Joie et simplicité sont de mise. Fils Aîné est souriant, parle un peu de son vécu d’étudiant, à l’autre bout de la France et s’intéresse aussi aux uns et aux autres, qu’il ne voit plus très souvent. Serviable, comme d’habitude, il aide à apporter les plats, un filet mignon au miel, avec des pommes de terre de Noirmoutier et des pleurotes . Hum !… Bien sûr, il est beaucoup question d’informatique, de photos numériques, de mangas et un peu de cinéma, durant le repas. Pas mal aussi de fous rires, de pitreries de Lala-Jeun’ado et puis la vie de famille, sans chichi et sans manière. Drolatique parfois et souvent ordinaire.

Lily trouve que Fils Aîné est beau, qu’il semble heureux et que c’est bon de goûter à la joie de ce moment particulier.

Silencieusement, elle songe naturellement à la naissance de ce premier garçon, plusieurs années après Lison. Le temps était radieux, comme lors d’une magnifique journée d’été, mais en sortant de la maternité, elle avait du enfiler son manteau. Le bébé était superbe, plus de quatre kilos, cinquante cinq centimètres et le visage serein. Ensuite, il avait poussé comme un champignon, comme on dit parfois. Et puis deux ans et demi après, Fils Cadet était arrivé et la vie s’était un peu compliquée…

Pas de jalousie, non, mais un fort besoin de se distancier de ce petit frère pas tout à fait « comme les autres ». Ce petit frère qui voulait constamment être dans sa chambre, s’accrochait à ses jambes et piquait parfois des colères complètement démesurées. Pas facile de grandir avec ce poids sur la vie familiale. Pourtant Fils Cadet n’est pas bête, il le prouve assez souvent, mais les médecins disent qu’il souffre de « disharmonie ». ( Bientôt, nous aurons un diagnostique plus précis). Fils Aîné en a certainement éprouvé de la colère intérieurement et puis il a pris sur lui. Aujourd’hui, il est sympa avec son frangin reconnu handicapé. Il ne cherche pas à l’écraser, mais participe plutôt à ses jeux, s’intéresse à ses blagues ou aux énigmes qu’il adore poser.

Un nuage de tristesse, soudain, assombrit un peu Lily. Fils Aîné trace son chemin, se construit jour après jour son bonheur de vivre, va bientôt partir en stage six mois à l’étranger, mais certainement qu’au fond de lui, il souffre d’avoir un jeune frère avec qui il ne peut pas vraiment discuter de ses problèmes, un jeune frère avec qui il n’a pas pu être vraiment complice, malgré seulement deux ans et quelques mois de différence. Lily aurait souhaité pour ses deux fils une vraie connivence de gars et une vie familiale plus cool pour tous. Et puis, et puis … Mais la réalité est autre et il vaut mieux marcher avec elle.

Fils Cadet, un autre jour je parlerai de toi, de tes richesses, des difficultés liées à ton handicap, mais en ce jour d’anniversaire, je souhaite dire à Fils Aîné : « Merci pour ta patience passée et pour ton enracinement, aujourd’hui, dans ta vie d’adulte, qui se déroule plutôt bien. Je souhaite que ce vécu t’ai appris la tolérance et la vraie fraternité. Je t’aime et je suis heureuse de te voir avancer sur ton chemin d’homme. »