Un malicieux canard
- Mémé ?
- Quoi encore ! Tu vois pas qu’y a encore tout à faire et pis qu’l’heure tourne sans arrêt !
Alice, elle tenait toutes ses histoires de Charles Bruneau, qui les racontait en venant jouer aux cartes, quand, y avait bien longtemps, il était “un p’tit” (un peu) amoureux d’elle. Il disait que celle qu’elle allait raconter - vite fait, là, parce qu’il y avait de l’ouvrage en retard - elle s’était passée dans le temps où les choses interdites pouvaient encore se faire, à condition d’avoir un p’tit de malice. Bon, des choses qui portaient pas trop à conséquence, tout de même …
La saison de la chasse au canard était terminée, comme maintenant, début mars. Les jours allaient tout doucement vers le printemps. Mais un homme qui ne savait pas trop bien comment s’occuper le dimanche matin, qu’aimait aussi le bon goût du gibier d’eau et qui, en plus, n’avait grand-chose à s’mettre sous le palais, avait décidé de s’y rendre tout de même.
Au bout d’un couple d’heures à limacer, pis à nigeasser à travers les chemins et les prés mouillés, il aperçoit enfin, par bonheur, un canard, le vise et le voit tomber, raide mort, dans quelques herbes hautes.
Tout content de pas être bredouille, il court le chercher, s’assoit à couté d’un étang, le trempe dans l’eau et benaise commence à le plumer, tout chaud. (Bon, mon histoire est un peu bancale, mais elle est d’même !…)
Et plume que j’te plume,
Les plumes volent au vent, Mignonne …
Et plume que j’te plume,
O faisait un p’tit tas devant lui.
Tout à coup, il entend des pas …
Zou ! De peur de se faire arrêter, le garroche le canard dans l’eau. Il le jette, quoi.
Et siffle que j’te siffle,
comme si de rien n’était …
Le garde-chasse se plante à côté de lui et, d’une voix qu’il essaie de rendre un p’tit aimable, le dit :
- Bonjour monsieur !
- B’jour, fait beau à c’teur ! répond le paysan, d’un air détaché.
- Mon brave monsieur, je dois vous arrêter !
- Ah, voila-t-y pas ! Et pourquoi donc ?
- La saison de la chasse au canard est terminée, depuis maintenant belle lurette !
- Mêêh, je ne chassais pas, Môssieur le garde-champêtre ! Je profitais, juste.
- Ah non ! Vous ne chassiez pas !! Et c’est quoi ce petit tas de plumes à vos pieds ?
- Ça ?!… Olé un canard qu’est parti se baigner et qui, bien aimablement, m’a demandé de garder ses vêtements !
Commentaires
Bonjour Lily,
… Dire qu’auparavant on croyait à tout !
Un canard qui se déshabille pour faire trempette, fallait y penser ! Mais on ne la faisait pas au garde-chasse.
… L’histoire ne dit pas qui est le plus futé d’entre eux.
C’est trop mignon! Tu vas bien poussin? euh! Mon canard???? hihihi!!! J’ai vu ton rêve! C’est quoi?
Bisous de tout coeur et carpe diem Vivi
Ah j’adore la chute ! Quand je lis les mots “limacer” “benaise” des bulles d’enfance, remontent à la surface grâce à ta manière d’écrire tout à fait juste et précise ! Lily tu es une magicienne des mots… Comment arrives-tu à garder et à restituer tous ces souvenirs ? Une belle qualité que tu possèdes !
Je file vite au lit car demain je dois être opérationnelle pour une réunion importante sur l’extérieur.
Bisous et douce nuit
Moi aussi, j’adore la chute..En voilà un qui ne sera jamais pris en défaut
Ah, que c’est bon de te lire ! J’adore la chute, bien sur, mais aussi tout avant, la langue et les images qu’elle répercute !!
Bises
J’aime bien cette histoire aux sonorités bien de chez vous -et qui m’en rappelle d’autres.
J’aime aussi les canards et leur vol rectiligne dans le ciel froid de mars.
L’appel du Printemps pour un poète qui ne le savait pas … un régal de coquin ..:-))
Une histoire comme je les aime
Merci Lily pour ce joli moment
J’ai longtemps cru que la tortue sortait de sa carapace comme dans les dessins animés :D J’adore l’idée du canard qui se déshabille :D
(tu dois avoir oublié un mot… au début… un p’tit “peu” certainement ;)
Bisous Lily, bon lundi !
C’est trop mignon, j’adore ces histoires de terroir,
bisous, à bientôt,