Nos pas font la suture *
Par lilibellule le samedi 23 mai 2015, 11:27 - Toit là-bas - Lien permanent
Savez-vous ce qu’est la géphyrophobie ?
Jusqu’à ces jours-ci, je l’ignorais, comme vous certainement. Il s’agit de la phobie concernant la traversée des ponts. Certaines personnes anxieuses, ayant peur du vide et d’avoir des attitudes qu’elles ne pourraient pas contrôler, comme de sauter par dessus la rambarde, craignent de mettre les pieds sur les ponts. Battements cardiaques accélérés, sueurs, contractions musculaires, viennent gâcher les moments où elles doivent passer sur l’autre rive. Il existe aussi des individus qui s’imaginent le scénario où le pont s’écroule sous leurs pas, j’en ai fait un peu partie et je sais que c’est irrationnel, mais le scénario s’installe tout seul dans la cervelle.
Autrefois, ce n’est pas anodin, on associait l’image, le rêve, de la traversée d’un pont à l’approche d’un évènement important, comme un déménagement, la perte de quelque chose ou de quelqu’un de très aimé, ou pour soi-même la Grande Traversée.
A Venise, les canaux de la ville bâtie sur la lagune sont enjambés par plus de quatre cents ponts. Datant souvent du Moyen Âge, avec un arc plein cintre assez haut pour laisser passer les embarcations. Un Vénitien franchit en moyenne quarante à cinquante ponts par jour !
Pour ma part, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à en mettre régulièrement de très différents sous mes pas et à entendre parfois le bruit de ces derniers mélangé à tous les autres. …
“Il suffit de passer le pont
C’est tout de suite l’aventure.”
Georges Brassens
Faire fuser la pierre, puis suspendre pour longtemps
la courbe de ses ricochets sur l’eau, dans un équilibre,
condensé de l’impossible qui jusque la nous déchirait ;
il suffirait d’un réveil un peu brutal pour que tout
s’effondre. Entre l’air, la terre et l’eau,
nos pas font la suture.”
* Vaclav Jamek
Le pont n’appartient à personne, comme une saison ou un vent,
il n’est pas seulement fait de pierres et de ses arcades,
mais aussi de l’eau qui coule sous lui
et de ses différents reflets dans la couleur changeante des heures,
de la lumière de l’air sur laquelle il se découpe, des rives sur lesquelles il se pose;
il n’appartient ni à ceux qui se trouvent d’un côté ni à ceux qui se trouvent de l’autre.”
Claudio Magris
Erri de Luca et Claudio Magris sont deux des plus grands écrivains italiens contemporains.
Ce dernier vit dans le nord à Trieste.
Commentaires
Il manque souvent un pont entre les hommes.
Cette cité semble faite pour créer du lien.
Tes images donnent envie.
géphyrophobie, un mot que j'aurais du connaître....C'est moi ça, mais à une moindre proportion. Plus je prends de l'âge, plus la raison me contrôle : "Si j'avais du voir le pont s'écrouler sous mes pieds ça fait longtemps que cela se serait passé".
Ceux de Venise sont bien engageants, et puis ils sont bien courts, et pas trop hauts....Juste comme il faut pour embellir la ville, juste assez grands pour relier les hommes, et donner envie de déambuler.
géphyrophobie, aucun des habitants de la cité ne doit souffrir d'une telle phobie à moins de rester cloitré, un pont en musique ....
C'est tout de même une ville étonnante...
Sincèrement
Jean
ceux là ne doivent pas aimer le mois de mai rempli de ponts
Tes photos me font rêver, et les mots qui vont avec : merci pour le partage
Tes photos me donnent envie d'y retourner ! La ville est belle et tu en rends si bien le calme et la poésie qui s'en dégage ! Les mots que tu as choisi pour accompagner ces photos s'accordent impeccablement bien ! Merci c'est si beau !!!