Cela fait plus d’un an que cette phrase m’interpelle.
Je trouve qu’en ce XXIe siècle elle a toute sa pertinence.
J’aimerais en faire un commentaire approfondi, mais le temps me manque.

Cioran, dans un raccourci poétique fulgurant, rapproche
la débâcle du temps avec le miracle d’une présence.
L’écart entre les deux est pourtant vertigineux.

Certains, aujourd’hui, ne voient que la débâcle du temps :
problèmes environnementaux, violence, matérialisme galopant, pertes de repères, etc …
D’autres sont plus sensibles à l’aspect solidaire et relationnel de la vie
et possèdent un optimisme qui les amène à croire que les hommes, au fil du temps,
trouveront des solutions aux crises que le monde traverse.

Cioran exprime, pour sa part, qu’à chaque instant le monde vivant se fait et se défait
et qu’il est de la plus haute importance, si nous voulons en être pleinement,
si nous ne souhaitons pas demeurer bien moindre que “le frisson d’une ombre d’étonnement”,
d’être attentifs à ce qui se construit, même de façon infime en apparence,
comme à ce qui explose violemment ou ronge sournoisement nos sociétés.

Intérêt lucide pour le monde alors même qu’il tourne à l’envers,
attention à l’humain dans la particularité de sa présence,
ce sont deux regards complémentaires et indissociables.

Alors, l’individu vaudra bien que l’on s’étonne un peu de lui.
Juste le frisson d’une ombre.
Ni plus, ni moins !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

* Peintre expressioniste allemande, ** Philosophe et écrivain roumain

“Paula Modersohn-Becker, l’intensité d’un regard”
Exposition du 8 avril 2016 au 21 août 2016
Musée d’art moderne de la Ville de Paris