On ne dit jamais assez ...
“On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime !…” chante Louis Chedid. En ce premier dimanche de mars, fête officielle des grands-mères - à buts commerciales non dissimulés - Lily en profite pour laisser remonter quelques souvenirs encore …
Elle se souvient des soirs dans la chambre,
Le sommeil tardait un peu à venir,
Tandis que son Pépé ronflait derrière les rideaux,
La lumière brillait encore, toujours, dans la cuisine.
Mottée sous les couvertures, pour trouver la chaleur,
Elle se demandait si auprès de la lumière il y avait quelqu’un,
Quelqu’un pour l’entendre ou doucement lui parler,
Une présence au milieu du silence.
À l’affût d’un bruissement, d’une respiration,
Elle levait la tête et criait : “Mémé, qu’est-ce tu fais ?”
Mémé lisait ou parfois même écrivait,
Souvent Mémé cousait ou tricotait,
Avec son chapelet, Mémé priait,
Très tard, toujours, Mémé veillait,
Mais elle, sans raison, elle ressentait
Comme une inquiétude au fond de l’âme.

“Camp Fire” - Feu de camp - Winslow Homer - 1877
Durant quelques veillées tardives, à suivre, sa Mémé avait coupé et cousu des morceaux de tissus blanc, en secret. Aux questions, elle répondait simplement : Vous verrez !
Enfin, un dimanche ensoleillé, à l’approche du printemps, elle avait sorti de l’armoire son ouvrage, roulé dans un torchon, et, bizarrement, l’avait installé sur sa tête, tout en nouant tranquillement les cordons sous son menton.
- Ben, qu’est-ce que c’est, cette cornette de bonne sœur ?!
Alice avait ri de bon cœur …
- C’est pour me protéger du soleil quand j’irai dans les champs. Ça s’appelle une quichenotte. Les femmes en portaient autrefois en Vendée et, sur l’ile d’Oléron, celles qui travaillent dans les parcs à huitres en portent toujours.
- Une quichenotte ?
- Oui, c’est pour dire au soleil : “Ne m’embrassez pas !” Tu comprends, avec le bouton que j’ai sur le nez, le docteur m’a dit d’éviter le soleil. De la graine de cancer, je le sais, mais je suis quand même bien obligée d’aller dans les champs ! Alors je dis au soleil “Ne m’embrassez pas !” Il suffisait d’y penser.
Mais oui, n’est-ce-pas !
Plus tard, venant la saluer, le mari d’une cousine s’était exclamé avec entrain : ” Ah, la tantine, vous voulez faire fuir vos amoureux ?!
- Oh, les amoureux !… Elle riait. Ben oui, le soleil voudrait en être un, parfois. Mais moi, je n’ai pas du tout envie qu’il soit amoureux de moi ! Je lui dis : “Ne m’embrassez pas !”
- Ah, ah, Alice ! Vous êtes vraiment du pays des merveilles ! C’est pour ça que le soleil est amoureux de vous !
Sur cette toile de l’américain, Winslow Homer, peinte en 1874, la jeune fille, qui prend soin de son petit poussin malade, porte sur la tête une quichenotte toute semblable à celle que portait Mémé Alice, entre les années soixante et soixante-dix. Bien sûr, presque cent ans plus tard, l’habillement avait complètement changé !!!
“The sick chicken” - Le poussin malade - Winslow Homer - 1874
Bonne fête à toutes les Mamie, Mamounette, Mamita !…
Commentaires
Tu le sais, Lily, dès qu’on me raconte une histoire d’Alice , ça me touche en plein coeur…
En plus, il y a le soleil, la Vendée, et un joli tableau… tout ce que j’♥ !
Bonne soirée Lily !
Tout y est pour l’enchantement : un poème, des mots choisis qui roulent dans la bouche, Alice et un peintre extraordinaire ! Évidemment j’aime cette histoire qui me fait penser un peu aussi au livre que tu m’as envoyé. J’ai juste commencé et je sais déjà que je vais me régaler. Connais-tu la BD de Loisel et Tripp “Magasin Général” ? Bisous et bon weekend ! Dans un an tu seras concernée de très prés par cette fête…
Un petit coucou pour te souhaiter un bon dimanche Lily !
Je passerai un peu plus tard pour lire tes deux publications, doucement, tranquillement…
Bisous !
et une double fête pour Maminou !
Ah, Lily, ton histoire est d’une tendresse infini, comme d’habitude… Je ne connais pas cette quichenotte, enfin je ne connaissais pas, mais a me fait délicieusement penser à pichenette, comme si par sa coiffe Mémé avait mit une chiquenaude sur le nez du soleil pour qu’il arrête de l’embêter !
L’esprit est étrange, n’est-ce pas ?
Bisous, bonne fin de journée
Trop mignons tes souvenirs! Moi aussi j’ai pensé à pichenette c’est dingue! Savais-tu que l’origine du terme reste aujourd’hui encore indéterminée. Dans son Dictionnaire des régionalismes de l’Ouest, Pierre Rézeau y voit un dérivé du mot « quichon » qui désignait autrefois des petites meules de foin établies par les femmes travaillant aux champs. Par extension, la coiffe qui leur servait à se protéger du soleil aurait été baptisée « quichenotte »
Mais je préfère la définition de cette belle Alice. Bisous et bon dimanche a tutti Carpe diem Vivi
Bonjour Lily,
… Une histoire attendrissante qui nous fait regretter le temps de jadis.
Notre enfance était-elle vraiment aussi belle où est-ce plutôt nous qui l’embellissons ?
Les moments heureux ressurgissent plus facilement que les plus tristes car, eux, sont enfouis au tréfonds de notre mémoire.
Un jour, ma fille, parcourant mon blog, m’a fait le reproche de vivre trop sur le passé.
On s’y réfugie pour fuir la réalité du présent, lui répondis-je !
Qu’elle est belle cette histoire de quichenotte qui te permet de faire une pichnette au passé .!!
Celui-ci reste bien vivant grâce à des fées comme toi qui nous font passer le temps en arrière …
J’adore ..:-)
Mes mémés à moi sont très loin dans ma mémoire mais toujours si proches dans mon cœur.
Bisous Lily
Toute la nostalgie tendre de mémé et son histoire inoubliable … Tu la couds à la veillée sur une motte d’amour … Un bonheur à lire … et les belles illustrations …
J’aime beaucoup la vision qui se dessine, Alice, Lily
“mottée sous les couvertures” je me suis si souvent, longtemps et encore mottée sous les couvertures …
Bisous par rang qu’une niée, quand même (quand tu m’aimerais … ) ! sourire
Merci pour ces petits moments tendres, Lily, de l’histoire aux illustrations, un vrai bonheur :)
Mais oui je lis (un peu) en toi et j’aime bien qu’on se chatouille ! ;) mais tu n’es pas une femme si transparente … :) je te cherche encore tu vois ! :)
Je te répondrai car tu m’as éblouie … merci du cœur Lily …
J’attends que mon amie Sophie à qui j’ai dédié ce billet passe, et je vous répondrai …
faut que j’aille au dodo nowhttp://www.ousmanesow.com/mac/index…
Je l’aime beaucoup aussi … Il me parle quand je regarde ses oeuvres … humaines étranges belles
Là j’ai pu la voir de près …
Une belle histoire comme tu sais si bien les raconter :)
Merci Lily !
Gros bisous et belle journée !
Reprise aujourd’hui ???
merci de partager avec nous tes souvenirs … Elle est très sympathique ta grand-mère, on regrette de ne pas l’avoir connu mais tu as su nous la rendre vivante
Joli texte et un mot nouveau pour moi ;-)
Le tableau est très beau je vais chercher plus avant les tableaux de ce Winslow Homer !
Bonne soirée Lily :-)