gout des pépins de pommes"Ce n'est pas un bouquin pour moi !" a d'abord déclaré Chéchet après la lecture de deux chapitres. "Il ne se passe rien. Que des histoires du passé !"
Lily, elle, a voulu persévérer. Elle a bien aimé les passages où Iris, la narratrice, retrouve la maison et le jardin de sa grand-mère, après son décès. Mais elle s'est aussi ennuyée et a abandonné une bonne semaine.

Avec la rentrée, pour la satisfaction d'aller jusqu'au bout, elle a repris le fil des souvenirs de la jeune bibliothécaire Allemande, dans ce roman plein de symbolisme. Et à la dernière page, malgré un certain contentement, elle restait sur sa faim, avec de nombreuses interrogations …

Voilà un roman qui se lit gentiment, comme on vide de vieilles armoires pour en ressortir les robes d'autrefois et les tiroirs pour en exhumer les poèmes de Grand-Père. L'ancienne demeure tout au nord du pays, son jardin empli de myosotis et de pommiers et, quelques coups de pédales plus loin, le lac aux eaux noires, exhalent chacun, page après page, leurs parfums éveilleurs de souvenirs,
 
Dans le même flot se mêlent alors passé et présent, avec les confidences du vieil instituteur et la rencontre de Max, autrefois dédaigné, dans les jeux d'adolescents. Et bientôt le récit vire au doux-amer, au fantastique ou au rocambolesque, jusqu'au tragique, approché de façon concentrique.

Le pommier, qui se joue des saisons pour refleurir ou carrément donner des pommes en juin, se révèlera le lieu de plusieurs chutes, de scènes d'amour et inévitablement de mort. Symbole du désir, de la confusion, de la perte de mémoire, et peut-être enfin de la simplicité retrouvée … Celle que l'on éprouve devant un alignement de pots de confiture,

Alors pourquoi rester sur sa faim ?

Froideur des personnages ? Mais nous sommes dans un pays nordique …

Accumulation de sentiments ? C'est vrai que parfois Lily saturait devant l'imbroglio de tous ces émois et drames féminins, de la jalousie à l'avortement, de l'abandon à tout ce qui s'ensuit et qu'il ne faut tout de même pas dévoiler.

Mais il n'y a, évidemment, pas que cela. Il faut creuser un peu. Parce que l'essence du roman ne se livre pas aisément. D'emblée, nous avions été prévenus. La narratrice, bibliothécaire à l'université de Fribourg - là où précisément Heiddeger en 1933 licenciait les professeurs juifs - a perdu le goût de lire. "La vérité est proche de l'oubli", pense-t-elle. Alors si elle reconstitue lentement ce qui a conduit aux drames de trois générations de femmes, c'est peut-être finalement pour atteindre une vérité qui la rendra libre pour le futur.

Katharina Hagena est une linguiste Allemande. Ne croyez pas que cela n'a pas d'importance. Vous vous souvenez : "Phénomène littéraire en Allemagne" …

Au final, un beau récit pittoresque, drôle et sentimental, où l'on trouve une réflexion subtile sur la maladie d'Alzheimer, la guerre, le nazisme, et qui apporte un éclairage original sur les souvenirs et la Mémoire.

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