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Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, Ed. Delcourt

Beaucoup d’avis ont déjà été partagés sur cet album graphique, relatant mois par mois l’année 2008-2009 passée par la famille Delisle en Israël/Palestine et paru en 2011. Il a d’ailleurs permis à l’auteur d’obtenir le prix du meilleur album au Festival de la BD d’Angoulême en 2012. Sans me lancer dans une analyse approfondie (que vous trouverez sur d’autres sites),  je peux vous dire que j’ai dévoré et beaucoup apprécié ces Chroniques.

En trois soirs de lecture, j’ai le sentiment d’en avoir plus appris sur le quotidien des hommes et des femmes de cette région si chahutée du monde que si j’avais lu plusieurs dizaines d’articles sur le sujet dans des revues très sérieuses. De surcroît, grâce à l’humour et à l’autodérision de l’artiste qui est aussi père de deux jeunes enfants, souvent j’ai ri, franchement, ou j’ai souri. J’ai admiré la façon de Guy Delisle d’observer, de faire des remarques sans s’apesantir, d’aller à la rencontre des uns des autres sans à priori, dans un véritable esprit de curiosité et d’ouverture.

L’auteur, précisons-le, est canadien “ami de tout le monde” comme il le dit, plutôt de gauche et athée. Il ne connaissait pas grand chose sur la situation du pays avant d’y suivre pour un an sa compagne,  travaillant dans l’administratif à Médecin Sans Frontières. Pourtant au fil de ses découvertes, il sait merveilleusement nous rendre sensible toutes les contradictions, les ambiguïtés, les cocasseries, les brimades, les inepties, les aberrations, les violences, vécues au quotidien, dans les Territoires ocupés et en Israël, où il se déplace souvent pour organiser des stages, faire des croquis, rencontrer des expatriés ou promener sa famille. Sa fausse ingénuité nous permet d’emboîter aisément son pas et nous rendrait presque “intelligents” sur la complexité des rapports qui s’entretiennent là-bas entre les différentes religions, l’armée, les milices privées, les hommes, les femmes et les intérêts économiques ou pratiques de chacun. Mais on voit dans les dernières pages que son récit est fort bien construit pour montrer que, chacun à sa façon, campe inexorablement dans sa logique : le curé ami sur son banc, (avec des propos qui paraissent dérisoires face à la situation), Marcel, le Palestinien, qui la nuit avec d’autres cherche à protéger des maisons, mais s’avoue vaincu et se cache, le colon qui grimpé par effraction sur un toît, fièrement proclame : “It’s my house now !” et in fine le juif orthodoxe que l’on voit de dos, marcher avec sa boîte à chapeau sous le bras, sans oublier en quatrième de couverture le soldat triplement armé qui s’apprête à …déguster un cornet glacé à la pistache.<- spoiler

La simplicité du dessin, vous disais-je au début ? Eh bien, pour traiter d’un sujet aussi dense, la patte de Delisle  fait mouche !  Plus d’une fois je suis restée scotchée devant une vignette pour laisser résonner les émotions en moi.  Vraiment du grand art ! Qui a le double mérite de nous amener à  regarder la BD et l’actualité autrement.

 

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Guy Delisle par Luigi Novi (Nightscream) en 2009. Aujourd’hui sa barbe a bien poussé

NB : Guy Delisle et sa compagne, après des voyages en Chine, en Corée du Nord et en Birmanie, ont vécu sur place à Gaza en décembre 2008, L’Opération plomb durci, appelée dans la presse internationale “Guerre de Gaza” ou encore dans les milieux arabes-musulmans “Massacre de Gaza”. Aujourd’hui, l’artiste vit à Montpellier, tient un blog et sort une nouvelle BD en août 2016. A suivre, donc …

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Il pluviotait ce jour-là sur l’esplanade du Mur des Lamentations - Printemps 2016

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Esplanade des mosquées avec le Dôme du Rocher- Avril 2016