Pour Lily, c’est une histoire qui débute, autour de ses vingt ans, par un manque. En cours d’histoire à l’École Normale, la prof leur avait parlé des chapiteaux et de leurs décors. ” Vous avez déjà vu ça en cinquième” avait-elle ajouté pour tenter de rafraîchir quelques souvenirs. Or Lily, à l’hôpital avec sa jambe dans le plâtre, à ce moment-là, n’avait rien vu ! (Difficile d’écouter et de se créer une image lorsqu’on se trouve face au manque …) Évoquant avec une certaine passion l’acanthe, la prof avait poursuivi : “C’est une belle plante, plutôt méditerranéenne, qu’on ne voit pas beaucoup chez nous, mais lorsqu’on descend vers le sud, on en rencontre parfois. La fleur est assez particulière, unique en son genre, mais c’est la feuille joliment décorée qui a inspiré les tailleurs de pierre.”

Bien des années plus tard, en visite à l’abbaye de Moissac, la guide évoqua les fameuses feuilles chères aux artistes du Moyen Age. “D’ailleurs, vous pouvez en voir un pied à l’intérieur du cloître”, avait-elle précisé. Lily a cherché mais, était-ce parce que c’était au mois d’août et que la plante était défleurie, elle n’a rien trouvé.

De ce fait, elle promenait une petite tristesse qui se réveillait lors des visites de monuments avec des chapiteaux. “C’est bête, songeait-elle, je n’ai jamais vu de feuilles d’acanthe !”

Il y a un an et demi, une blogueuse qui venait d’acheter une maison, mit une photo de plante sur son blog en demandant : “Qui peut me dire ce que c’est ?

- De belles feuilles d’acanthe, lui avait répondu Robinson, un blogueur ami. Tu as de la chance !”

Lily était heureuse de pouvoir enfin découvrir ce “trésor” !

Par la suite, à l’automne, puis au printemps, elle a eu l’occasion de voir directement des feuilles de cette curieuse plante, dans la ville et dans un jardin particulier. Clic-clac! Quelques photos en attendant la floraison.

Il y a environ un mois, Lily se promenait à dix pas de chez elle, lorsque dans un massif au bord de la route, elle est tombée en arrêt devant une plante spectaculaire, une plante étonnante de par sa majestueuse hampe fleurie et ses grandes feuilles brillantes, découpées, dentées et même épineuses. “Quelle plante étonnante, se disait-elle ! Et ses fleurs blanches légèrement rosées, groupées en épi et engoncées sous de belles “coques” d’un vieux rose soutenu ! Jamais vu une telle curiosité !”

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Chez elle, vite, elle feuillette son gros livre des plantes … Ne trouve pas, jusqu’à ce qu’elle s’arrête à la première : l’acanthe !

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Rôhh, une acanthe ! Tout près de sa maison ! Incroyable !… Et pourquoi, alors qu’elle semble déjà bien développée, ne l’avait-elle jamais remarquée ? Mystère du regard au bon moment et de l’ouverture d’esprit …

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Acanthus mollis

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Elle a cherché le symbolisme sur Internet et découvert qu’en plus de l’élégance de ces feuilles souvent invoquée, le sens profond dériverait essentiellement des piquants de cette plante. Ah, ah ! Intéressant !

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“Selon une légende rapportée par Vitruve, le sculpteur Callimaque, à la fin du Ve siècle avant J.C., se serait inspiré, pour orner un chapiteau, d’un bouquet de feuilles d’acanthe surplombant le tombeau d’une jeune fille. On peut retenir de cette légende, qu’à l’origine, tout au moins, l’acanthe était surtout utilisée dans l’architecture funéraire pour indiquer que les épreuves de la vie et de la mort symbolisées par les piquants de la plante, étaient victorieusement surmontées.

Elle orne les chapiteaux corinthiens, les chars funéraires, les vêtements des grands hommes, parce que les architectes, les défunts, les héros ont triomphé des difficultés de leur tâche.(…) L’épreuve surmontée s’est transformée en gloire.”

source : Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant. Trouvé sur : Le guichet du savoir. (Il suffit de cliquer pour admirer un chapiteau de feuilles d’acanthe de l’abbaye de Moissac.)

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Quelle bouillée incroyable !