Toucher les feuilles
Grand-Père Antonin, le père de sa Mémé, vivait dans la maison de l'autre côté du hangar à bois, chez Yvette son autre fille ...
Le temps n'était pas encore si avancé que maintenant !... Mais les années 60 étaient cachées derrière un bouquet d'arbres, toutes proches.
Parce que certains souvenirs, parmi les plus anciens, acquièrent une valeur particulière, une cinquantaine d'années plus tard, quel bonheur la mémoire, lorsqu'elle dilate le cœur, cicatrice les plaies et laisse la tendresse s'installer ... Pour poursuivre le chemin, aujourd'hui !
Grand-Père Antonin, promène un peu la petite - son arrière « petite feille » - sur le chemin de la croix, une cinquantaine de mètres blancs et poudreux qui conduisent à la route. La gamine ne tient pas en place, elle court, elle saute, tombe et pleure, mais il faut se relever en tirant sur la main de Grand-Père ... Presque aussitôt, elle repart en sautillant ! Mais lui, homme de l'autre siècle marchant dignement avec une canne vers ses quatre-vingt quatre ans, il gronde et bien vite déclare forfait, non sans tristesse :
«Ta petite, Alice, j'peux plus ! Elle court toujours devant au lieu de m'donner la main. J'peux plus la suivre ! Elle s'ferait écraser par les autos.»
Alice, se montre profondément émue par l'aveu de son père : "J'peux plus !" Mais bousculée par l'ouvrage, elle ne tente pas de prendre le relais le dimanche, jour de ménage ou de ravaudage. Enfin peu importe puisqu'ils VIVENT à la campagne. Ce n'est tout de même pas le grand air qui manque à "Bois-Mignon" !
Pourtant un souvenir, un seul, unique, de promenade avec son pépé et sa mémé remonta un jour à la mémoire de Lily, devenue maman à son tour. Léger et frais comme une bulle, presque aussi irréel. Ils étaient allés à une kermesse à Ryoupéroux, l'abbaye bénédictine située sur une hauteur, à pieds à travers champs et petits bois. Au retour, des gouttes de plus en plus fortes les avait surpris, les forçant à s'abriter sous les châtaigniers, près de la sablière. Nicolas avait alors pris la petite à son cou, joyeux de cette averse impromptue. Elle, elle levait et tournait les yeux en tout sens, grandement étonnée d'être si près des feuilles, de pouvoir les toucher, d'en avoir la tête toute entourée et de n'être même pas mouillée !
Qu'est-ce qu'elle était fière, au cou de son pépé ! Et soudain le monde qui lui apparaissait tout différent, vu d'en haut ...Une nouvelle catégorie s'imposait : "Souvenirs d'enfance". Les anciens billets y sont désormais regroupés.
Commentaires
Les souvenirs d'enfance, si lointains et si présents dans nos coeurs! Et ces endroits où l'on retourne une fois adulte comme ils nous semblent petis, moi c'est ma cour d'école qui m'est apparue comme minuscule!
Quand j'étais petite, mon grand-père m'emmenait en promenade avec sa canne. Nous allions au parc et il me chronométrait en me faisant courir sur la piste. Au retour, j'étais fatiguée, alors, il me portait sur son bras gauche, tandis que le droit était dévolu à la canne...
Ton histoire me touche...
Un souvenir d'un petit gamin....C'était en 1944...Une promenade en campagne saumuroise, avec mon grand-père maternel, le long d'un ruisseau...Soudain, une violente averse! J'ai gardé de ce jour une image gravée dans ma mémoire: la pluie tombait si fort sur le ruisseau que les gouttes "rebondissaient": les gouttes ne tombaient pas du ciel!...elles montaient vers le ciel!!!
Je savoure ton texte! et je t'embrasse bien amicalement, Lily!
Sur le chemin de la Croix... J'en ai aussi de chemin comme cela dans mon enfance Lily... Je le revois grâce à toi... Merci
Toujours aussi agréable de lire tes historiettes émouvantes et qui font remonter nos souvenirs. Moi aussi mon grand-père avait une canne et était tout courbé par les souffrances de sa vie. Il était joyeux malgré tout. J'ai surtout des souvenirs de partage de lecture avec lui.
Bonne semaine de détente Lily et continue de nous enchanter avec tes belles histoires si bien relatées.
Lorsque j'étais enfant, à la ferme, ma grand mère ne parlait pas français, que le patois, et mon père la vouvoyait...mais c'était un autre temps...si loin maintenant.
Parfois, je regarde de vieilles photos, et je me souviens...
cette petite se souviendra aussi un jour du grand père Antonin...
bonne journée lily...
Souvenirs d'enfance...alimentés par des retours de sensations..."chez moi" aussi, sur mes pages, j'ai voulu m'y replonger grâce à mes "petits souvenirs du samedi"...Idées similaires, copines de blog!!
Oh c'est touchant... merci Lily de partager ça.
mes souvenirs d'enfance se situent dans la Mayenne
en famille
mes deux grand-pères je ne les ai pas connus
malheureusement partis trop tôt
ma grand mère maternelle aussi nous a quittés
quand j'étais très jeune
et j'en ai peu de souvenir. dommage !
alors mes souvenirs sont plus cousins, cousines oncles et tantes et ma grand mère paternel.
de bon souvenir tout de même
merci de nous avoir fait partager les vôtres.
Ils sont précieux,ils nous bercent parfois de cette belle odeur printanière que l'on savoure les yeux fermés !
Bise lily, passe une bonne journée...
j'aime ta façon de conter toujours, tu nous renvoies dans un temps qui n'est plus, que tes mots rendent vivant, avec un vrai charme, merci Lily ...