Le poids de la lune
Ol est pas lourd la lune,
Moé, i lé vue quèques foé,
Juste sur une feuille.
Dès foé, la feuille la porte !
- Mémé, s'il te plait, tu peux raconter encore des histoires d'aut'fois, en patois !
- Ah !... C'est Charles Bruneau qu'en connaissait des berouettées ...
- Ton amoureux ?!
- Oui, i'm trouvait à son gout et moi, i'le trouvais ... pas mal ! Mais, je voulais attendre ... Papa et Maman avaient trop besoin de moi sur la ferme. J'aimais bien quand Charles venait jouer aux cartes à la maison, parce qu'alors on riait, on riait des fois à presque faire pipi dans sa culotte ! Mais de là à m'marier avec lui, y'avait tout d'même une enjambaille.
- Alors c'était ton amoureux ou pas ?
- Pour moi, il était un grand frère - le mien à côté n'était qu'un gamin - mais pour lui, y'avait un p'tit plus et à dix-huit ans, ça ne me déplaisait pas du tout ... Mais bon ! La vie a décidé autrement.
Tiens, que j't'en raconte une ... Mais de vraie !
Le père de Charles, l'avait un voisin qu'avait perdu sa grosse mère gorette. L'était désolé, parce qu'elle attendait do petits. L'ont cherchée partout avec l'aide des zout' voisins, dans les buissons, dans des coins un peu reculés et pis dans les bois. L'ont cherché béred de temps, partout le demandiant qui qu'avait vu la truie. Personne ! Personne l'avait vue ... Ol la pas mal fatigué, le bounhomme ! C'est qu'o représentait une somme, beaucoup de travail, d'argent ! Et pis ol était incompréhensible, parce qu'ol avait point de voleurs par chez nous.
Do jours ont passé, une semaine pis deux, et pis trois ! Et un tantôt, v'la t-y pas qu'le s'met à ramasser et charger ses citrouilles dans une remorque. Y'en avait une qu'était grousse, comme la moitié de sa remorque. "Ben, elle a profité, thielle-là !" qu'y s'est dit. Le prend sa fourche, pique dedans pour la charreyer et ... V'là que la citrouille s'ouvre en deux ! Dedans ... Ol avait la mère gorette avec douze petits gorets qui têtiant bien tranquillement, comme si de ren était !!!... Le gars revenu de son émotion, l'a payé un coup de vin de noix à tous thiés voisins et pis l'a dit : "Ol était tout d' même une belle citrouille, créyez-vous pas ?! Les gens ont bien rit et pis z'ont demandé : Et ta grosse truie ? L'a répondu : - Oh, ben, elle va bien et les douze gorets aussi ... Mais alors, une citrouille d'même, y'en avait jamais vu d'ma vie! "
Ol a fait le tour des environs. Après quand l'allait à la fouère, les gens le saluiant en s'exclamant : "Ah, père Machin, quelle citrouille dans vout' champs, hein ! Quelle citrouille ! Vous z'auriez bien pu coucher une vache dedans ou même un cheval , n'est-y point ? - Si fait, si fait, qu'le répondait en passant vite son chemin. L'aurait certainement préféré manger do foin ! Mais ol était d'même. (C'était comme ça.)
- Ha, ha, ha ! T'en as pas une autre de Charles Bruneau ?!
Ol avait un couvreur qui devait installer do ardoises sur un clocher. O buffait tellement tout là- haut, o faisait tellement grand vent, qu'le s'est accroché bien solidement avec une corde au coq de thieu clocher. Ensuite, bien attaché, tranquillement l'installait une ardoise à chaque foué qu'le vent le balançait d'un côté ou d'l'autre. L'arrêtait pas ! Un coup de vent de thieu côté, toc, une ardoise ! Un coup de vent de l'out' côté, toc, une autre ardoise. Ah, le faisait du bon boulot !
- Et il avait pas peur ?
- Non, parce que le vent le portait, le faisait confiance au vent.
- Ben dis donc !
- C'est vrai qu'ol arrivait de drôles de choses chez nous ! Pas tout à fait comme ailleurs ! C'est pour ça qu'on l'aimait notre petit coin de Vendée ...
Allez, maintenant, si Pépé te trouve encore assise, il va se fâcher. Prépare-vite ton cartable pour demain !
Commentaires
Coucou Lily, j'espère que ta pause estivale a été belle. Je te souhaite une belle rentrée pour cette année qui commence.
Gros bisous
le soleil a pointé son nez aujourd'hui pour la rentrée de nos chères têtes blondes : merci là-haut! Heureuse rentrée pour toi Lily et à très bientôt, j'éspère ! Rapahëlle
Je me souviens quand mon grand-père me parlait en patois. Je ne comprenais rien du tout mais j'adorais ça. Après, c'est mon père qui nous disait quelques mots, il a même chanté une chanson en patois à mon mariage!
Les enfants sont partis à l'école. La maison est un peu vide ce matin.
J'ai jamais entendu parlé patois... En fait, chez nous, c'était une autre langue... Alors impossible de comprendre... Ton histoire est pleine de vie d'autrefois...
Bisous Lily...
Bonjour Lily, que c'est agréable de lire ces textes en patois, j'ai comme l'impression de le parler en mm temps que je te lis, ça me fait sourire. J'espère que ta rentrée fut bonne. Amicalement.
Trop marrant à lire ! Je retrouve des mots que j'entendais comme charreyer. J'ai plaisir à lire tes histoires en patois. Cela me rappelle mon enfance à moi aussi. Génial le goret dans la citrouille !!! Et le couvreur au gré du vent... Un régal ! Merci Lili et bonne rentrée
Merci aussi pour tes coms sur mon blog. Non nous n'avons pas de liens avec l'Afrique. Juste une attirance pour leur art.