Depuis St Ex et son Petit Prince, le blé lorsqu'il est enfin doré n'est pas sans nous évoquer la douceur de l'apprivoisement. Mais combien d'autres symboles dorment dans nos mémoires, prêts à être réveillés par la caresse du vent ou du soleil !?…

En voici un particulièrement cher à Lily. Si vous lui demandez pourquoi, elle vous répondra qu'il y a déjà moults années, dans un groupe, une femme a conté l'histoire du mendiant et du roi de Tagore. Qu'elle la voit et qu'elle l'entend encore, comme un trésor enfoui au fond de sa poche. Alors, elle vous l'offre aujourd'hui :

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"J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d’or apparut au loin […]

Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et  dis : « Qu’as-tu à me donner ? » 
Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.
Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : «Que n’ai-je eu le cœur de te donner mon tout !"

Rabindranath Tagore (1861 - 1941)

Poème n°50, extrait de « L’offrande lyrique » (p 80 ) Éd. Gallimard

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