Deux automnes
Pour celui qui part
Pour celui qui reste
Deux automnes.
Yosa Buson (1882-1940),
Haïkus.

Il y a de l'énigme dans ce haïku d'un des maîtres japonais de la discipline.
Il évoque celui qui part, celui qui reste, sans les nommer. A nous de choisir, donc.
J'en connais qui partent à la retraite, tandis que d'autres restent dans l'entreprise, dans le collège, dans le bureau...
D'autres qui prennent des vacances, partent en voyage, quand les amis, les voisins restent chez eux.
J'en connais qui quittent la maison parentale, le pays, tandis qu'un frère, une soeur, restent près des parents, à moins de cent kilomètres.
D'autres quittent leur conjoint, tandis que l'un ou l'une reste pour l'éducation des enfants.
Et puis, un jour, sans crier gare, il faut partir pour toujours, sans parfois avoir dit adieu à ceux qui restent sur le pont.
L'automne est unique pour chacun(e), celui qui part, celui qui reste, car chaque individu possède une histoire personnelle qui façonne à chaque instant sa sensibilité aux odeurs, aux couleurs, aux athmosphères et aux sons.
Mais peut-être que Buson a simplement voulu évoquer le temps qui part en souvenirs et celui qui reste, ici-même, à l'instant. Deux temps différents. Puisque l'avenir n'existe pas encore.

Alfred Sisley (1839-1899)- "L'Église de Noisy-le-Roi, effet d'automne"
Coll. Burrell- Glasgow
Alfons Mucha (1860–1939)~Automne-1896
Commentaires
l'automne chargée de ses magnificences donc à l'équinoxe, elle nous emmène vers le solstice le jour le plus court, mais l'automne se charge des grains, graines .... tels les mots qui se chargent de nos chansons...
Je ne sais pas si cet haïku a un sens précis, mais je le trouve agréable à lire et à dire à voix haute.
Deux beaux tableaux, très différents dans leur représentation et leurs couleurs, sur un même thème.
Soir d'automne
Il est un bonheur aussi
Dans la solitude.
Yosa Buson
Les haïkus sont souvent assez énigmatiques, mais ce qui est bien c'est que l'on peut les interpréter selon l'humeur et le contexte du moment. Dans celui du jour, on peut voir aussi un choix de vie, plusieurs directions à prendre, une ouverture.
@ thé âche : Grains et chansons, raisin et "coeur gros", nous allons doucement vers l'hiver, mais aujourd'hui c'était plutôt "l'été indien".
@ Maria : Un sens précis pour les haïkus, peut-être pas, mais plutôt, comme le dit Aifelle, une ouverture à plusieurs significations.
@ Coline : Merci pour ton appréciation et pour ton haïku. C'est toujours bien d'avoir le choix entre plusieurs visions, plusieurs tableaux et plusieurs poèmes.
@ Aifelle : Tes remarques sont justes, à chacun(e) son interprétation. Après il est bien de pouvoir les mettre en mots pour le partage. Merci de ton éclairage.
Chacun y va de son interprétation, j'aime ce début d'automne où les souvenirs d'été engrangés sont encore là.. les oiseaux le savent, l'hiver se rapproche et cette ronde des saisons nous entraîne avec elle !
Cet haïku m'évoque la séparation. L'automne offre ses richesses à celui qui part, à celui qui reste, mais ils ne le gouteront pas ensemble.
@ Sedna : Il y a en quelque sorte deux automnes au niveaux de la nature et des activités humaines : celui de la fin septembre et du mois d'octobre, jusqu'à la Toussaint, et celui de novembre/décembre, moins ensoleillé, plus froid et humide. J'aime bien le savoir des oiseaux et la ronde qui nous entraîne.
@ Sépia : La séparation, le choix, la différence, l'unicité de chacun... L'interprétation est ouverte. Merci de ton passage.
Quant à moi, je peux dire que ce sera le deuxième automne que ma meilleure amie, amie de toujours, ne connaîtra pas...
Très beau haïku de Yosa Buson, en tous cas.
Belle fin de journée, Cathie Flore.