Elle se souvient des soirs dans la chambre,
Le sommeil tardait un peu à venir,
Tandis que son Pépé ronflait derrière les rideaux,
La lumière brillait encore, toujours, dans la cuisine.
Mottée sous les couvertures, pour trouver la chaleur,
Elle se demandait si auprès de la lumière il y avait quelqu’un,
Quelqu’un pour l’entendre ou doucement lui parler,
Une présence au milieu du silence.
À l’affût d’un bruissement, d’une respiration,
Elle levait la tête et criait : “Mémé, qu’est-ce tu fais ?”
Mémé lisait ou parfois même écrivait,
Souvent Mémé cousait ou tricotait,
Avec son chapelet, Mémé priait,
Très tard, toujours, Mémé veillait,
Mais elle, sans raison, elle ressentait
Comme une inquiétude au fond de l’âme.

Feu-de-camp-Winslow-Homer

“Camp Fire” - Feu de camp - Winslow Homer - 1877

Durant quelques veillées tardives, à suivre, sa Mémé avait coupé et cousu des morceaux de tissus blanc, en secret. Aux questions, elle répondait simplement : Vous verrez !

Enfin, un dimanche ensoleillé, à l’approche du printemps, elle avait sorti de l’armoire son ouvrage, roulé dans un torchon, et, bizarrement, l’avait installé sur sa tête, tout en nouant tranquillement les cordons sous son menton.

- Ben, qu’est-ce que c’est, cette cornette de bonne sœur ?!

Alice avait ri de bon cœur …

- C’est pour me protéger du soleil quand j’irai dans les champs. Ça s’appelle une quichenotte. Les femmes en portaient autrefois en Vendée et, sur l’ile d’Oléron, celles qui travaillent dans les parcs à huitres en portent toujours.

- Une quichenotte ?

- Oui, c’est pour dire au soleil : “Ne m’embrassez pas !” Tu comprends, avec le bouton que j’ai sur le nez, le docteur m’a dit d’éviter le soleil. De la graine de cancer, je le sais, mais je suis quand même bien obligée d’aller dans les champs ! Alors je dis au soleil “Ne m’embrassez pas !” Il suffisait d’y penser.

Mais oui, n’est-ce-pas !

Plus tard, venant la saluer, le mari d’une cousine s’était exclamé avec entrain : ” Ah, la tantine, vous voulez faire fuir vos amoureux ?!

- Oh, les amoureux !… Elle riait. Ben oui, le soleil voudrait en être un, parfois. Mais moi, je n’ai pas du tout envie qu’il soit amoureux de moi ! Je lui dis : “Ne m’embrassez pas !”

- Ah, ah, Alice ! Vous êtes vraiment du pays des merveilles ! C’est pour ça que le soleil est amoureux de vous !

soleil

Sur cette toile de l’américain, Winslow Homer, peinte en 1874, la jeune fille, qui prend soin de son petit poussin malade, porte sur la tête une quichenotte toute semblable à celle que portait Mémé Alice, entre les années soixante et soixante-dix. Bien sûr, presque cent ans plus tard, l’habillement avait complètement changé !!!

The sik-chiken

“The sick chicken” - Le poussin malade - Winslow Homer - 1874

Bonne fête à toutes les Mamie, Mamounette, Mamita !…