Un petit air d'Italie
À travers une très belle rétrospective au musée des Beaux-Arts d'Angers. Elle retrace l'itinéraire d'un peintre Angevin méconnu qui vécut de 1795 à 1872 entre la France et l'Italie. Un homme doué pour peindre la nature et les scènes de genre comme il les voyait, avec précision et néanmoins beaucoup de sensibilité. II ne reste maintenant plus que deux jours pour admirer les toiles de Guillaume Bodinier, restaurées et très judicieusement mises en valeur sur des cimaises rouges et mauves. Lily, séduite, vous en propose une visite virtuelle …
"Jeune fille Italienne à la fontaine" 1857
Voici l’œuvre retenue pour l'affiche, celle que les Angevins ont pu voir tout l'été. Ce n'est peut-être pas la plus significative de Bodinier, mais elle est belle et forte. Avec sa main frêle posée sur le cruchon, son mélange de dureté et de retenue dans le regard. Avec sa fierté triste et la douceur de son paysage.
"C'est une dame ancienne" a dit un lutin. "C'est plutôt une grande fille" a remarqué un autre. "Elle a un drôle de tissus sur la tête !"
Elle va chercher de l'eau au puits. Elle est un peu triste, peut-être parce que la cruche qu'elle va poser sur sa tête est lourde et qu'elle est fatiguée …
Guillaume Bodinier, né juste après la révolution, dans une famille aisée, était promis par son père a une brillante carrière. Mais alors qu'il poursuivait ses études, son tempérament l'incitait plutôt à "folâtrer" dans la marge de ses cahiers. Il démarra donc le dessin sous la conduite de Pierre-Narcisse Guérin. A l'époque les sujets prisés par la critique et le public restaient d'origine mythologique ou religieuse. Le jeune Guillaume fut recalé deux fois au Prix de Rome, un concours qui aurait pu lui donner droit à une bourse d'étude de cinq ans en Italie, patrie par excellence de l'art académique. Pourtant son professeur, Monsieur Guérin, cru en son talent, car nommé dans la "Ville éternelle", il lui offrit ce voyage ! Une véritable aubaine !
Dans la campagne Napolitaine et à Rome, le jeune peintre se plût à observer les jeux mouvants de la lumière sur les paysages, les pierres, mais aussi la complexité des vêtements et des coiffures des paysannes, le pittoresque des scènes villageoises, souvent autour du puits, avec la rencontre de bergers, de pèlerins, de musiciens. Mais on lui doit aussi une remarquable "Demande en mariage" et un "Contrat de mariage" pour lesquels il obtint un prix.
Son dessin précis, minutieux, raffiné, n'étant pas d'abord voué à la vente, mais à parfaire son art, Bodinier entamait beaucoup de croquis qu'il conservait dans des cartons pour les retravailler et les réutiliser au moment opportun, parfois même en les collant. Son amitié pour Corot, Ingres, Stendhal, nourrissait bien évidemment son œuvre, la renforçant d'une touche délicate et poétique.
Vue de Subbiaco 1830
"Paysanne de Frascati au confessionnal" -1831- Beauté d'autant plus troublante qu'elle n'est suggérée que par les nombreux plis de la robe.
"Étude pour têtes de femmes"
"Femmes à la fontaine écoutant une vieille." Des regards attentifs, des mains qui parlent et des cruches on ne peut plus sensuelles.
"Rencontre de pèlerins à la fontaine." On sent la force du groupe, chacun agissant ou devisant tranquillement à sa place.
"Femmes et musiciens". Celle à genoux sur la droite est restée dix ans sous forme d'esquisse dans un carton ! De près, elle est magnifique !
"Contrat de mariage en Italie", Musée du Louvre. Détail. Notez l'humour qui éclaire le visage de la servante … N'est-ce pas Masyl !
"La mort du brigand". On remarque que à l'ultime instant, l'homme cherche à racheter son âme en fixant une statue de la Madone dont on devine la présence nichée dans la pierre du monument.
Durant vingt-cinq ans, de nombreux allers et retours entre l'Italie et la France permirent à ce peintre talentueux d'exposer à Paris et de jouir d'une jolie réputation.
Mais dans la seconde moitié du XIXe les mentalités du public fréquentant les galeries évoluèrent. Malgré quelques tableaux à tendance impressionniste au début de sa carrière, Bodinier éprouva de la difficulté à renouveler son art à dominante romantique.
Vue de la côte près de Capri, 1824
Jeune garçon sur la plage de Terracina -1825-
Quel charme ! Quelle grâce dans ce corps pourtant à peine esquissé ! C'était au début de sa carrière …
À partir de 1848, un certain nombre de ses tableaux aux décors ou aux personnages extrêmement fignolés restèrent irrémédiablement inachevés. Liberté de sa part ou alors résultat d'une rigidité intérieure qui empêche l'être de se déployer dans la durée ? Dans tous les cas, nous ne pouvons qu'exprimer notre frustration : Dommage !
De retour définitif à Angers, l'homme choisit de se consacrer à la vie publique de la cité en administrant le musée des Beaux-Arts, tout en s'aménageant une superbe villa avec jardin à l'italienne sur la promenade du "Bout du monde" et en réalisant à ses "heures perdues" les portraits de quelques notables et amis.
Après sa mort en 1872, Flore Bodinier, sa seconde épouse, fit don à la ville d'Angers d'environ deux cents études, d'une trentaine de tableaux et de bon nombre de ses croquis. Tout récemment, la restauration des tableaux vient d'avoir lieu selon la règle des trois "Té" : lisibilité par le public, stabilité des produits dans le temps et réversibilité, si le goût des générations futures l'exigeait. Cette rétrospective venait donc à point nommé pour rendre hommage à l'enfant du pays qui après avoir fait un beau voyage … a su nous en transmettre la joie de ses découvertes et de ses rencontres.
Commentaires
Merci pour cette belle, longue et bien documentée visite virtuelle ! J’ai appris plein de choses, mais j’avoue, ce que je préfère, ce sont les commentaires de tes petits lutins !!
Bonne journée !
Bisous
Merci de nous faire connaître ce peintre que je ne connaissais pas du tout…Ce que tu nous montres est très alléchant
Bonsoir LILY…
Quel plaisir de retrouver le chemin des billets et commentaires !!!
Ton reportage peintures est magnifique et instructif et pratique pour les personnages qui n’ont pas de musée à proximité…
Merci à toi…douce soirée et beau week-end, Michèle
Bonsoir Lily,
Je te remercie de ta visite et de ton gentil commentaire que j’apprécie d’autant plus après la lecture de ton magnifique billet sur Guillaume Bodinier!
Je suis ravie de découvrir ton blog, tu es toujours la bienvenue chez moi.
Très belle soirée et à bientôt
Quelle merveilleuse découverte Lily ! Merci …
Je m’attarde encore sur les détails … des profils, des robes, les couleurs, les expressions si parlantes et fines, quel peintre !!! je ne le connaissais pas hélas, que la culture est riche et la peinture miraculeuse …
La paysanne de dos, au confessionnal, me laisse sans voix …
Pensées d’home et Nicole, la voix des anges résonne en chœur … même le dimanche …
Je découvre ce peintre et j’apprécie.
Bon dimanche Lily.
Bonjour Lily,
… Une rentrée discrète, peu scolastique en apparence, mais fort instructive.
… On distingue ici la touche particulière de Lily, la maîtresse de toujours, celle qu’on aime bien, nous les lutins.
… Des leçons comme ça, on en veut tous les jours !
Cette rentrée me rappelle étrangement mon distingué directeur de collège, professeur d’Italien et Musique à ces heures de vacation : un certain Palumbo, français d’origine italienne.
Bonsoir LILY…
Il se passe quelque chose d’étrange…
Hier j’ai mis un commentaire sur ce beau reportage qui nous emmène en voyage à loisir et aujourd’hui je ne le vois pas…
??? je suis perplexe !!!
Cela n’empêche pas de te souhaiter une douce soirée, bisous, Michèle
OUPS !!!!! là je comprend plus …mais bon tout semble rentré dans l’ordre…
Big- bisou…
Merci pour cette visite guidée ! J’avais repéré l’affiche et lu un article à propos de cette expo… malheureusement, Angers est un peu loin pour faire un saut. Et grâce à toi, j’ai pu en avoir un aperçu. Merci !
Que de souvenirs en regardant cette expo virtuelle ! La fillette me touche beaucoup avec son regard qui en dit long et son air si triste… Et ce regard de la servante ;) Bodinier est “tombé” à la mauvaise période. Le romantisme s’achevait pour laisser place à de nombreuses expériences loin de l’académisme. Dommage car ce peintre avait beaucoup de talent ! Une expo vraiment magnifique avec ton talent de narratrice qui met ce peintre si bien en valeur !
Après quelques jours hyper occupés dans l’amour, le partage, les grandes vadrouilles à deux dans notre belle Viadène ET les diverses occupations de septembre !!!
Un petit bonjour par chez l’amie LILY…histoire de ne pas perdre le fil! et pour lui souhaiter un agréable dimanche…amicalement, michèle