Les oiseaux arrivent
Oui, avec un peu d’avance, les oiseaux arrivent et commencent à s’agiter pour construire ou retaper leur nid. Un vrai plaisir de les observer et de guetter le moment où leurs pépiements vont enchanter nos petits matins !
Pourtant ce ne sont pas les petits oiseaux de nos jardins et de nos villes que, dans ce billet, Lily souhaite évoquer. Au gré des appels à la liberté, ici ou là dans le monde, elle voudrait faire revivre la poésie du grand Pablo Néruda et son âme de combattant à travers un morceau du “Chant Général”, mis en musique par Mikis Théodorakis.
En 1975-76, dans une petite librairie, à Poitiers ou bien Angoulême, Lily est soudain saisie par une musique symphonique avec des chœurs, un orchestre, mais aussi de très émouvants solos, qui lui évoquent la Grèce. Elle sent une force incroyable dans ces chœurs, une conviction et une joie telles qu’elle demande rapidement à la libraire de lui indiquer le nom de l’œuvre. “Le Canto General de Pablo Néruda, mis en musique par Théodorakis !”
Néruda, le poète Chilien mort deux ans auparavant, juste après le coup d’état, songe alors Lily …
“C’est une musique contre l’oppression, continue la femme, et aujourd’hui ça me parait très important de la faire connaitre. Pour réveiller les gens, pour qu’ils dénoncent les oppressions partout où elles sévissent, sur tous les continents, mais aussi chez nous.”
Aussitôt, Lily a couru chez le disquaire le plus proche acheter le “vinyl” grand format, à la pochette rouge et noire, qu’elle a écouté de nombreuses fois, jusqu’à … ce qu’un copain lui emprunte - ce qui n’a pas tardé d’arriver ! - Et quelques semaines plus tard, elle récidivait avec l’acquisition de l’épais volume “Le chant général”. Mais, là, histoire de culture et de maturité, elle avoue qu’elle a eu plus de mal à accrocher.
Avec les évènements qui se déroulent actuellement en Tunisie, en Égypte et dans d’autres pays, elle a eu le désir de retrouver cette musique “contre les oppressions”. De la situer dans son contexte également.
Voici ce qu’en dit Théodorakis, lui-même :
“Je suis parti au Chili en 1971 sur invitation du gouvernement de Salvador Allende. A cette époque-là, je vivais en exil et j’étais président du “Front Patriotique” contre la dictature en Grèce.
Le peuple du Chili m’a fortement impressionné. De tous les peuples que je connais, le peuple chilien est le plus proche du peuple grec, par son caractère et par son tempérament, Nous nous ressemblons avec toutes nos faiblesses, mais aussi nos forces qui sont l’enthousiasme, la foi, le pathétique, la fraternité. J’ai tout de suite reconnu dans le Chili ma seconde patrie.
“Canto General” est pour moi comme un évangile de notre temps. Neruda y révèle son âme de combattant. Son œuvre saisit les événements historiques de son pays de façon immédiate. Elle est sensée aider les hommes à vaincre des temps de crise et à imposer le droit. Néruda, délibérément se met au service de la révolution des peuples pour la liberté, l’indépendance et la démocratie. Mikis Théodorakis dans Canto général - Genèse
Le «Canto General» est d’abord un grand hymne à la nature et à l’humanité. Il tente de retracer l’histoire de toute l’Amérique latine, sa flore et sa faune merveilleuses, ses peuples et ses héros, mais aussi ses tyrans et ses insurrections. Ses luttes contre les oppresseurs à la tête des fameuses “dictatures des mouches”.*
Dans ce morceau, un peu long (10m33), mais tellement beau, les oiseaux, au fil de l’évolution des espèces, apparaissent sur le continent Latino-Américain . Ce qui, à première lecture, peut sembler n’être qu’un poème descriptif, aborde en fait, une symbolique riche, forte et complexe. Rappelez-vous des paroles de Théodorakis : aider les hommes à vaincre des temps de crise et à imposer le droit.
Au pays des condors et des aigles royaux, le poète, épris de nature, magnifie les oiseaux, leur diversité et leur originalité, pour parler de la grandeur de l’homme et de son besoin de Liberté. Dans la diversité et les couleurs, pourrait-on ajouter.
Universel et très actuel !
Vienen los pájaros
Tout était vol sur notre terre :
le vénérable toucan,
le colibri, les illustres perroquets
foisonnaient dans la profondeur du feuillage.
Les aigles célestes, le condor,
nourrissaient leur sanglante progéniture.
Le fournier, le traversier, le ramier
apparaissaient en chantant
dans leurs petits théâtres sonores.
L’oiseau du sud, doux charpentier d’automne, le chingolo austral,
égrenaient les notes aigües de leur flûte.
Le flamant ouvrait les portes de sa cathédrale rosée,
le quetzal étincelait dans sa braise rouge.
Et aux confins de la mer surgissaient les ailes de l’albatros …
Un résumé originaire de ce site : “Les chants de Thau”, à visiter pour survoler l’ensemble de l’œuvre. Et ils interprètent six tableaux dans leur version originale.
* les “dictatures des mouches”: Dans l’excellent roman “Sa majesté des mouches” de William Golding (pour grands adolescents) le chef n’est autre que … une tête de cochon en décomposition ! Le “Seigneur des mouches” est aussi la traduction du nom Belzébuth.
Commentaires
Bonjour Lily,
Votre message et l’œuvre musicale que vous avez joint me vont droit au cœur.
Comme par magie je fus transporté à l’époque des grandes résolutions ; plein de fougue et d’idées folles, nous pensions naïvement pouvoir transformer le monde.
Mais, la liberté s’arrache au prix fort, elle ne s’offre pas !
… À l’image de ces oiseaux qui virevoltent sereinement dans les airs, la jeunesse peut réaliser ce rêve fou, leur rêve qui est aussi le nôtre.
… En effet, un vent pointe à l’horizon chargé d’espoir.
Merci de m’avoir rajeuni.
J’espère que les choses vont changer pour tous ces gens plein d’espoir… Abou, le guide avec lequel j’avais visité Karnak et Louxor, était instituteur et aimait beaucoup son métier, il adore la France et le français, on avait beaucoup sympathisé… Il m’a dit qu’il avait dû arrêter son métier d’instituteur pour devenir guide car son emploi ne lui permettait pas de faire vivre sa famille, il n’avait pas de voiture non plus, c’était son rêve d’en posséder une… C’est quelqu’un qui ne rechigne pourtant pas devant le travail et qui fait beaucoup d’heures… Je lui avais envoyé un livre (Le petit prince de St Ex) et de nombreuses photos de Paris, de l’obélisque et de l’arc de triomphe, diverses doc des offices du tourisme sur les lieux qu’il aurait aimé découvrir… Je me souviens qu’il aurait aimé voir le Lac de Lamartine…
Il nous avait fait découvrir des endroits que l’on ne montre pas aux touristes, là où est la vraie vie…
Oui, j’espère de tout cœur pour toutes ces adorables personnes que ça changera…
Gros bisous Lily, bon dimanche !
Comme par hasard de nouveau entre toi et moi…Hier j’ai réécouté ce disque->Bisous et carpe diem
Vivi
Dont voici les paroles de Complainte de Pablo Neruda interprétées par Jean Ferrat :
Je vais dire la légende
De celui qui s’est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au coeur de la nuit
Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l’injustice rebelle
Paris ou Santiago
Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan
Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d’Atacama
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
O mon pays de salpêtre
D’arsenic et de guano
Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l’aigle des Yankees
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays
Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Je vais aller visiter ce site, merci et bon dimanche!
Quel bonheur d’observer les petits oiseaux dans le jardin ! Moineaux, pinsons, tourterelles, mésanges et… petites souris :) viennent tour à tour manger les graines au jardin…
Plaisir des yeux…
Pour mes poèmes, j’écris les mots qui sortent de mon coeur :)
Bisous Lily, belle journée !
Hier j’ai essayé de t’envoyer un com mais impossible ! Un point en commun avec “el canto general”. Une musique qui me transporte, me ravit, me touche profondément. Deux artiste sublimes pour une œuvre intemporelle ! Dans les années 80, j’ai eu la chance d’écouter ce chant sublime, en plein air, à l’auditorium du Thor. Un souvenir indélébile ! La version que j’apprécie le plus est celle chanter par Maria Farantouri : http://www.youtube.com/watch?v=aDPi…
Sa voix est extraordinaire et envoutante.
Merci Lily de faire remonter à la surface cette bulle de bonheur.
Je t’embrasse très, très fort en espérant que ta cheville aille bien.
Bisous Lily, belle journée :)
J’espère que ta cheville va mieux et que tu profites bien de ton repos ;)
c’est magnifique..merci de nous le faire connaître !
C’est l’ombre dans le coeur qui m’a inspirée ces vers :) je vais bien.
Bisous de chez le kiné.
Tiens, chez moi aussi, les oiseaux sont arrivés…
Avec du bleu plein le coeur, en attendant le vert du printemps…
Bonne journée Lily, heureuse de te retrouver :-)