“Noter ce qui, dans le déroulement temporel et fluide du temps réel, dégage du sens et quintessencie le voyage. Couper, tailler dans le ruban de la chronologie des durées magnifiques, des instants qui rassemblent et résument l’idée, puis synthétisent l’esprit de déplacement. La mémoire fonctionne ainsi : prélever dans l’immensité longue et lente du divers les points de repère vifs et denses utiles pour cristalliser, constituer et durcir les souvenirs.

 

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Johann Gottfried Steffan : “Vue sur le palais des doges

[…]

Entre l’absence de trace et leur excès, la fixation des instants forts et rares remplace le long temps de l’évènement en un temps court et dense : celui de l’avènement esthétique. Avec de longues durées, il s’agit de produire de brèves émotions et du temps concentré dans lequel se comprime le maximum d’émotions expérimentées par le corps. Un poème réussi, un cliché retenu, une page qui reste supposent la coïncidence absolue entre l’expérience vécue, accomplie et la souvenance réactivée, toujours disponible malgré l’écoulement. D’un voyage ne devraient rester que trois ou quatre signes, cinq ou six, guère plus. En fait, autant que les points cardinaux nécessaires à l’orientation.

 

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Johann Gottfried Steffan :  “Vue sur la douane de mer”

[…]

Dans le fouillis et le fatras de l’expérience vécue, la trace cartographie et permet le relevé d’une géographie sentimentale.”

“Théorie du voyage – Poétique de la géographie”, Michel Onfray, 2006

Extraits lus chez Plumes d’Anges.*

* J’avais mis un com pour dire l’exigence du propos …