Grand-Père Antonin, promène un peu la petite - son arrière « petite feille » - sur le chemin de la croix, une cinquantaine de mètres blancs et poudreux qui conduisent à la route. La gamine ne tient pas en place, elle court, elle saute, tombe et pleure, mais il faut se relever en tirant sur la main de Grand-Père ... Presque aussitôt, elle repart en sautillant ! Mais lui, homme de l'autre siècle marchant dignement avec une canne vers ses quatre-vingt quatre ans, il gronde et bien vite déclare forfait, non sans tristesse :
«Ta petite, Alice, j'peux plus ! Elle court toujours devant au lieu de m'donner la main. J'peux plus la suivre ! Elle s'ferait écraser par les autos.»
Alice, se montre profondément émue par l'aveu de son père : "J'peux plus !" Mais bousculée par l'ouvrage, elle ne tente pas de prendre le relais le dimanche, jour de ménage ou de ravaudage. Enfin peu importe puisqu'ils VIVENT à la campagne. Ce n'est tout de même pas le grand air qui manque à "Bois-Mignon" !

Pourtant un souvenir, un seul, unique, de promenade avec son pépé et sa mémé remonta un jour à la mémoire de Lily, devenue maman à son tour. Léger et frais comme une bulle, presque aussi irréel. Ils étaient allés à une kermesse à Ryoupéroux, l'abbaye bénédictine située sur une hauteur, à pieds à travers champs et petits bois. Au retour, des gouttes de plus en plus fortes les avait surpris, les forçant à s'abriter sous les châtaigniers, près de la sablière. Nicolas avait alors pris la petite à son cou, joyeux de cette averse impromptue. Elle, elle levait et tournait les yeux en tout sens, grandement étonnée d'être si près des feuilles, de pouvoir les toucher, d'en avoir la tête toute entourée et de n'être même pas mouillée !

Qu'est-ce qu'elle était fière, au cou de son pépé ! Et soudain le monde qui lui apparaissait tout différent, vu d'en haut ...

Une nouvelle catégorie s'imposait :  "Souvenirs d'enfance". Les anciens billets y sont désormais regroupés.