L'art de la pause
Par lilibellule le jeudi 15 décembre 2016, 06:00 - La libellule ne tisse pas de toile - Lien permanent
Un tableau de Larsson, oui, bien sûr, mais “Esbjörn faisant ses devoirs”, est-ce bien un sujet à aborder en ce temps d’avent ? Les esprits sont plus aux préparatifs de fêtes, à la joie des vacances qui approchent … Et chacun, au fond, vit la hantise de ne pouvoir faire tout ce qu’il désire, par manque de temps, d’argent ou de pêche intérieure. Quand ce ne sont pas d’autres soucis qui s’en mêlent et qui, en cette période festive, prennent plus d’acuité … Pourtant, il y a quelques semaines, j’ai fait une découverte, bien réjouissante à mes yeux, qui m’a fait décider que ce serait cette toile-là le support de la réflexion de décembre de La Libellule.

Carl Larsson (1853-1919)- “Esbjorn faisant ses devoirs”- aquarelle, 1912

Lorsque je contemplais cette aquarelle pour la première fois, il y a quelques années, d’emblée je fus séduite par les joues chaudes du jeune garçon, par sa nuque rejetée en arrière et par ses yeux clos. Il absorbait le soleil d’hiver par tous les pores de son visage et j’aimais voir son être aussi silencieux et recueilli que gourmand et réjoui. Je ressentais quasiment en moi les bienfaits de la lumière et la profonde détente qu’elle procure lorsqu’elle est douce et caressante.
Entre six et huit ans, ayant moi-même fait mes devoirs sur un bureau bricolé par mon Pépé Hollandais, devant une large baie vitrée, je sais au fond de moi le bonheur qu’apporte, au milieu du travail, un pan de ciel à admirer, avec ses arbres, ses oiseaux, ses nuages, ses toîts, et ses humeurs changeantes … Je me retrouvais donc, petite libellule rêveuse, dans ce jeune gamin bien sympathique.
Mais la découverte ???… Bien sûr, au fond la petite pièce meublée avec goût, j’avais aperçu le visage paternel coiffé d’un chapeau, tourné vers nous ou vers le fameux Esbjorn. J’y voyais une sorte de fierté. Un besoin de se mettre en scène à travers son activité principale, la peinture, aux côtés de celui qu’il faisait semblant de surveiller, tout en admirant l’espace qu’il lui avait adroitement amménagé : un établi, un bureau avec sa chaise rouge, une commode pour son bazar et quelques jeux dont certains fabriqués mains avec du bois.
J’avais remarqué, aussi, que Larsson père s’était représenté en grand format, juste à droite d’un homme à la longue barbe, vêtu comme un prince, et juste derrière un bedonnant personnage de foire, un pantin chapeauté et souriant. J’aime à penser qu’il voulait montrer à l’enfant que la vie résulte de nos choix et que lui, son père, avait clairement fait le sien en fonction de sa passion.


Commentaires
C'est très important de s'ennuyer cela ouvre à la créativité, à l'errance, au fourvoiement, au fait de chercher, de délaisser, de reprendre, de se laisser aller à ce qui vient, ou pas. Prenons en de la graine...
Bel article que tu écris là ! La disposition du tableau, fenêtre à gauche, lumière, table, chaises, personnage, rappelle bien sûr beaucoup les tableaux de Vermeer (les voir sur Google). Le peintre anglais David Hockney a écrit tout un bouquin où il assure que les peintres classiques hollandais utilisaient la technique de « camera lucida » pour projeter les images et recueillir la lumière.
comme dans beaucoup de tableaux du nord la lumière ne vient pas directement elle passe par le filtre de la réflexion, la lumière celle qui inspire passe par des chemins qui sont propres à chacun, une lumière qui n'éblouit pas mais qui invite à regarder autour de soi ... bonne fin d'année
Quelle belle et intéressante analyse de ce tableau...irrésistible de rêves à accomplir, à laisser se réaliser.
Joyeuses, chaleureuses fêtes, un beso!
Merci pour ce bel éclairage auquel je souscris tout à fait Binh An. Dommage que l'adresse de ton blog ne soit pas valide ! Le 21 12 : En passant chez Plume d'Ange, j'ai pu noter ton adresse de blog et la glisser sous ton com. Bienvenue !
Qu' elles sont belles les lunettes que tu as mises pour nous expliquer ce tableau de Carl Larsson qui est une ode à la pause si nécessaire dans nos vies tellement agitées ...
Les enfants d' aujourd' hui ont trop souvent des emplois du temps de ministres ..qui brisent l' imagination ..:-(
Faire le vide ...pour mieux faire le plein ...c' est tout ce que j' aime ...:-)
très belle fêtes à toi et à toute ta petite famille
Décidément, le sort ne veut pas. Impossible de mettre un message sur Libellule; deux fois écrit mais ne se publie pas sur les commentaires - heureusement que Théâche a tout dit.
Carl Larsson j'adore son regard sur le monde.
Passionnant article !
Bonnes fêtes de fin d'année Lily
Besoin de silence, besoin de rêve, besoin de pause... c'est absolument nécessaire...Bonnes fêtes Lily
Une bien belle réflexion ! Ce père attentif et admiratif laisse son enfant s'abreuver de lumière céleste, quel beau projet ! Je te souhaite de très belles fêtes de fin d'année Lily, baignées d'amour et de joie. Bises étoilées. brigitte
J'adore ce tableau et ton texte brodé tout autour. Une réflexion comme je les aime! Passe un beau Noël Lily!
Larsson, tu sais combien j'adore ses tableaux ! Et celui-ci que tu expliques si bien. Passe de très belles fêtes de fin d'année, Lily. Moi non plus je ne t'oublie pas, même si en ce moment j'ai un peu de mal à gérer le temps. D'énormes bises. Catherine
Bonjour Lily,
Comme c'est étrange, ce que l'on voit à travers le même tableau alors qu'on est plusieurs personnes à le regarder.
La première chose, justement, qui m'a marqué, c'est le reflet d'une partie de la tête d'Esbjorn dans ce qui m'était d'abord apparu comme un tableau. Ensuite, j'ai pensé que ce tableau était derrière une plaque de verre, mais j'ai vite abandonné cette idée, convaincu que ça n'est pas courant comme façon d'encadrer un tableau. C'est alors que j'ai remarqué (seulement là) que l'homme était en train de peindre, et bien sûr, à cet instant, j'ai pensé au miroir, tout s'éclaircissait... Mais je suis épaté par toute l'explication que tu apportes, toi. Ta réflexion est allée beaucoup plus loin, et lire ton billet, en cela, a enrichi la mienne.
Ce qui a sauté tout de suite aussi à mes yeux, c'est l'attitude du jeune garçon. Je n'ai pas pensé à une pause, ou à une distraction passagère, mais plutôt à un instant de réflexion en rapport avec quelque chose qu'il était en train de lire, d'étudier. D'ailleurs, tu lui trouves des yeux fermés, je les vois plutôt ouverts, mais la position de la tête en arrière donnant cette impression que les paupières sont closes. Souvent, quand on est happé par une pensée, une réflexion, c'est bien connu, notre regard se fixe sur un point précis, pendant que d'autres images défiant la réalité défilent.
On pourrait en dire des choses encore... J'adore ces tableaux qui dépeignent des scènes de la vie quotidienne dans une maison. Parce que, fatalement, il y a quelque chose d'universel (on a tous fait nos devoirs, on a tous regardé par la fenêtre, on a tous parfois trouvé le temps long, on a tous été happé par une pensée...), qui nous renvoie à un détail ou un autre qui nous parle.
Merci pour ce partage (en plus, je découvre ce tableau).
Bonne année (avec tout ce que ça comporte. ---.---.---. À toi de remplir les tirets)
Amicalement,
FP
Bien sûr que la libellule a besoin de s'évader, de voler dans la lumière en rasant l'eau des ruisseaux. Nous avons tant aimé " s'échapper par le fenêtre, jour d'hiver ou jour d'été, avec les mathématiques ou l'histoire en toile de fond et tant pis pour les bons points !
Lily, que cette année soit pour toi et pour les tiens,douce, tendre, lumineuse et joyeuse !