Un parc magnifique !
"Je me suis détourné de ceux-là qui songent comme une eau croupie et j'ai longtemps écouté cette voix."
"Oui, l'azur est vertigineux, mais l'homme est plus vertigineux. Et l'homme qui pense à l'homme !"
Norge "Le vin profond" Flammarion p.68 et 107
Une belle introduction pour l'histoire qui vient …
Deux hommes gravement malades occupaient la même chambre d’hôpital. L’un d’eux, afin de mieux drainer le liquide de ses poumons, pouvait chaque après midi s’asseoir une heure sur son lit, par chance situé à côté de la fenêtre. L’autre homme passait tout son temps allongé sur le dos.
Dès les premiers jours, tous les deux avaient bavardé de télévision d'abord, puis de leurs emplois respectifs, de leur famille, de leur quartier, des endroits où ils avaient voyagé … Les sujets ne manquaient pas.
Chaque après midi, quand l’homme près de la fenêtre pouvait s'asseoir, il passait son temps à décrire à son nouveau compagnon tout ce qu’il voyait à l’extérieur. L’autre appréciait; durant une heure son monde s’élargissait et il se sentait revivre.
La fenêtre donnait sur un magnifique parc avec plan d'eau. Des canards et des cygnes s'y ébrouaient, glissaient majestueusement à la surface tandis qu'un héron immobile, s'envolait parfois dans un large mouvement d'ailes et plongeait pour rapporter sa nourriture.
Des amoureux de tous âges s'enlaçaient et déambulaient parmi les allées fleuries, caressant du regard des statues patinées par le temps et des bronzes du siècle dernier; des parents gesticulaient et riaient avec leurs jeunes enfants, des merles se couraient après et se querellaient. Un peu plus loin, bien découpé sur le ciel. on pouvait distinguer la silhouette de divers monuments historiques …
Comme l’homme près de la fenêtre décrivait tout cela avec force détails tendres ou amusants, l’autre, allongé, fermait les yeux et sur la musique des mots, imaginait la scène.
Des jours, des semaines et des mois passèrent …
Un matin, l’infirmière apportant le chariot pour les soins trouva sans vie l’homme qui se trouvait près de la fenêtre. Il était mort paisiblement pendant son sommeil. Elle fut attristée et appela quelques personnes pour emporter le corps. L’autre homme fut également dans la peine, car il venait de perdre un ami. Quelques temps plus tard, il demanda à être déplacé près de la fenêtre. L’infirmière accepta et, après s’être assuré qu’il était confortablement installé, le laissa seul.
Lentement, péniblement, l'homme s’accouda afin de lancer un premier regard sur l’extérieur. Sa surprise fut immense !…
Perplexe, il demanda à l’infirmière ce qui pouvait avoir amené son ancien compagnon de chambre à lui décrire des choses si merveilleuses au dehors ?
- C'était un aveugle, répondit-elle ! Il ne voyait donc pas le mur blanc face à la fenêtre, mais il avait beaucoup d'imagination, ce qui le rendait sympathique et chaleureux. Peut-être voulait-il simplement apporter un peu de bonheur autour de lui …
Texte d'origine inconnue, réécrit par Lily pour La soupe au caillou.
Commentaires
Quand une personne a la bonté et la beauté dans le coeur et veut les partager, quel bonheur donné.
Un moment précieux en lisant ces lignes. MERCI
J’étais tentée pour aller voir le village DOGON à la foire, mais je me demande si un bus mène au Centre des Congrès.
merci pour ces belles lignes.
bien amicalement
Oh la la Lily, ce n’est pas le moment de me parler d’hôpital…J’envierais presque le destin de l’aveugle…mais surtout je suis triste pour l’ami qui reste avec toute la frustration qu’il aura de ne plus pouvoir même rêver du jardin paradisiaque.
A présent que j’ai des précautions à prendre à vie pour éviter un lymphoedème du bras, je comprends mieux comment les personnes handicapées parviennent à trouver des moyens de compenser leurs handicaps.
Je garde les yeux ouverts, je sais apprécier mon petit jardin et les petits bonheurs que la vie m’offre.
Bonne journée Lily, je t’embrasse.
Bonjour Lily,
… Zéphyr a eu connaissance de ce texte, il a relu avec un réel plaisir.
Souvent les handicapés nous étonnent par leur force de caractère.
Leur sagesse, leur courage et surtout leur rage de vivre contribuent à lever le voile de la gêne qui nous sépare d’eux.
Des êtres hors du commun plein d’humilité qui nous fait prendre conscience de notre fatuité.
La force de l’imaginaire, le plaisir de le partager…émouvant et très beau le texte. et joliment illustré!
Une bien belle histoire.
Merci Lily.
Beau texte pour un moment d’évasion hors du temps mauvais…de plus agrémenté de belles images !…
Merci de tout coeur pour ces quelques instants agréablement partagés…
Claleureuses pensées…
ce qu’il voit ou ce qu’il imagine voir, tout est beau pour celui qui a le coeur pur, son regard magnifie tout
C’est une très belle histoire, Lily, que tu nous donnes à lire là !
Moi, je suis persuadée que l’homme qui demeure garde en lui quelque chose d’extraordinairement précieux, légué par son ami, une autre façon de “voir”, qui vient de l’intérieur….
Le monde imaginé par son handicap était plein de petits bonheurs qu’il prodiguait à son compagnon de chambre. Beaucoup de simplicité, d’attention et de discrétion (il est parti en toute simplicité !). Très beau moment passé à lire ce texte qui me conforte dans l’idée que l’imaginaire est un pays où il fait bon vivre…
merci pour cette belle histoire que je connaissais déjà mais il est bon de la réentendre