Dans son jardin, devant la maison, Lily avait un rosier, longuement choisi dans une jardinerie. C'est la couleur qui avait fait la différence, un orangé  doux et flamboyant, un peu saumon, un peu abricot. Elle aimait aussi son nom "Abbaye de Cluny", qui évoquait la prestigieuse enceinte du Moyen-Age, avec cloitre baigné de lumière et d'ombre, allées finement ratissées et vieux jardiniers amoureux, pétris de silence, de chant grégorien et d'attention aux moindres petits sursauts de Dame Nature au jardin ...

C'était vraiment un merveilleux petit rosier à grosses fleurs, original, moderne et romantique à la fois. Chéchet avait creusé la terre à un emplacement exposé à l'est devant leur maison et le soleil et la pluie avaient fait leur travail.

Au printemps suivant, deux ou trois roses avaient éclos, au parfum très suave et aux pétales délicatement ordonnés. Lily était ravie et devenait du coup plus attentive aux roses en général. Elle découvrait qu'il en existait aux formes, couleurs et senteurs innombrables. Elle s'approchait davantage, lors de ses sorties, pour en humer le parfum, et s'attardait à admirer les courbures et le galbe des pétales.

Puis est venu, trop tôt, le temps de la déception !... Le rosier ne se développait pas et n'offrait à chaque printemps, qu'une ou deux roses, toujours très parfumées, il est vrai, mais trop vite flétries. Mauvaise terre, pensaient-ils tous les deux ! Effectivement c'était beaucoup d'argile. Alors ils ont fait des apports de terreau et de sable. Pourtant, d'année en année, Lily exprimait toujours vivement sa déception !...

Un jour, Chéchet a constaté qu'un laurier-tin se tenait un peu trop  proche du rosier. C'était peut-être lui qui le gênait dans son développement ... Alors l'homme a arraché le laurier-tin.

Après un long hiver, la douceur est enfin arrivé au jardin. "Abbaye de Cluny" se porte particulièrement bien, cette année. Deux magnifiques roses ont déjà déployé leur pétales et distillé leur parfum à ceux qui passaient là. Joie, émotion ! Une troisième belle, à l'abri de son bouton, se garde encore quelque temps pour se poudrer les joues et  repasser ses jupons. Quant aux autres endormies, elles ne ne vont tarder pas, à leur tour, à s'éveiller.

Le renard, ami du petit Prince, lui avait confié un secret :

"C'est le temps que tu passes pour ta rose,
qui fait ta rose importante."


Imaginez l'émerveillement de l'homme,
s'il voyait aujourd'hui la première rose !
Il ne saurait quel nom extraordinaire lui donner.
Jules Renard


Meilland (France) 1993 Origine : Hybride de thé

                           Bonne fête à toutes les mamans !