Tout simplement
Par lilibellule le dimanche 15 janvier 2017, 06:30 - Le ciel est par-dessus le toit - Lien permanent
“A l’usage des humbles, de ceux qui s’aiment, j’écris que la terre est dure, que tout passe, hormis l’amour.”
C’est un bon début, me disais-je.
Dans une anthologie, je découvrais la poésie de Jean Malrieu, sa simplicité, ses mots chargés de sens,
ses alliances improbables ou sublimes,
ses visions à peine suggérées, que j’avais d’emblée envie de faire miennes …
Ai appris par la suite que l’homme, méconnu, avait été instituteur, engagé un temps au Parti Communiste
et qu’il aimait le terroir, là où il a vécu, mais aussi là où il a voyagé.
J’ai cherché alors un lieu, un coin de terre, non loin de là où j’habite, qui ait quelques ressemblances
avec ces vers de Malrieu.

Trélazé, citée ardoisière du XVe siècle jusqu’en 2014
Bien sûr, pour moi, les humbles, s’ils représentent pour une part les travailleurs manuels, les personnes à petits revenus, celles qui sont dépendantes ou en attente d’une situation plus valorisante, ce sont aussi tous ceux qui vivent à leur juste place, au quotidien, selon leurs talents, leurs capacités, leurs inclinaisons … Tous ceux qui cherchent, qui doutent, qui créent, mais ne crient pas sur les toits … Tous ceux qui aiment ce qu’ils font et défont seuls ou avec d’autres et qui espèrent un monde meilleur
À l’usage des humbles (extraits)
À l’usage des humbles, de ceux qui s’aiment, j’écris que la terre est dure, que tout passe, hormis l’amour.
[…]
J’écris à longue haleine parce qu’au bout du souffle il y a le rire à délivrer.
J’écris le monde qui sera.
Ce n’est pas en un jour qu’il viendra, mais après un long respect, une longue connaissance.
J’écris pour assumer le bonheur.
[…]
M’entendez-vous ? La mer est à ma porte et je ne la retiens que par un tout petit peu d’imagination.
[…]
Avec les armes du plaisir, avec les larmes du désir.
J’écris le bonheur sur la table.
Jean Malrieu
Extraits In « Les Maisons de feuillage »
Je lis, je relis ce poème, (en totalité, ici); il me fascine par sa fluidité et tout ce que j’ai exprimé plus haut. Doucement, je découvre … qu’il me parle au fond de moi, La Libellule, qui va bientôt quitter son toit !
->Oui, au bout du souffle, il y a le rire à délivrer ! Ah, ah, ah !
->Moi aussi, j’ai besoin d’écrire le bonheur sur … Le toit, encore un peu ?… Euh, le clavier ?…
- La table, il a dit Jean, le poête, la table !
- Oui, la table … Celle où l’on mange, trois fois par jour, celle où l’on reçoit des invités, où l’on tient conversation, celle que l’on décore, celle que l’on aime et qui nous le rend bien !
Vous avez tiré les rois
Avec le p’tit dernier sous la table ?
Moi, j’vous retrouve trois fois sur le toit
Le quinze du mois
Pis, j’m’en vais tailler mon bois !
Commentaires
La poésie c'est ça aussi : des ailes qui nous parlent en passant par le cœur et les sentiments, le Parti a été porteur d'utopie il a donné des espaces où il a été donné de s'exprimer ...
Merci pour le partage. Belle plume en effet très agile, douce, on se laisse couler.
Longtemps, aux premières neiges, les deux premiers vers de "Ma mère" me revenaient en mémoire
Je te livre le poème en entier. Il est extrait du recueil "Le Nom secret, suivi de La Vallée des rois" (ED. PJ Oswald)
Ma mère
Mère, la neige est tombée. Il est des hectares de silence
Entre nous et plus de vingt ans nous séparent.
Je suis cet orphelin majeur que tu ne connais pas.
Le temps au centre de ses rides
Donne cette assurance triste qui s’appelle
Habitude de la vie.
Parfois de mes cheveux sort une de tes boucles.
Ta voix surprend la mienne, ton geste se mêle au mien
Et j’ai charge de toi. Je n’ai pas fini de grandir
Et je marche à grandes enjambées sur la terre.
Jean Malrieu
" J'écris le bonheur sur la table"
le partage du pain, du soleil qui se lève, du sourire qui passe, de la main qu'on retient
J'aimerais écrire aussi que les mots des poètes feront changer le monde
Merci Lily pour ce partage ; Bruniquel n'est pas si loin !
Très beau poème, il me parle bien à moi aussi et merci de nous le faire connaître
C'est une bien belle poésie.
Bonne semaine Lily !
J'aime infiniment ta définition des humbles, il faut tant d'humilité dans la vie pour avancer, se connaître, partager et tenter de faire quelque chose de cette existence. Et quelle belle écriture chez ce poète dont je note le nom.
Merci Lily, la galette fut bonne et le p'tit dernier de la famille, Letho, presque 10 ans s'est fait un plaisir de glisser sous la table, ah, encore un doux moment ! Bises. brigitte
"au bout du souffle il y a le rire à délivrer."
Un tout grand merci, cette poésie de la vie qui allie dureté et amour, humilité et légèreté. Je note également son nom.
Bonne fin de semaine Lily!
Un beau poème que tu nous fais partager, à la lumière de ton ressenti !
J'aime beaucoup la dernière image, si simple et si juste, "j 'écris le bonheur sur la table"
Bonne journée un peu fraîche, Lily, mon jardin au Sud est tout beau sous le givre !
Comme j'aime relire ce beau texte, plein de sens, profond et qui me touche aussi beaucoup ... avec toi.
Je te porte un bouquet de bois, il est mouillé du grand vent du jour, mais au chaud de ton cœur, il sèchera bien ...
J'espère avoir de tes nouvelles, je ne t'oublie pas ma Lily framboisée.
Bonjour Lily la Libellule,
Je découvre Jean Malrieu aujourd'hui, avec et grâce à toi. Comme toujours, quand une poésie me bouscule, m'interpelle, me parle plus qu'une autre, étrangement, paradoxalement, les mots me manquent, pour en exprimer ne serait-ce qu'un début de ressenti. Je crois que, pour partie, je peux aisément me remettre à ce que tu en dis toi-même, car j'y reconnais des sensations éprouvées à la lecture du poème dans son intégralité. Pourtant, puisque nous sommes différents et uniques en soi, il y a une foultitude d'autres émotions qui ont pris vie par ces mots, ces images.
Pour terminer, ta définition de ce que sont les humbles m'émeut. Je crois que les humbles sont partout, dans la société, dans toutes ses couches, ses strates. On n'en est juste pas toujours conscient, car, justement, leur humilité les retient dans une certaine forme de discrétion. Ou alors, il est plus facile de reconnaître d'abord le bruit et la fureur, qui s'imposent à nos sensibilités diverses, jour après jour.
Un immense merci à toi, je me suis nourri à la table de ce billet.
Bise, à bientôt.
FP