Dans ce tableau, Vermeer ne  cherchait certainement pas à seulement présenter un géographe au travail avec ses cartes, ses parchemins et ses instruments. Il souhaitait révèler le plaisir du peintre à capter la lumière et à la redistribuer avec une grande maîtrise sur les meubles et les objets d’un intérieur particulier, celui d’un homme qui consacrait sa vie à étudier la terre, à faire de savants calculs et à découvrir de nouveaux horizons.

Le géographe, en confortable peignoir bleu rehaussé d’une belle bordure orangé, est penché au-dessus d’une table recouverte d’un tapis aux motifs à la fois végétaux et géométriques. Ce tapis, bosselé, ondule en de maints endroits. Pourquoi ? Le savant a peut-être auparavent remué de gros livres créant ainsi des vagues, ou alors, j’imagine qu’il a jeté rapidement la grosse étoffe sur une table encombrée de la veille pour être plus rapidement à son affaire et protéger ses chers parchemins. N’étant pas spécialiste, je m’autorise à “broder” (!) et cela me plaît bien. En tout état de cause, l’artiste a profité de la présence de cet élément en laine, chargé de plis, pour exercer sa virtuosité à placer dessus les décors et surtout la lumière. Sous le bras droit du savant c’est sur un parchemin enroulé que celle-ci se pose, tandis que derrière lui elle se répand sur une grande partie du globe terrestre, laissant juste une lune d’ombre, à droite, sur les pays du soleil levant.

Poursuivant notre exploration, nous voyons tour à tour la lumière caresser et embellir le bois, le papier peint, la toile d’un maître, la fleur brodée du velours d’une chaise, pour aller ensuite jusqu’au sol mettre en valeur les rouleaux de cartes qui attendent encore une étude minutieuse.

Bien sûr Vermer, parmi tous ces éléments visités, caressés, embellis par la douce lumière, n’a pas oublié celui qui nous est précieux entre tous : La peau humaine, celle de notre visage, de nos mains.

L’artiste, pour sa toile, a choisi de se concentrer sur un moment particulier; un moment jouissif ou décisif; celui où le jeune savant aux cheveux longs s’immobilise, laisse planer son regard, happé intérieurement par une joie sensuelle et profonde, saisi par la bonté et la générosité de la vie, de la lumière, ou encore rattrapé par une douce réminiscence qui lui prendrait la main pour ouvrir la porte de son cerveau à une idée de génie. Ce moment est vraiment très appelant. Au diable les heures consacrées pleinement au travail et au rendement ! Comme ce géographe de l’an de grâce 1669, sachons lever le nez, goûter les rayons de l’astre solaire, et laissons-nous guider par eux … comme des gamins ne portant encore aucune rol-montre au poignet. Le résultat risque d’en être étonnament bien meilleur !

En plus du travail sur la langue, l’écriture étant le résultat d’une maturation intérieure, j’aime bien le voir ainsi, aussi, l’artisan des mots, le poète, le blogueur, l’écrivain. Comme “Le géographe” de Vermeer, en pleine rêverie et l’outil  à la main. Absent et pourtant tellement présent. Ici et ailleurs !