Lorsque je contemplais cette aquarelle pour la première fois, il y a quelques années, d’emblée je fus séduite par les joues chaudes du jeune garçon, par sa nuque rejetée en arrière et par ses yeux clos. Il absorbait le soleil d’hiver par tous les pores de son visage et j’aimais voir son être aussi silencieux et recueilli que gourmand et réjoui. Je ressentais quasiment en moi les bienfaits de la lumière et la profonde détente qu’elle procure lorsqu’elle est douce et caressante.

Entre six et huit ans, ayant moi-même fait mes devoirs sur un bureau bricolé par mon Pépé Hollandais, devant une large baie vitrée, je sais au fond de moi le bonheur qu’apporte, au milieu du travail, un pan de ciel à admirer, avec ses arbres, ses oiseaux, ses nuages, ses toîts, et ses humeurs changeantes … Je me retrouvais donc, petite libellule rêveuse, dans ce jeune gamin bien sympathique.

Mais la découverte ???… Bien sûr, au fond la petite pièce meublée avec goût, j’avais aperçu le visage paternel coiffé d’un chapeau, tourné vers nous ou vers le fameux Esbjorn. J’y voyais une sorte de fierté. Un besoin de se mettre en scène à travers son activité principale, la peinture, aux côtés de celui qu’il faisait semblant de surveiller, tout en admirant l’espace qu’il lui avait adroitement amménagé : un établi, un bureau avec sa chaise rouge, une commode pour son bazar et quelques jeux dont certains fabriqués mains avec du bois.

J’avais remarqué, aussi, que Larsson père s’était représenté en grand format, juste à droite d’un homme à la longue barbe, vêtu comme un prince, et juste derrière un bedonnant personnage de foire, un pantin chapeauté et souriant. J’aime à penser qu’il voulait montrer à l’enfant que la vie résulte de nos choix et que lui, son père, avait clairement fait le sien en fonction de sa passion.

Carl-Larsson-Esbjorn-faisant-ses-devoirs
 
Mais, encore une fois, la découverte ???
Je l’ai faite, subrepticement, comme par hasard. Mes yeux tournaient autour de la bobine d’Esbjorn, lorsque tout d’un coup j’ai aperçu son petit nez retroussé et sa  frange,  inondés de lumière, dans le coin du tableau paternel. Mais alors … Saperlipopette, comment n’avais-je pas deviné plus tôt ?! Au mur, était accroché un miroir ! Bien évidement et cela changeait tout !!! Cela devenait même passionnant.
La “mimesis” ou le soucis de la représentation du réel n’était plus le souci principal du peintre. Larsson a souhaité imposer sa propre touche à la scène et pour cela il a su utiliser génialement le miroir comme un outil marquant l’écart.
D’un côté, le père joue le rôle que la société attendait de lui en parodiant la surveillance du travail de son rejeton; de l’autre, il nous livre son sentiment sur l’attitude qui lui paraît la plus juste et la plus féconde pour que l’esprit fonctionne au mieux. Trop d’attention nuit à l’attention, pourrait-on dire en simplifiant le propos. N’est-ce pas parfois au détour d’une rêverie que l’on s’écrie soudain :”Ah, mais j’ai compris !” Et que dire des silences habités où viennent éclorent des idées ou des images tout à fait nouvelles ? Le peintre, l’artiste, en est plus que tout autre persuadé, lui qui a besoin de se délester d’une partie de son savoir pour accueillir l’inspiration et le geste qui l’accompagne. Aussi, Larsson, selon moi,  tient-il à montrer que la véritable éducation à la vie, tout comme l’apprentissage des leçons, passe par des temps réguliers de pause, d’intériorité, de joie simple et paisible.
Que de découvertes ou d’embryons de découvertes ne faisons-nous pas en ces moments-là, qui un jour, après mûrissement, prennent leur vraie forme et stature, nous émerveillent et nous permettent, avec bonheur, de continuer notre chemin …
 
Parents, grands-parents, ne houspillons plus l’enfant qui rêve, l’enfant qui est là “à ne rien faire” !
Apprenons plutôt à faire comme lui, comme elle.
 
Je vous souhaite de beaux et bons moments de joie, de fête, de convivialité
et puis aussi, surtout les femmes, quelques moments de “rien”
La libellule vous attendra sur le toît,
comme promis, le 15 janvier
Nous aurons passé le cap de la nouvelle année
que je nous souhaite Relationnelle, Fraternelle,
Créative, Heureuse
 
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