Syngué-Sabour-affiche 
Film franco-afghan de Atiq Rahimi (2013) avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Hassina Burgan …

Dans une maison dévastée aux pieds des montagnes de Kaboul, une jeune femme prie pour le retour à la vie de son homme qui, étendu presque à même le sol, sombre dans le coma. Vivant quotidiennement dans le dénuement et la peur, avec ses deux petites filles, elle décide de fuir dans un quartier éloigné pour chercher l’aide et la protection de sa tante.
Mais régulièrement cette belle femme, dont on ne saura jamais le prénom, revient à son domicile. Pour veiller l’époux, inerte et silencieux, et finalement, maintenant qu’elle peut le faire, lui parler !
D’une voix fatiguée, chaude et douce à nos oreilles, elle évoque d’abord ses difficultés matérielles, puis peu à peu se livre. Ses manques, ses souffrances, sa joie d’avoir été admirée par … d’autres. Les souvenirs affleurent et on assiste à la lente mise en récit de ses épreuves. Sa sincérité nous bouleverse, nous ouvre les yeux une fois de plus sur la complexité des relations conjugales dans ces pays de fortes traditions et sur l’injustice faite aux femmes.
Par l’ironie du destin, le mari, guerrier souvent absent, intransigeant et dur, est devenu, dans l’encoignure d’un mur, “syngué sabour” - pierre de patience - ce caillou qui, selon une légende, se pose devant soi afin de lui murmurer tous ses secrets, ses espoirs, sa douleur. Jusqu’à ce qu’il éclate et que la personne se sente enfin libérée ! Ici, à Kaboul, derrière les bâches plastiques qui tiennent lieu de vitres, la fin, quoique un peu inattendue, n’apporte pas vraiment la libération, mais un souffle d’espoir. Un souffle d’espoir qu’il convient d’entretenir comme la chose la plus précieuse, pour eux et pour nous, à l’aube de ce XXIe siècle.


Ce film, en VO sous titrée, sur un sujet peu réjouissant, est pour moi, un grand coup de coeur ! Mon mari appréhendait les longueurs et le pathos, mais nous avons été tous les deux sous le charme.

D’abord certainement grâce à cette merveilleuse actrice : Golshifteh Farahani, française, d’origine Iranienne. Bouleversante de retenue, au début, puis de sincérité et de sensualité. Avec ce corps plein de grâce qu’elle recouvre d’une burqa pour sortir et ce beau visage, où passent tour à tour la lassitude, la peur, la colère,  le dévouement, mais aussi une douceur exceptionnelle.

Ensuite on reçoit en plein coeur les mots, la voix. Les confidences qui font mal et délivrent et peu à peu la liberté d’une femme qui voudrait partager le plaisir en même temps que la paix et qui ne se résigne pas vraiment. Qui sait même se montrer habile en certaines circonstances. Ne pourrait-on pas dire que ce film est un vibrant hommage à la parole, celle des femmes en particulier, à leur façon de laisser couler les mots pour ne pas laisser se pétrifier la vie et surtout l’amour ? Quelle leçon de liberté pour tous, quelque soit notre sexe ou le pays dans lequel nous vivons !

Golshifteh-Farahani2

Enfin, les couleurs chaudes des tentures, des vêtements - contrastant fortement avec les décors réduits et les extérieurs ravagés - et surtout la mise en scène inventive de la femme, égrenant ses manques et dessinant les chemins de son désir, rendent ce film intimiste très esthétique, profondément beau, malgré la violence de la guerre extrêmement palpable.

Syngué-Sabour-soldat

En sortant d’un tel film, les mots jaillissent et on a besoin de les partager …