Les batteries ou l'importance d'un sourire
Courant juillet, durant sa petite enfance dans les années 60, (jusque vers 66), venait la fête des “batteries”.
Plusieurs jours
auparavant, les deux maisonnées de la ferme bouillaient
d’effervescence, pour ranger les hangars, faire le grand ménage à
l’intérieur et préparer un excellent repas dont les batteurs se
souviendraient longtemps. Alice, la doyenne, ayant une pièce à vivre plus
spacieuse, recevait chez elle.
La veille, les hommes bousculaient les meubles pour installer les tréteaux,
Alice plumait les poulets et Lily jouait des flûtes à droite, à
gauche, toute excitée, souhaitant à sa façon préparer
l’événement.
Le matin, une heure durant, elle guettait derrière la baie vitrée
l’arrivée de la batteuse. Quand elle l’apercevait
enfin, elle courait le dire à tous, fière de l’avoir vue la
première.
Ensuite, la journée passait très vite. Les hommes travaillaient
dans le bruit et la poussière, lançant parfois quelques
plaisanteries en levant haut la fourche. Durant le repas, pas un ne
manquait de complimenter chaleureusement la maitresse des lieux,
également adroite cuisinière :
«Des tomates bien présentées, du poulet de grains … Ce n’est pas souvent qu’on nous sert un si bon repas pour les
batteries. Vous nous gâtez ! »
Généreuse, Alice appréciait aussi beaucoup les compliments et savait remercier par quelques bons mots et de larges sourires !
Quant à Lily, elle aimait traîner autour de la machine, laisser
couler la balle entre ses doigts, s’en faire des petites balles toutes
légères avec des chiffons ou de vieux bas de sa mémé.
Un après-midi, un homme plus jeune que les autres, fourche à la
main, tout en haut du pailler sur la remorque, l’avait regardée et lui avait sourit. Elle avait trouvé ça étrange et doux. Qu’un homme la regarde, elle
l’insignifiante gamine, cela avait de quoi la surprendre, mais qu’en plus il
lui sourît, voilà qu’elle était ébahie et n’osait le montrer. Un simple sourire, mais vrai et tellement beau ! Lily en était toute
fière et remuée.
A la campagne, à cette époque, le travail commandait beaucoup et on ne souriait guère …
Commentaires
Souvenirs agréables à lire. Un moment de fête ces moissons ! malgré la dureté de la tâche, le plaisir de se retrouver et de s'entr'aider devait donner du coeur à l'ouvrage ?
J'ai l'impression, en te lisant, de me retrouver dans un roman... J'aime... Merci...
Merci pour ton message bien sympathique et qui m'a donné l'occasion de découvrir ton site ; j'adore sa poésie ; je prendrai le temps de le visiter plus souvent au fil des jours . Quel beau métier nous faisons,j'ai le sentiment en te lisant que tu y prends aussi beaucoup de plaisir !
Bonne soirée, à bientôt !
merci pour ces beaux souvenirs partagés
le travail de la terre a bien évolué en très peu de temps
comme beaucoup d'autres choses en fait.
Superbe ! Comme toujours la magie des mots opère. J'adore ta façon de raconter un souvenir, de l'embellir, de le mettre en exergue. C'est très beau. Merci Lily !
Je savoure pleinement ce texte!...Il me ramène à ma petite enfance: j'ai des souvenirs de ces batteries...Je me souviens de ma fierté le jour où on m'a autorisé à monter sur les bottes de paille qui s'entassaient...à la fin, j'avais un peu peur: c'était trop haut! Je pense que c'était...en 1944! Et je revois la machine, et ses courroies...Et je revis les repas...Merci, Lily, de parler de ces choses!