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"Jeune fille Italienne à la fontaine" 1857

Voici l’œuvre retenue pour l'affiche, celle que les Angevins ont pu voir tout l'été. Ce n'est peut-être pas la plus significative de Bodinier, mais elle est belle et forte. Avec sa main frêle posée sur le cruchon, son mélange de dureté et de retenue dans le regard. Avec sa fierté triste et la douceur de son paysage.

"C'est une dame ancienne" a dit un lutin. "C'est plutôt une grande fille" a remarqué un autre. "Elle a un drôle de tissus sur la tête !"

Elle va chercher de l'eau au puits. Elle est un peu triste, peut-être parce que la cruche qu'elle va poser sur sa tête est lourde et qu'elle est fatiguée …

Guillaume Bodinier, né juste après la révolution, dans une famille aisée, était promis par son père a une brillante carrière. Mais alors qu'il poursuivait ses études, son tempérament l'incitait plutôt à "folâtrer" dans la marge de ses cahiers. Il démarra donc le dessin sous la conduite de Pierre-Narcisse Guérin. A l'époque les sujets prisés par la critique et le public restaient d'origine mythologique ou religieuse. Le jeune Guillaume fut recalé deux fois au Prix de Rome, un concours qui aurait pu lui donner droit à une bourse d'étude de cinq ans en Italie, patrie par excellence de l'art académique. Pourtant son professeur, Monsieur Guérin, cru en son talent, car nommé dans la "Ville éternelle", il lui offrit ce voyage ! Une véritable aubaine !

Dans la campagne Napolitaine et à Rome, le jeune peintre se plût à observer les jeux mouvants de la lumière sur les paysages, les pierres, mais aussi la complexité des vêtements et des coiffures des paysannes, le pittoresque des scènes villageoises, souvent autour du puits, avec la rencontre de bergers, de pèlerins, de musiciens. Mais on lui doit aussi une remarquable "Demande en mariage" et un "Contrat de mariage" pour lesquels il obtint un prix.

Son dessin précis, minutieux, raffiné, n'étant pas d'abord voué à la vente, mais à parfaire son art, Bodinier entamait beaucoup de croquis qu'il conservait dans des cartons pour les retravailler et les réutiliser au moment opportun, parfois même en les collant. Son amitié pour Corot, Ingres, Stendhal, nourrissait bien évidemment son œuvre,  la renforçant d'une touche délicate et poétique.

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Vue de Subbiaco 1830

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"Paysanne de Frascati au confessionnal" -1831- Beauté d'autant plus troublante qu'elle n'est suggérée que par les nombreux plis de la robe.

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"Étude pour têtes de femmes"

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"Femmes à la fontaine écoutant une vieille." Des regards attentifs, des mains qui parlent et des cruches on ne peut plus sensuelles.

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"Rencontre de pèlerins à la fontaine." On sent la force du groupe, chacun agissant ou devisant tranquillement à sa place.

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"Femmes et musiciens". Celle à genoux sur la droite est restée dix ans sous forme d'esquisse dans un carton ! De près, elle est magnifique !

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"Contrat de mariage en Italie", Musée du Louvre. Détail. Notez l'humour qui éclaire le visage de la servante … N'est-ce pas Masyl !

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"La mort du brigand". On remarque que à l'ultime instant, l'homme cherche à racheter son âme en fixant une statue de la Madone dont on devine la présence nichée dans la pierre du monument.

Durant vingt-cinq ans, de nombreux allers et retours entre l'Italie et la France permirent à ce peintre talentueux d'exposer à Paris et de jouir d'une jolie réputation.

Mais dans la seconde moitié du XIXe les mentalités du public fréquentant les galeries évoluèrent. Malgré quelques tableaux à tendance impressionniste au début de sa carrière, Bodinier éprouva de la difficulté à renouveler son art à dominante romantique.

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Vue de la côte près de Capri, 1824

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Jeune garçon sur la plage de Terracina -1825-

Quel charme ! Quelle grâce dans ce corps pourtant à peine esquissé ! C'était au début de sa carrière …

À partir de 1848, un certain nombre de ses tableaux aux décors ou aux personnages extrêmement fignolés restèrent irrémédiablement inachevés. Liberté de sa part ou alors résultat d'une rigidité intérieure qui empêche l'être de se déployer dans la durée ? Dans tous les cas, nous ne pouvons qu'exprimer notre frustration : Dommage !

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De retour définitif à Angers, l'homme choisit de se consacrer à la vie publique de la cité en administrant le musée des Beaux-Arts, tout en s'aménageant une superbe villa avec jardin à l'italienne sur la promenade du "Bout du monde" et en réalisant à ses "heures perdues" les portraits de quelques notables et amis.

Après sa mort en 1872, Flore Bodinier, sa seconde épouse, fit don à la ville d'Angers d'environ deux cents études, d'une trentaine de tableaux et de bon nombre de ses croquis. Tout récemment, la restauration des tableaux vient d'avoir lieu selon la règle des trois "Té" : lisibilité par le public, stabilité des produits dans le temps et réversibilité, si le goût des générations futures l'exigeait. Cette rétrospective venait donc à point nommé pour rendre hommage à l'enfant du pays qui après avoir fait un beau voyage … a su nous en transmettre la joie de ses découvertes et de ses rencontres.