Le vieillard et l'enfant
Pour prolonger l’esprit d’enfance et de poésie de Noël et du passage à l’an nouveau, voici un merveilleux présent : une scène familiale, intime et lumineuse, un moment de tendresse pure partagé entre deux êtres bien différents.
Un regard précieux sur la vie.

D’abord, avouons-le, ce gros nez tubéreux et bourgeonnant au milieu du tableau provoque un effet de surprise ! Oh, quelle affaire !… Puis aussitôt notre regard est captivé et s’attarde avec bonheur. Il faudrait être bien insensible pour ne pas être touché par cette œuvre de l’italien Domenico Ghirlandaio, conservée au Louvre. L’éclat du rouge, les contrastes, la lumière, le paysage à la fenêtre, l’intensité et la grandeur des sentiments représentés, tout cela nous maintient en arrêt et nous interroge sur les apparences, sur nos propres liens affectifs et finalement sur le sens de la vie.
Précisons - pour rassurer les âmes sensibles - que la vilaine tache sur le front du vieillard provient d’une malheureuse dégradation de la peinture et profitons-en pour expliquer un peu la technique - que Lily a utilisée, à son modeste niveau, pour réaliser quelques reproductions d’icônes.
La tempera s’effectuait sur des bois âgés - au moins 70 ans ! - traités pour être imputrescibles et dont les nœuds devaient être savamment maquillés. Les pigments de couleur liés au blanc d’oeuf, comme pour les icônes, s’étalaient sur plusieurs couches - jusqu’à sept ! - pour offrir richesse et douceur dans le modelé des visages, les nuances de la lumière, et pour assurer la conservation de l’oeuvre à travers les siècles. Cette technique, exigeant une grande maîtrise de la part de l’artiste, était réservée à l’expression de très nobles sentiments, à ce que les humains portent en eux de meilleur.
Maintenant regardons de plus près la scène …

Deux âges opposés, l’enfance et la vieillesse, sont réunis en plan serré près d’une fenêtre, avec émotion et tendresse. Le grand-père et son petit-fils plongent chacun leurs yeux dans le regard de l’autre. Le monde pour eux n’existe plus ! Ils sont pleinement attentifs et abandonnés à la grâce de l’instant.
Le peintre choisit juste l’essentiel de cette relation pour nous l’offrir dans une grande proximité. Il se sent tellement enrichi de ce qu’il voit devant lui, qu’il n’hésite pas à montrer avec réalisme les outrages du temps sur le visage du vieillard, les cernes lourds sous ses yeux, le front largement dégarni, la verrue au-dessus de la tempe, les cheveux gris clairsemés et surtout le bourgeonnement du nez !
Quel nez, pauvre homme ! Personne ne souhaiterait être affublé d’une telle disgrâce … Pourtant l’enfant dans sa candeur l’ignore ou l’accepte pleinement. Il baigne dans la douceur et la paix dont son grand-père l’enveloppe dans un ” moment d’éternité”.
La pureté et la finesse des traits du garçonnet, l’or de ses cheveux, contrastent avec le masque de la vieillesse en face de lui, mais quelle confiance et quel amour dans l’offrande de son regard et le geste de sa main posée affectueusement sur la poitrine rassurante. Bien sûr, il ne sourit pas, mais son expression est bouleversante, une sorte de plénitude …
En levant les yeux vers la fenêtre, on pressent volontiers que le grand-père songe avec émotion qu’il a lui-même été ce petit enfant fragile et tendre et qu’il voit se dessiner intérieurement le long et sinueux chemin de sa vie, les méandres difficiles pour parvenir au sommet. Certainement a-t-il quelques inquiétudes au coeur face à l’avenir … Mais il n’en dira rien; il redoublera simplement de tendresse comme un viatique pour la route. Lui-même n’a d’ailleurs certainement plus la force de regarder en avant, il se concentre sur l’instant, La communion avec le profond des êtres qui lui sont chers est l’ultime étape de sa vie … Son sommet.

Voilà tout ça pour ça, pourrait-on dire,
mais ce n’est pas rien !
La richesse d’une destinée, bonheurs et malheurs mêlés,
s’évanouissant et prenant dans le même temps toute sa valeur
à travers l’intensité d’un regard de communion avec un être
encore au tout début de son chemin …
Voilà le chef-d’œuvre !
Commentaires
Bonjour Lily,
Au-delà de la critique d’art qui suppose une formation solide que Zéphyr découvre chez Lily, on perçoit la grandeur d’âme, la noblesse d’esprit et l’extrême sensibilité aux belles valeurs et aux sentiments nobles.
… Il ne faut se fier ni à la laideur ni à la beauté physique, car futiles et éphémères.
… Seules, la beauté et la bonté du cœur importent.
Merci pour ce tableau et tous ces commentaires.
Ce qui me frappe, c’est la douceur des regards pleins de tendresse.
Belle soirée !
Je te souhaite une belle année!
Un instant d’éternité, c’est tout à fait ça, et tu sais bien nous le dire..Merci!
Ton billet m’a beaucoup touchée, Lily et aussi l’analyse de ce tableau, de cette rencontre magique et douce entre ce vieillard au visage ravagé par les ans et cet enfant-ange blond aux prémices de sa vie. Cette intensité du regard mêle leur amour et leur instant de vérité au-delà bien sûr de l’apparence mais surtout faisant pont intergénérationnel. Je n’ajoute rien, tu as tout dit, merci. C’est la première fois que je viens ici et y reviendrai si tu permets. amitiés salines.
Oui oui oui, le regard et le bras pour aller vers l’autre … et nos mots pour être en communion …
J’aime tes mots, ton sujet, la profondeur de ton analyse et de tes perceptions, je connais bien la toile, de ce chef-d’œuvre auquel on ne doit rien changer et je m’y attarde souvent dans mon livre … Beau d’en faire un sujet …
Merci pour tout, je t’embrasse
Merci Lily
Tu as su nous faire apprécier
ce chef-d’oeuvre.
Bonne rentrée.
Très intéressant, Lily, ton interprétation de cette peinture que je ne connaissais pas. En te lisant, on regarde différemment… et mieux ! Merci de nous faire voir ce qu’autrement serait passé inaperçu ! Ce “deuxième regard” sur les êtres et les choses - un regard de compassion et de compréhension - j’essaie de le cultiver, moi aussi.
Quand je regarde ce tableau, je vois l’intensité émotionnelle du lien qui unit ces deux êtres, dans leur regard, l’expression de leurs visages, la tendresse de la main posée sur la poitrine de son grand-père, la couleur rouge qui unit l’enfant et son grand-père, l’amour qui unit au-delà des âges, des apparences …
J’aime beaucoup ta perception du tableau Lily, et merci beaucoup pour tes mots chez moi.
Je te souhaite une très belle année 2012
Gros bisous
Un tableau qui mérite qu’on s’y attarde… Merci pour ton analyse qui nous incite à mieux regarder !
Je te souhaite une bonne année 2012, Lily, riche en belles choses pour toi et les tiens… Bises.
Bonne et heureuse année 2012 avec un bien précieux , la santé !
Je ne regrette pas d’être venue ici , invitée par Zéphyr ; une très belle note qui est d’une richesse exceptionnelle .
Un grand merci pour m’ avoir ouvert le regard sur un tableau merveilleux !
Je connaissais ce tableau mais ne l’avais jamais regardé avec autant d’acuité que toi. J’aime ton interprétation et la puissance de ce regard mutuel et extatique.
tout est dans le regard