On s’assied par terre et on papote tranquillement Lily? Le jardin y invite...
Ulysse mon héros favori, les vents contraires obligent à louvoyer, mais encore faut il savoir, ou vouloir, le risque de naufrage est toujours présent. @ +
“Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va.” c'est la phrase d'un Philosophe, un sage de l'ancien monde celui qui nous donne du temps une autre perception.
“Il n’y a pas de vent contraire pour celui qui sait où il va” c'est celle d'un Américain qui ne doute pas, d'un chef du "Nouveau Monde" des siècles d'Histoire les séparent...
Prends une chaise, viens, là, près de moi pour continuer cette conversation
.
on préfère celle de Sénèque
Je préfère, bien sûr, la phrase de Sénèque. Savoir où l'on va, voilà ce qui permet d'avancer. Et jeter tout ce qui traîne, tout ce dont on ne se sert pas, que ce soit des objets ou des pensées, ou des relations toxiques. Etre léger : important.
Bonne journée.
J'aime bien l'idée de vents qui à la fois ou alternativement font "entrer un brin de fantaisie" et "nous poussent vers l’avenir aussi"... Il est bon d'écouter ces vents et de se faire ensuite notre opinion qui sera immédiatement balayée par un autre souffle... tout bouge et se métamorphose, même les chaises ! Bises. brigitte
Il n'y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va"
C'est une parole de sagesse
Comment en effet profiter de ce qui vient à nous si l'on ne sait pas où l'on veut aller?
Moi aussi je préfère la phrase de Sénèque plus positive et tenant compte davantage des aléas de la vie. Après tout dépend de la force du vent
Très touchantes ces chaises dont tu contes si bien leur histoire ! Il a l'air très paisible cet endroit...