la-couleur-des-sentimentsJackson - Mississipi, 1962.

Nous voici plongés, un demi-siècle en arrière, dans une ville du Sud, à l’intérieur de quatre familles blanches qu’un lien d’amitié - ou d’inimitié - rapproche.
Curieusement, ce sont les bonnes noires qui racontent le quotidien : les enfants, la cuisine, le ménage, les parties de bridge, les ventes de charité “au profit des petits Africains” et autres aventures pour le moins surprenantes et cocasses.

Elles en ont à conter, ces “négresses” ! Du bonheur et des humiliations, de la bêtise et de l’affection, de la méchanceté et du courage, de la truculence et de la révolte, de l’amitié et beaucoup d’injustice ! Mais qui donc a pu ainsi leur donner la parole ?! Une jeune bourgeoise blanche, assurément, différente des autres qui ne conversent que de robes et de mondanités diverses.

Skeeter, marquée par l’affection inébranlable de Constantine, au service de sa famille depuis plus de vingt ans et mystérieusement disparue alors que la jeune fille se trouvait à la fac, a décidé, pour sa part, de faire “changer les choses”. De lutter contre les lois raciales - officiellement abrogées - qui sévissent encore dans les États du Sud et de donner la parole aux bonnes noires, tout en concrétisant ses espoirs d’écrivain. Aux risques et périls de chacune !

Concernant le film de Tate Taylor, certains ont parlé de caricature et de bons sentiments. Peut-être, mais c’est très réducteur et avouons que les blancs - hum !… - ont souvent fait fort pour ridiculiser les autres races. Quant au livre (525 pages) de Kathryn Stockett, qui a elle-même vécu à Jackson, il est extrêmement passionnant, agréable à lire, sans être trop manichéen. On y découvre au quotidien la nature humaine. Par exemple que les bonnes portaient, en toute circonstance et même sous la canicule, des bas épais afin que leurs patronnes ne soient pas indisposées par la vue de leurs jambes “si noires”. Que les blanches s’imaginaient que les “nègres” pouvaient transmettre, via les cabinets de toilettes, des maladies dont ils auraient été eux-mêmes immunisés grâce à leur pigmentation. Etc.

On est parfois sidérés, révoltés, mais on rit beaucoup, on s’attendrit et on prend une formidable leçon de vie auprès de ces femmes, pétries par leur destin, dynamisées par le projet de Skeeter et tellement attachantes. Bien sûr, elles ont lu le très touchant et fondateur “Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur” d’Harper Lee, dont l’action se passe en Alabama et parfois l’une d’entre elles raconte et fait jouer aux enfants des blancs l’histoire d’un pasteur tout vert, renommé pour l’occasion “Martien Luther King”…

La dernière page avalée, il reste à voir “Mississipi burning”, nettement plus dur, ou à plonger dans “Black boy” de Richard Wright. Pour approfondir ! Et pour ne pas se bercer d’illusions sur la situation au XXIe siècle …

“Le Mississippi reste un des États les plus pauvres et les plus agricoles des États-Unis. Malgré l’obtention des droits civiques pour les Afro-américains, le communautarisme existe bien de facto.” Source Wikipédia

“La couleur des sentiments” de Kathryn Stokett, 2010, Éditions Actes sud, traduction française de Pierre Girard. (Titre original “The help”, L’aide et le soutien … Rien à voir avec l’aide personnalisée à l’école ! Ha, ha !…)