Pâques, au-delà de la joie du printemps, apporte un peu de douceur et de bonté dans les familles et dans les échanges avec les amis. C’est la vie renouvelée après les longs mois d’hiver, une promesse de bonheur pour chacun, noir, blanc ou jaune, riche ou pauvre, handicapé ou bien-portant …
   Les Perses, il y a 5000 ans, s’offraient des œufs de poules, les Égyptiens en firent autant, en gage de fécondité et de longue vie. Bien plus tard, l’Église interdit la consommation d’œufs, jugés trop riches, durant les quarante jours avant Pâques, période où les poules recommençaient à pondre. Alors le jour de Pâques, il y avait grande joie à les décorer, se les offrir, les manger de bien des façons et même jouer avec !
   En Anjou et ailleurs, la légende raconte qu’ils sont le don des cloches revenant bien chargées de Rome et faisant la joie des gourmands au passage. En Alsace, où Lily se promène en ces jours, (et aussi en Allemagne), les œufs sont apportés, selon la légende, par le "Lièvre de Pâques."
   Lors de nos balades, nous nous sommes amusés à traquer le fameux Lièvre dans les rues, dans les vitrines, sur les balcons et un peu partout.

Lièvres par-ci, lièvres par-là, On les a comptés dans une rue,
Il y en avait 100 !

Lièvres par-ci, lièvres par-là,
On les a comptés dans une autre rue,
Il y en avait 100 !
Lièvres par-ci, lièvres par-là,
On les a comptés dans une troisième rue,
Il y en avait 100 ! Toujours 100 !

   Bon alors, mes petits lièvres, tenez-vous sages,
chacun sur son petit derrière et dressez vos oreilles !

   Lily va essayer de vous conter la légende du Lièvre de Pâques.

   Une pauvre femme se retrouvait seule, après la mort de son homme, pour élever ses trois enfants, l’aîné, la cadette et le petiot. Un lopin de terre grand comme la poche, une vache, un cochon et trois poules, c’était tout ce qu’il lui restait pour vivre. Mais elle aimait ses enfants plus que tout au monde et trouvait toujours des idées pour qu’ils ne soient point malheureux, pour que le sourire s’accroche tous les jours sur leurs lèvres. Un jour devinettes, un jour chanson, un autre encore fables qu’elle tenait de sa grand-mère ou d’un colporteur ... Ces petits-là étaient plutôt vifs et pas idiots pour deux sous.

   Comme la fête de Pâques approchait, la femme compta son menu pécule, pour voir si elle pourrait leur acheter quelques friandises : poissons ou petits œufs en chocolat ou en sucre. Hélas ! L’hiver avait été rude, il avait fallu dépenser davantage que les autres années … Une pièce, deux pièces, trois pièces, on ne les dépense pas sans réfléchir quand presque tout manque à la maison : l’huile, les chandelles, le sel ou la farine. Elle décida donc d’aller « lever les œufs » de ses poulettes et de les décorer elle-même pour la joie de ses petits. Elle les trempa d’abord pour les cuire dans un jus de pelures d’oignons qui les teinta d’un beau rouge brun. Avec une allumette trempée dans un verre de vinaigre blanc, elle traça ensuite dessus des arabesques et les fleurs et les étoiles de son imagination. « Pauvre je suis, mais voilà de bien beaux petits œufs pour souhaiter longue vie à mes chéris », pensait-elle en confectionnant des petits nids de branchages au jardin, dans lesquels elle les déposa.

   Au matin, les enfants s’interrogeaient « Y aura-t-ils des œufs cette année, ou devrons-nous simplement jouer avec des cailloux ? » Ils allèrent voir au jardin s’ils n’en trouveraient pas quelques uns à la forme bien régulière et bien lisse. Petiot tenait sur ses courtes jambes et ne voulait pas être le dernier. C’est lui qui soudain pointa de son index un nid en lâchant un « Oh ! » admiratif. Les deux grands trouvèrent à leur tour la jolie surprise. Comme ils se penchaient pour l’attraper, en riant et se poussant du coude, un lièvre détala derrière un buisson et s’enfuit. « Oh ! Le lièvre de Pâques ! ... s’écrièrent-ils en chœur. C’est donc lui qui apporte les œufs pour se souhaiter longue et belle vie ! La mère évidemment sourit de leur ingénuité et ne dit pas un mot de sa ruse. À l’école, les enfants racontèrent que le Lièvre de Pâques ne les avait pas oublié et avait apporté à chacun un œuf de poule, oui, mais très très bien décoré. Les autres pouffèrent en criant que les lapins pondent des œufs aussi gros que ceux des juments, c’est bien connu. Les enfants de la pauvre femme ajoutèrent simplement qu’ils les avaient trouvés chacun dans un nid et qu’ils étaient très bons, en plus d’être magnifiques. Comme par ailleurs ils connaissaient plein de jeux et étaient de bons copains, la moquerie fut vite oubliée.

   Le printemps suivant, les enfants de l’école qui se souvenaient de la fameuse histoire, dont ils avaient bien ri, chuchotèrent entre eux :
   « Et toi, vas-tu faire un nid dans ton jardin ?
   - Pour qui ? Pour le chat ou pour la jument ?
   - Mais non, pour le Lièvre de Pâques !
   - Ah, celui qui fait pousser des oreilles d’âne à celui qui l’aperçoit !
   - Rigole toujours, moi je fabrique mon nid et s’il est vide, je m’arrange pour rôtir le lièvre dans la semaine qui suit.
   - Toi ! ... Tu ne ferais pas de mal à un hanneton.
   - Ça ne me coûte rien de le dire et encore moins de fabriquer un nid. Si je suis le seul, eh bien je mangerai mon œuf en riant et en remerciant ce bon Lièvre de penser aux enfants qui ne sont pas aussi riches que le cousin du roi ou même ses serviteurs."
   Les autres approuvèrent intérieurement celui qui venait de parler. Ils étaient loin d’être idiots mais les temps étaient un peu durs partout dans les villes et les campagnes. Un peu de douceur à attendre leur ferait du bien. Chacun ramassa donc des branchettes et des brindilles et fabriqua son petit nid, caché derrière un buisson ou dans les hautes herbes.

   Plusieurs mères souris observèrent la même scène qui les intrigua fortement. Elles entendirent des bribes de conversation, où elles comprenaient seulement qu’il était question du « Lièvredepâques ». Qui pouvait bien être ce mystérieux personnage ? A cause des nids, elles causèrent d’abord aux poules, mais celles-ci se mirent à caqueter à tue-tête pour faire fuir les rongeurs.
   Dépitées les mères souris allèrent trouver le vieux lièvre qui traînait parfois dans les parages. Après beaucoup d’explications, en bougeant lentement les oreilles, il comprit enfin qu’il s’agissait de ne pas décevoir les enfants. Il fallait convaincre les poules de pondre vite et bien beaucoup d’œufs pour que tous les habitants du village aient leur surprise, cachée dans les nids et les recoins du jardin. Vieux lièvre dit qu’il avait encore de la force, que toute sa vie il n’avait guère songé qu’à lui, à manger et survivre, alors faire un beau geste pour les enfants, et même les grands, lui apporterait une vraie joie. Oui, il était d’accord pour la distribution, à condition qu’on lui trouve un panier avec des roues et ce qu’il fallait pour le tirer. Les souris, en appelant toutes leurs sœurs et leurs cousines, dénichèrent le panier, lui rongèrent un petit trou pour laisser échapper les œufs et se mirent à qui mieux mieux à décorer, de leurs petites pattes, les œufs fraîchement pondus. Vite, il fallait faire vite car on arrivait au quatorzième jour de la lune de mars. Dimanche prochain, la fête éclaterait partout, avec ses rires, ses chansons, ses jeux et sa bonne humeur.
   Vieux lièvre, dès les lueurs de l’aurore du fameux matin, se mit en chemin, son panier chargé derrière lui, goûtant parfois un brin de serpolet accompagné de trois perles de rosée pour se donner du courage. Il peina un peu, car sa charge était lourde et fragile. « Surtout pas de casse, en sautant sur les mottes », avaient recommandé les souris qui mettaient leur point d’honneur à ce que tout se passe bien, car les enfants leur avaient mainte fois donné quelques graines ou quelques miettes de nourriture. Peut-être qu’elles voulaient aussi montrer par là, qu’on les chassait souvent bien injustement et espéraient ainsi se faire une meilleure réputation.
   Dès leur réveil, les enfant coururent au jardin, les grands comme les petits, car, mystérieusement, il n’y avait aucune différence dans les attentes de chacun. On entendait partout des rires et des cris au-dessus des ramées : « Le Lièvre de Pâques, il est passé ! Il a apporté des œufs pour la longue et belle vie ! On va pouvoir se les échanger, car ils sont décorés. Le lièvre n’a oublié personne. La fête est vraiment plus belle que les autres années ! »

   En souvenir de cette histoire, mainte fois racontée, les chocolatiers Allemands et Alsaciens décidèrent un jour d’ajouter le lièvre à leur Bestiaire de Pâques, à côté des poules, des poissons et des agneaux. Mais ils oublièrent les petites souris !! ... Celles-ci, vexées, courent depuis dans les caves et les greniers des maisons pour chiper de la nourriture et se venger de ne pas avoir leur moulage en chocolat dans la vitrine des confiseurs. Alors si vous voulez réparer l’injustice, vous pouvez essayer d’en fabriquer de jolies, blanches, roses ou vertes, avec de la pâte d’amande et deux raisins secs pour les yeux. (Cliquer ici) ou alors (Cliquer ici)

Hihiii !! ... a couiné la souris
Au fond de son lit
Et mon conte est fini.
Si vous ne le croyez pas,
Vous n’aimez point le chocolat,
Et vous n'en aurez pas.
Mais si vous l’avez cru,
Racontez-le à votre tour,
Et vous vivrez de beaux jours.

Longue et belle vie à chacun !