Quintessencier, est-ce insensé ?
Par lilibellule le mardi 2 juin 2015, 09:21 - Toit là-bas - Lien permanent
Que faire de ses émotions, de ses souvenirs, de ses belles découvertes - sur le monde et sur soi - après un voyage ? (Cf le billet précédent sur la mémoire.)
“Il faut s’attacher à ce qui est personnel, m’a suggéré une amie à qui j’exposais la question. Ensuite choisir et combiner trois/quatre moyens d’expression qui nous conviennent … Creuser plus que s’étendre.”
Michel Onfray avec quelques jolis verbes - que je n’aurais tous osés - livre ses propres pistes de réflexion :
“Noter ce qui, dans le déroulement temporel et fluide du temps réel, dégage du sens et quintessencie le voyage. Couper, tailler dans le ruban de la chronologie des durées magnifiques, des instants qui rassemblent et résument l’idée, puis synthétisent l’esprit de déplacement. La mémoire fonctionne ainsi : prélever dans l’immensité longue et lente du divers les points de repère vifs et denses utiles pour cristalliser, constituer et durcir les souvenirs.
Johann Gottfried Steffan : “Vue sur le palais des doges”
[…]
Entre l’absence de trace et leur excès, la fixation des instants forts et rares remplace le long temps de l’évènement en un temps court et dense : celui de l’avènement esthétique. Avec de longues durées, il s’agit de produire de brèves émotions et du temps concentré dans lequel se comprime le maximum d’émotions expérimentées par le corps. Un poème réussi, un cliché retenu, une page qui reste supposent la coïncidence absolue entre l’expérience vécue, accomplie et la souvenance réactivée, toujours disponible malgré l’écoulement. D’un voyage ne devraient rester que trois ou quatre signes, cinq ou six, guère plus. En fait, autant que les points cardinaux nécessaires à l’orientation.
Johann Gottfried Steffan : “Vue sur la douane de mer”
[…]
Dans le fouillis et le fatras de l’expérience vécue, la trace cartographie et permet le relevé d’une géographie sentimentale.”
“Théorie du voyage – Poétique de la géographie”, Michel Onfray, 2006
Extraits lus chez Plumes d’Anges.*
* J’avais mis un com pour dire l’exigence du propos …
Commentaires
Une sacré gymnastique cérébrale qu'est celle de la fixation des souvenirs, le travail de dégradation que la mémoire opère sur un souvenir est parfois poétique, parofis plus sensible que le vrai.
Notre mémoire, c'est vraiment fantastique...n'est-ce pas ?
Mais il faut reconnaitre qu'avec la livraison de notre cerveau la mémoire n'est jamais garantie... comme l'intelligence d'ailleurs...
bonne fin de journée
Jean
la mémoire et les souvenirs, c'est très étonnant, il est des moments qui s'effacent, d'autres qui persistent, un vaste shaker qui fait ce qu'il veut, le cocktail n'est pas toujours ce qu'on espérait. les arts y peuvent faire ? @ +
Merci Lily, et merci pour la découverte de cette splendide aquarelle !!! Hasards croisés : je suis en train de lire "La douane de mer" de Jean d'Ormesson... Bises. brigitte
Belles aquarelles qui restituent bien l'ambiance de Venise
Comment fixer les souvenirs des lieux que nous avons parcourus?
Je regrette de tant oublier...ce sont les émotions ressenties qui se fixent le mieux
Merci pour ces extraits de Michel Onfray, il nous entraîne avec bonheur dans sa reflexion, si juste à mon avis !
Très bel article.
Tu as de bonnes lectures.
Toujours une difficulté que de fixer ces instants précieux et magnifiques sans que le temps efface ! Mon outil est un simple crayon et des couleurs... Splendides aquarelles raffinées dans les détails précis et la douceur des couleurs !