Fragile
Parfois, je rencontre des personnes qui me racontent combien elles vont être occupées et même surbookées pour les Fêtes. Entre les derniers cadeaux à dénicher, la déco qui n'est pas terminée, les volailles à commander, la cafetière qui vient juste de rendre l'âme et le beau-frère qui doit venir avec une nouvelle compagne et ses trois enfants encore petits... Bon, il y a aussi une recette à absolument tester avant le jour J. Et puis bien sûr les ados qui veulent inviter des copains et aller à la patinoire le 23, précisément. Ils resteront dormir jusqu'au 24 et partiront vers 11 heures... C'est un peu la panique parce que dans la chambre d'amis y'a des travaux et du nettoyage à faire, etc. etc.
C'est la vie et ses rendez-vous festifs "à ne pas manquer."
Mais moi, j'aime aussi garder du temps pour d'autres rendez-vous. En voici un, descendu d'une étagère, que je redécouvre avec joie :

LA CONFIANCE
On ne sait pas ce qu'on attend. Ce serait tellement simple de voir la vie en noir, la vie en rose. Mais les jours ne se suivent pas, ne se ressemblent pas. Combien de temps perdu ? Aucun. Combien de certitudes ? Pas. Comment sort-on de la coquille ? Fragile.
LE VOYAGE
Partout on s'emmène soi-même. Alors partir sans vouloir un ailleurs. Partir pour se trouver. Dans le silence, dans l'espace. Juste au dessus du temps, juste au-delà des peines. Partir sans oublier. Pour regarder plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. Pour inventer le sens du fil qui nous attache.
Philippe Delerm : Extraits de "Fragiles" Ed. Le Seuil - 2001
A retrouver sur Babelio
Commentaires
j"aime beaucoup la définition de la confiance.
Quelquefois il faut savoir reconnaître sa fragilité, son incomplétude. Il est impossible de satisfaire tout le monde, même soi même.
Bonne journée.
La sagesse, c'est finalement de ne rien attendre et d'accepter ce qui vient. On ne maîtrise pas son destin. C'est toujours lui qui décide. Un grain de sable arrive et tout est chamboulé !
@ Andrée : C'est la confiance qui nous fait vivre pleinement. J'aime beaucoup la plume poétique de Delerm, exprimant la vie profonde par petits bouts de phrases anodines qui nous sortent de nos habitudes. Merci pour tes souhaits. Toi aussi passe une bonne soirée ou une bonne journée demain.
@ daniel : Je reconnais ton propos sur la sagesse. Pour moi, il me semble important de formuler mes attentes, sans faire de fixettes matérialistes ou trop restreintes. En ce temps de préparation de Noël, j'attends de la paix, de la joie, plus de partage, de solidarité, etc. Mais, relisant Delerm, je me dis que sa poésie s’interprète de multiples façons.
Vite que ces fêtes soient passées, trop de nostalgie sur ce qui ne sera plus.
je lis beaucoup de choses sur la confiance mais je ne trouve pas encore mon chemin .
Je ne connais pas cet auteur mais je viens de lire sur internet le mouvement qui l'inspire et ça me plaît bien.
des définitions qui vont avec les vents ou forts ou doux, quelques fois les changements de cap offrent ou de nouveaux ports ou des anses calmes ?
hier je suis allé à l'inhumation d'un ami ... une vie qui défile ...
@ Sedna : J'entends ta nostalgie et ton envie de passer "par dessus" le temps de fêtes. Ce n'est pas facile de "survivre" à cette injonction au bonheur, qui souvent est en grande partie commerciale. Pour la confiance, elle se tisse de façon invisible, au quotidien... Elle est là, elle n'est plus là. Elle se niche souvent dans l'acceptation de qui on est. Quant à Delerm, il est dans le courant minimaliste (un peu comme Thomas Vinau) qui accorde de l'importance aux petites choses. Bonne journée.
@ thé âche : Parfois la lune se lève, parfois la lune s'en va, et nous allons, comme dans la chanson.
Voir partir un ami... c'est une émotion profonde.
Je retiens l'illustration de cette note, "Fragiles !" propre à Philippe et Martine Delerm, dans cette sobriété et des images et des mots, comme ce livre "Traces" de 2011, où il est question du "sapin de Noël " voué "au service après vente de la Joie"Je n'ai plus de petits "petits enfants" mais des grands "petits enfants" et le secret de Noël ne fait pas la différence pourvu qu'il reste cette envie et surtout cette possibilité de partager un moment précieux ensemble sans extravagance avec beaucoup d'amour.
Je le souhaite évidemment à tous sachant très bien
que c'est une espérance" fragile" voir pour beaucoup irréaliste... parce que je suis réaliste !
@ monique : Merci d'apprécier "Fragiles" que je relis par petits bouts. Je chercherai à découvrir "Traces" car cet auteur exprime avec finesse les clairs-obscurs de la vie telle qu'elle va. Le secret de Noël, comme tu dis, n'a jamais fini de nous étonner, et nous restons tous fragiles, en attente d'aimer davantage et plus largement. Il y a forcément des loupés, mais ils font partie de nos façons imparfaites d'être en relation. Soyons un peu fous dans notre espérance.
Je ne voudrais dire de bêtise mais il me semble me souvenir que le titre du livre que tu cites, faisait partie de la liste des 'Mots que j'aime' que Philippe Delerm nous a offerts il doit y avoir une dizaine d'années. J'avais beaucoup aimé cet abécédaire à sa façon qui allait de mémoire à émotion en passant par saltimbanque ou musarder. Les deux définitions que tu donnes dans ton billet (confiance et voyage) sont d'autant plus précieuses que leur poésie me touche énormément et ne laisse aucun lecteur indifférent.
@ phrasie : J'évoque 'Fragiles', Monique parle de 'Traces' et toi phrasie, tu nous mets l'eau à la bouche avec les 'Mots que j'aime'. Super ! C'est l'effet culturel des blogs et je m'en réjouie. Il est probable que le mot "Fragiles" soit dans le livre que tu cites et, si c'est le cas, c'est très bien, car autrefois les individus hommes et femmes voulaient tous être forts, mais ils se reposaient souvent sur de fausses solidités (l'argent, les relations, le travail et j'en passe...), alors que la vraie force, à mon sens, réside dans l'acceptation de qui nous sommes. A bientôt.
Merci pour cette suggestion de lecture appuyée par d'autres titres évoqués dans les commentaires.
Philippe Delerm à lire et relire...
@ mimik : Je pense, en effet, que tu pourrais aimer l'écriture poétique de Delerm. Il appartient au courant minimaliste, alors vu que tu aimes les haïkus... Cependant, contrairement à ces derniers, il aborde le monde des sentiments, avec ses doutes, ses questionnements. Peu d'emphase chez Delerm, c'est pourquoi il nous touche.
Deux très beaux extraits, si justes. Laisser le cours de la vie s'écouler, y être très attentif... J'avoue ne pas être (je l'ai été jadis) dans cette folie des achats, elle absorberait toute mon énergie je crois, c'est précieux l'énergie, elle nourrit la conscience. Lumineuse semaine à toi. brigitte
@ Plumes d'Anges : Être attentif, comme tu le dis avec justesse et accueillir la lumière. Bon temps dans le courant de la vie, brigitte.
courir, s'agiter, vivre... mais s'arrêter et goûter le miel de l'existence, savourer l'instant présent dans les joies simples de la nature ou la rêverie que procure la poésie...prendre le temps tout simplement...je n'ai rien trouvé de mieux...non rien...
@ Bridg : Goûter la vie, les relations, la nature, le temps qu'il fait et le temps qui passe, c'est une forme de poésie vivante. Même si on sait qu'il faudra d'autres jours s'activer. Merci pour ton miel =^.^=