Renaître après la tempête

J.M.W. Turner (1775–1851) - Tempête de neige en mer (1842)
Je laisse s'envoler avec le vent ma vieille peau,
Tout le fatras pour l'embellir ou la cacher.
Je laisse s'envoler avec les feuilles mes papiers
Inutiles, encombrants, chargés de trop de mots.
Je laisse couler avec la pluie tous mes chagrins,
Mes eaux de rinçage, bols à thé à moitié pleins.
Je laisse couler avec les gouttes un peu de vin,
Il ne m'enchante plus, attriste mes lendemains.
Avec leurs regards durs et leurs mots qui blessent,
Je laisse courir tous ceux qui enfoncent et rabaissent.
Je laisse courir les vieilles blessures, les déceptions,
Celles qui font dire non aux nouvelles propositions.
Je laisse tomber avec la nuit toutes les peurs,
Les obscures chaînes de la folie et du malheur.
Je laisse tomber avec la foudre, mes faux trésors,
Aussi secs, inutiles, que plumage d'oiseau mort.
Je laisse se déchirer avec mes oripeaux,
Mon coeur trop gros attelé à ses vieilles passions,
Je laisse se déchirer dans le ciel tout là-haut,
Les brumes opaques de mes illusoires addictions.
J'ai froid, j'ai peur, mais debout j'aspire à vivre.
Cathie Flore
02 et 03 novembre 2023
Commentaires
Un poème qui me plaît en ce qu'il est une école de la vie, qui nous conduit vers un comportement sage, délesté de tous ces principes qui nous empêchent d'être soi au nom de qui, au nom de quoi et de voyager léger en son âme et conscience.
Turner est une illustration forte appropriée qui met en exergue les tourbillons de la vie comme les ciels et les eaux tourmentées sur les toiles de ce peintre que j'aime beaucoup.
J'aime ce vent là qui déshabille les chagrins ... et les blessures de l'âme... dans la réalité préoccupante du moment, le vent annoncé sur mon littoral est très préoccupant, et s'éloigne malheureusement de tes belles métaphores
William Turner a su peindre la fureur et l'élévation vers des ciels dégagés, on aspire comme lui à nous élever au-dessus, tel l'albatros... mais le spleen veille ?
Un beau poème évocateur de changements intérieurs qui vont parfois de paire avec les saisons. Il faut profiter de ce temps intermédiaire avant l'hiver pour se recentrer. Merci pour cette toile de Turner si évocatrice.
@ monique : Merci pour ta lecture que je sens attentive et pour ta culture que j'ai remarquée ici et sur le blog où tu as lu un de mes commentaires. De temps en temps, il est effectivement bon de se délester, l'automne est propice à cela. Et puis l'âge avançant tout doucement...
@ Sedna : Déshabiller les chagrins, quelle belle tâche ! J'avais prévu d'écrire sur le dépouillement lié à l'automne bien avant la tempête. Celle-ci a été le "coup de vent" qui m'a poussée, mais c'est surtout symbolique. Serais-tu bretonne, par hasard ? Je plains sincèrement ceux qui ont subi de gros dégâts et doivent s'éclairer à la bougie.
@ thé âche :Turner, Baudelaire ont beaucoup à nous dire, à nous apprendre. Quant au spleen il peut adopter différents visages, aujourd'hui. Insomnies, douleurs, questionnements...
@ Coline : L'automne permet en effet de faire attention aux changements d'abord extérieurs (le ciel, les arbres, les animaux...), mais aussi intérieurs (attention à soi et aux autres). Nous sommes plus dans l'introspection que dans l'action.
Un très beau poème qui illustre magnifiquement bien le tableau de Turner. Oui, renaître après la tempête, car il y a l'avant et puis l'après, et cela ne sert à rien de vouloir rester coincé dans l'avant, par contre il faut parfois du temps et de la patience, du courage aussi pour surmonter la tempête et renaître ensuite.
Encore un très beau billet, Cathie. Je te l'ai déjà dit, mais j'aime beaucoup ton écriture, tes mots, dans lesquels je me retrouve bien souvent.
Un doux week-end à toi.
Se délester, se dépouiller, devient indispensable dans notre société de consommation où nous sommes régulièrement tentés d'acquérir de nouveaux objets, utiles le temps d'un soupir ! Le problème est que ça remue bizarrement en nous quand il s'agit de passer à l'acte (jeter, donner, recycler...). Comment se motiver ?
Je ne lis plus depuis longtemps .Un jour quinquet gauche mon directeur m'a lâché en perdant quelques dixièmes .par obligation oeil droit prit les devants , ne sachant pas faire laissa le gaucher se dépêtrer. Comble de malchance sénestre bras eu des crampes et tendinites dues au travail il est vrai que devenant septu+2 il était temps d'arrêter le travail .dextre bras était désolé il devrait remplacer celui qui faisait tout , cela n'a pas fonctionné étant droitier et bon a presque rien .Ne sachant pas tourner une page de livre , lire avec le globe droitier ce n'est pas pratique .Ils ne liraient plus les petits caractères sur papier .En revanche peut lire sur écran c'est vertical les commentaires et les écrits des internautes pas longtemps cause fatigue visuelle .
Hélas les tempêtes se multiplieraient, mais l'état de sage renoncement si joliment décrit ici, est à la fois le plus confortable... et le seul possible.
Merci pour ce texte
@ Françoise : De la patience, du courage, oui, mais je crois qu'ils sont donnés lorsqu'on a envie de vivre mieux. Et, c'est une démarche qui dure dans le temps et ne s'arrête pas. Je suis heureuse de cette affinité que tu décris. Merci beaucoup, cela me touche. Très bon week-end.
@ Maria : Oh oui, cela remue. Car beaucoup de nos objets-souvenirs sont chargé d'affection, de travail, de recherches... Et il y a le côté irrémédiable de la séparation qui fait réfléchir.
@ celadon7 : Je crois comprendre que ma police de caractère n'est pas assez grosse. Dommage ! J'ai aimé lire des mots que je ne connaissais pas :quinquet, sénestre, dextre... Revenez quand même, si vous voulez...
@ Francis : Oui, bien sûr, il y a plusieurs sortes de tempêtes. Les catastrophiques qui font bien des dégâts et même des morts... Et d'autres plus intérieures, qui permettent de se délester. Merci d'apprécier ce texte.
comme je dirais à une amie : c'est la vie Lilie
j'habite en Charente Maritime pour répondre à ta question. La tempête a fait de gros dégâts mais juste des branches cassées dans mon jardin..
Se dépouiller pour faire naître peut être sa véritable personnalité. C'est un beau poème. J'aime beaucoip Turner et le tableau est bien approprié à ce que l'on vit actuellement.
@ broutileb : Oui, c'est la vie de vouloir pendant sa jeunesse s'approprier des biens et puis de s'apercevoir un jour qu'il ne faut pas toujours les garder. Il convient de partager, donner, recycler, se faire de plus en plus léger.
@ Sedna : Heureuse de connaitre ta belle région et de savoir que tu as été épargnée par la tempête.
@ daniel : Merci d'avoir saisi et apprécié l'essence de ce poème. Turner est un grand artiste que j'apprécie.