Framboises
Ces jours-ci, Lily a cueilli et dégusté des framboises au jardin. Le vent soufflait sur ses jambes, dans les arbustes, les branches des arbres et le soleil faisait encore de timides apparitions. Elle cueillait les beaux fruits rouges et les portait directement à sa bouche avec un plaisir évident. Un peu de grain parfois sous ses dents, mais le plus souvent la merveilleuse douceur de la maturité qui s'épanouit et fond dans la bouche. Si Lily éprouvait une joie profonde, c'est qu'en dégustant ses framboises, elle savourait aussi des souvenirs très vivaces. [Ré-édition d'un billet paru en juin 2009 et qui explique l'origine de son pseudo.]
Son enfance s'est déroulée à la campagne, dans un coin boisé, au sol sablonneux. Sa famille élevait des vaches, cultivait un peu de blé, des betteraves, des choux, et aussi une modeste vigne. A cela s'ajoutait le foin, la luzerne, des arbres fruitiers, le potager et une petite basse-cour. Dans les années 64-65, les agriculteurs commençaient à toucher des subventions pour arracher leur vigne. Il n'était donc pas question d'agrandir celle sur pieds au-delà de ce qui était nécessaire pour leur propre consommation. Pourtant il devenait indispensable de trouver une nouvelle culture pour parvenir à faire vivre les deux familles coexistant sur la ferme. Le maïs n'était pas pensable, trop gourmand en eau et surface de culture. Le tabac ? Sa grand-mère, pensant bien avant l'heure qu'il était nocif pour la santé, n'arrivait pas à l'admettre. Les fraises ? Ils en vendaient déjà à une négociante de la ville, et la cueillette s'avérait pénible, au ras du sol. Il n'était donc pas envisageable de se lancer dans une production plus importante. Question d'âge et de santé.
Un dimanche après-midi, le frère de sa grand-mère vint en visite, apportant avec lui de fines gaufrettes en forme de paille, fourrées à la framboise. La conversation tournait naturellement autour de cette fameuse nouvelle culture à trouver. Et puis il a lancé l'idée, soudainement :
- Tiens, tu pourrais faire … des framboises !
- Des framboises !!!… Regarde donc il y a une adresse sur ce paquet… Eh bien, je vais leur écrire pour avoir des renseignements. S'ils me répondent, ce sera un signe … Ça c'est une idée, quand même, des framboises ! Et puis il n'y a personne dans le coin qui en produit. On serait les seuls !
La grand-mère a bien vite sorti sa plume qu'elle savait rendre pittoresque et touchante. Elle y mettait son cœur ! Quelques jours plus tard un courrier est arrivé de Nantes…
- Il a répondu !!! Et il ne s'est pas moqué, il nous envoie son fils ! Ah, je n'en attendais pas autant !
Deux petites semaines après, une grosse voiture noire pénétrait dans la cour de la ferme, un samedi après-midi. Le fils du Monsieur de Nantes était là, avec ses lunettes fumées et son air pincé au début. La grand-mère de Lily était aux anges et redoublait de gentillesse. Le monsieur s'est doucement laissé toucher, il a beaucoup écouté ces "cultivateurs" qui lui demandaient conseils, il a visité les terres non sans plaisir, gouté au vin de la cave, et puis il a parlé. D'abord des "Lloyd Georges", une espèce aux fruits charnus, puis des "Malling promise", une espèce plus goûteuse et raffinée et enfin des September, un arbuste remontant… Il était à ce moment-là tout à fait à l'aise et souriait comme avec de vieilles connaissances. Au moment de regagner son véhicule de luxe, longs serrements de mains et puis cette phrase gravée dans sa mémoire :
"Au revoir mes amis ! Courage pour ce que vous allez entreprendre, courage !"
Oui, il en a fallu du courage pendant une douzaine d'années pour tailler, arroser, ramasser, ramasser surtout, et vendre la récolte de leurs deux hectares de framboises. Bien sûr, ils embauchaient du personnel saisonnier durant environ un mois, à partir de la mi-juin, pour les aider dans cette tâche. Mais ceci est déjà une autre histoire que Lily poursuivra dans quelques jours.
Commentaires
Bonjour Lily,
La framboise !
Fruit des bois,
Fragile et sensible ;
De son doux parfum,
Lily en est emplie
Au point de rougir.
La campagne !
Une atmosphère si familière à Zéphyr
Certes, vie rustique,
Mais ô combien ardue !
Une belle histoire champêtre à saveur de framboises :)
Après ce beau récit j’ai envie de framboises?
c’est bon les framboises
mais qu’est-ce que c’est long à ramasser!
Coucou Lily,
j’adore ce petit fruit très gouteux et fragile, je l’aime tout simplement et aussi dans un bon framboisier.
Le ramassage des framboises c’est aussi pas mal d’été de mon adolescence où pour se faire quelques sous je récoltais ce fruit. Nous étions payés au rendement 10 francs le cagot de 10 barquettes. Nous étions mineurs et désormais ces petits boulots ne sont plus possible et c’est bien dommage on apprenait le travail ainsi.
Bisous Lily (j’attends la suite de ton histoire) bon WE !
il semble bien que mon commentaire fut avalé par le world wide web…
alors je recommence pour te dire que là, Lily Framboise, tu tombes pile ! Car la framboise est mon fruit préféré ! Je la mange… crue, cuite, à l’étuvée, dans mon musli le matin, dans une tarte à la croûte sablée, dans un gâteau au fromage, dans la salade (aux fruits ou aux laitues), en coulis, en crème glacée ou en sorbet, j’en fais des confitures et des gelées, je la mets dans le rhum, j’en parfume mon vinaigre…
et je me souviens qu’un jour (dans une autre vie) elle m’est arrivée aussi dans un poème (je ne connaissais pas encore le haïku, à cette époque).
Moi aussi la framboise est mon fruit préféré ! Mais hélas cette année, dans le jardin, les framboisiers ne donnent que très peu ! Ils sont mal placés et à l’automne nous avons décidé de les changer de place. J’aime les cueillir et les manger sur place. J’en utilise dans les crumbles, les cupcakes, les compotes etc… Je les conserve au congélateur et j’ai ainsi le plaisir de les retrouver au coeur de l’hiver. Je me souviens très bien de ce billet et j’attends la suite impatiemment. en attendant, je t’embrasse très fort Lilly
Ah, que serait Lily sans ses framboises !!!
Merci pour ces délicieuses !
Je les adore comme j’aime t’entendre conter …
Bisou franc, boisé
Comme j’admire la ténacité des gens de la terre…
Le ”non”, si ta grand-mère ne demandait rien, elle l’avait déjà …
Elle a préféré tenter le ”oui “…
Une bien belle leçon de vie …:-))
Pour moi aussi, les framboises me rappellent des cueillettes sauvages, quand nous revenions, roses de plaisir, ”le barlitou “
appelé aussi le pot à lait, plein de ces fruits tellement goûteux au goût inoubliable …
Merci Lily pour ce message parfumé au goût d’enfance..:-))
Mon grand-père aussi pensait que le monde pouvait s’ouvrir par le bonheur d’une lettre.
Et il avait souvent raison.
Etonnant comme nous aimons tous ce fruit,au parfum qui nous renvoie à notre enfance et nous lie à la terre ! Du coup j’en ai planté quelques pieds dans mon jardin, et quel plaisir d’en ramasser un grand bol pour le dessert le soir après ma journée de travail (et d’en manger tout autant sur place comme une grande gamine !)
J’attends avec impacience la suite de l’histoire…
Tu as toujours de si belles histoires à nous raconter Lily, c’est si émouvant d’avoir des souvenirs d’enfance aussi beau… Tu savais que les framboises sont mes fruits préférés… Et ils me ramenent toujours à une fameuse visite en Ardèche, des amis d’une connaissance y vivaient et élevait des chèvres et cultivait des framboises… Je n’en avais jamais mangé d’aussi bonnes… Merci d’avoir fait remonté ce souvenir en moi, gros bisous ma Lily, je te souhaite un magnifique été et de belles lectures